E-maristesChoose

  • Bulletin de l'Institut
  • Search in the Bulletin

 


Social networking

Marist Brothers

RSS YouTube FaceBook Twitter

 

Today's picture

Colombia: Solidarity Project "A Heart Without Borders", in Maicao

Marist Brothers - Archive of pictures

Archive of pictures

 

Latest updates

 


Calls of the XXII General Chapter



FMSI


Archive of updates

 

Marist Calendar

20 r

St. Silverius
1851: Decree of legal authorisation for the Marist Institute in France
1910: in Lyons, initial steps taken to promote the cause of Brother François
World Refugee Day (ONU)

Marist Calendar - r

Nos Frères captifs des brigands en Chine

 

Volume XVI | Number 111

Bulletin de l'Institut, vol. XVI, n. 111, janvier 1938, Pp. 41-47

Les journaux ont, un peu partout, annoncé la capture de quelques-uns de nos Frères de la région de Pékin, non sans défigurer un peu ce qui s'est passé. Comme tout l'Institut s'est vivement intéressé à cette affaire qui menaçait de mal tourner, elle vaut la peine d'être narrée en détail.

 

La situation. — Jetons d'abord un coup d'œil sur la carte ci-jointe [page 40]. Elle montre nos divers établissements de Pékin et des environs. Quatre d'entre eux sont dans la vieille capitale, qui, en bonne ville chinoise, est entourée de murailles et ferme chaque soir ses portes, comme on faisait jadis dans nos pays, jusqu'au XVII, siècle.

La maison provinciale de Chala est en dehors, assez proche des murailles. Mais c'est un peu plus loin, à Heichanhou, village situé au pied des premiers contreforts des montagnes, que sont établies deux autres maisons : le scolasticat Saint Joseph, en bas, et, sur la hauteur, la maison de repos, sorte de sanatorium, nécessité par le climat du pays, qui éprouva si fortement les santés de plusieurs de nos Frères européens. Cette dernière maison porte le nom officiel de N.-D. de l'Hermitage et plus souvent celui de La Cuvette qu'on lui donne familièrement.

Une partie de la colline, jadis inculte, est notre propriété. Elle a été transformée par les Frères. Ils en ont fait un lieu agréable pour ceux à qui un repos prolongé est devenu nécessaire. Un vignoble y a été établi qui, joint à celui déjà existant à Chala, fournit le vin de messe à une partie notable des missions de Chine. C'est à Chala que réside le Vigneron apostolique, F. Louis-Michel et qu'est organisée l'installation vinicole, assez en grand.

 

Les événements. — Inutile de parler des faits de guerre, connus de tous. Disons seulement qu'en Chine, comme jadis chez nous, une armée en déroute se transforme ou plutôt se décompose facilement en bandes errantes, qui travaillent chacune pour soi et tâchent de vivre sur le pays. Il s'y joint de nos jours des déclamations patriotiques pour exciter les paysans à aider de leurs subsides les défenseurs de l'indépendance, les sauveurs de la liberté.

Et tout temps, les campagnards des environs de notre propriété, dès que des troubles s'annoncent, se réfugient en masse, autour de notre maison, venant de tous les villages voisins.

C'était le cas ces temps-ci. Cinq mille d'entre eux se trouvaient là, à la fin du mois d'août, ayant transporté avec eux tout ce qu'on peut apporter : argent linge, outils, animaux, etc. ...

 

L'envahissement. — Les juvénistes de première année normale étaient arrivés depuis quatre jours à Saint Joseph et La Cuvette avait toujours ses milliers de réfugiés, quand, le 30 août, vers 5 heures et demie du matin, une bande de plus de cent brigands fit irruption dans la propriété.

Au bruit que font les réfugiés se précipitant autour de la maison, le C. F. François de Sales sort au devant des envahisseurs. L'un d'eux lui tire un coup de révolver qui heureusement ne le blessa que légèrement à la cuisse. Les autres brigands morigènent l'agresseur trop pressé et pendant qu'on panse sommairement les blessures, les autres pénètrent dans la maison. Ils réunissent les Frères et les enfants dans une salle où ils les gardent à vue et rapidement la maison est fouillée et pillée. Les envahisseurs prennent tout ce qui leur semble avoir pour eux quelque valeur. Toutefois, ils sont fort déçus de ne trouver aucune arme et guère d'argent, pas plus de 300 dollars.

 

Au sanatorium. — Une demi-heure plus tard, l'ordre est, donné de monter tous au sanatorium, où les mêmes scènes vont se renouveler. Le F. Directeur blessé y est porté par des domestiques. En route, coups de feu, cris de gens affolés, brouhaha des réfugiés que les brigands pillent, menacent et frappent.

Dans la matinée, les prisonniers sont rangés en trois groupes: les juvénistes et Frères chinois, puis les Frères européens, avec les deux prêtres, plus ou moins fatigués, qui nous servent d'aumôniers, et enfin les notables chinois. De ces derniers surtout, par des menaces et des coups, les brigands essayent d'extorquer le plus d'argent possible. Deux cents d'entre eux seront tout à l'heure emmenés soi-disant pour creuser des tranchées, car ces soldats en débandade se posent en défenseurs du territoire, contre les Japonais. Mais nous allons ici ne nous occuper que des Frères.

Les bandits, en effet leur réclament, à eux aussi, un prêt d'argent pour aider à la lutte patriotique. « Nous n'en avons pas, disent les Frères, vous avez tout pris. Il faudrait que nous allions en demander à nos Supérieurs qui sont à Pékin ».

Après de longs pourparlers, car les brigands devinent bien des conséquences probables, autres que celle d'apporter de l'argent, un Frère chinois, le F. Malya-Cyrille, est désigné comme parlementaire, pour aller exposer le cas. Mais comme les Japonais sont maîtres de la ville et de ses alentours, il demande qu'on lui adjoigne des Frères européens, sinon il risque tout simplement d'être refoulé par les Japonais. Nouvelle discussion. Finalement les brigands qui ont déjà imaginé d'emmener les européens pour en tirer de fortes rançons, consentent à ce que le F. Marie-Marcel, qui est français, accompagne son confrère.

Ils se mettent en route et arrivent à Chala après diverses aventures, à 2 heures du soir.

 

Les brigands se retirent vers le nord. — Pendant ce temps, les brigands organisent le départ, on ne sait trop où, emportant leur butin et emmenant leurs prisonniers chinois. Pour ce qui est des nôtres, ils laissent finalement en liberté les juvénistes, qu'ils avaient d'abord résolu d'emmener. Ces derniers redescendent aussitôt à Saint Joseph, au nombre de 45, rejoignant les 7 manquants, qu'on retrouve dans la cave où ils étaient parvenus à se cacher, pendant les scènes de désordre.

Mais les brigands mettent à part, pour les emmener, huit Frères qui, avec les deux prêtres, feront dix otages européens de grand prix. Ceux des nôtres qu'ils laissent sont enfermés et gardés à vue jusqu'à 5 heures du soir, sans doute pour qu'on ne sache pas la direction prise par la troupe. A ce moment les derniers brigands abandonnent La Cuvette et les Frères descendent aussitôt à Saint Joseph, où les juvénistes apeurés et abandonnés à eux-mêmes les revoient avec une joie difficile à décrire.

Ayant délibéré sur ce que demandait la situation, et craignant un retour offensif probable, on commence par sauver le saint Sacrement, en consommant les saintes espèces, puis on s'occupe de transporter à Pékin le Frère Directeur blessé.

 

A la poursuite des brigands. — Mais les Frères parlementaires avaient atteint le C. F. Provincial et celui-ci avait alerté de suite l'ambassade de France, la police et les autorités japonaises. Ils revenaient donc suivis d'un véritable corps expéditionnaire, formé d'une centaine de policiers chinois ou soldats japonais, obtenus par les seins de Monsieur Lacoste, de l'ambassade de France.

Les deux parlementaires descendent des autos à quelque distance de la maison Saint Joseph. Ils sont porteurs d'un drapeau blanc et s'approchent avec précaution.

Aucune réaction ne se produit. Ils vont de l'avant et enfin ce sont les Frères qui les reçoivent. Tout ce qu'on peut annoncer au corps expéditionnaire, c'est que les brigands sont partis depuis plusieurs heures et qu'on ne sait où ils sont allés.

Que faire ? La nuit arrive là-dessus. Il faut battre en retraite. Ce ne fut pas sans décider le retour des juvénistes à Chala, où les derniers arrivèrent à une heure du matin.

Le lendemain, premier septembre, ayant recueilli quelques renseignements pendant la matinée, l'expédition reprit dans l'après-midi. Mais ce jour là, le temps se mit contre nous. Une pluie torrentielle ne cessa de tomber. Ce fut au point qu'arrivés à Hélongtou, village situé à dix kilomètres au-delà de Heichanhou, il fallut se résoudre à rebrousser chemin, à la nuit tombante. Tout ce qu'on avait pu faire fut de constater que c'est bien dans le voisinage que se tenaient les brigands et nos chers captifs. Le retour fut extrêmement pénible, à travers la plaine transformée en lac. Une de nos autos versa au bord de la route qu'on n'apercevait plus, sous la couche d'eau boueuse. Les pauvres occupants durent marcher à pied, ayant parfois de l'eau jusqu'aux genoux. Ils indiquaient du moins le milieu de la route aux autos qui suivaient lentement. Nous ne rentrâmes à Chala qu'à neuf heures du soir.

Nous allons arrêter là ce récit, renvoyant au prochain Numéro la suite des aventures, après avoir annoncé que la captivité s'est achevée après 48 jours, dans de bonnes conditions.