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Incendie à Adana

 

Volumen I | Número 5

Bulletin de l'Institut, vol. I, n. 5, septembre 1909, Pp. 248-252

 

Les quelques extraits de lettres que nous avons reproduits dans le numéro du juillet dernier auront suffi, espérons-nous, pour donner une idée des émotions par lesquelles ont dû passer nos Frères d'Adana, au cours des horribles massacres qui eurent lieu dans cette ville pendant les dernières semaines du mois d'avril. Nous avons tout lieu de croire cependant qu'on lira avec intérêt le récit plus détaillé d'un des épisodes auxquels ils ont été le plus intimement mêlés : l'incendie du collège des R. P. Jésuites, où ils sont employés en qualité de professeurs. Nous l'empruntons encore à un rapport qui nous a été envoyé par le C. F. Louis-Xavier, directeur de la communauté :

« Le 25 avril, au matin, la garnison est renforcée par l'arrivée de nouveaux soldats. Les désordres en ville, semble-t-il, ne seront plus possibles, les forces militaires étant cette fois amplement suffisantes pour faire la police.

Néanmoins, dans la soirée, des bandes de Tchiganes pénètrent dans différents quartiers. Les soldats les dispersent en certains endroits, mais ils se ramassent sur d'autres points, dans les kans. Les rues, du côté de la gare, sont pleines de gens à mine sauvage qui inspirent de tristes réflexions. Quelques-uns ont vies fusils, tous portent des poignards, des gourdins ; ils font songer à de nouveaux malheurs. On dirait qu'ils attendent un signal.

Soudain, à cinq heures et demie du soir, des coups de fusil se font entendre : les massacres recommencent. La panique, comme une traînée de poudre, se répand parmi les chrétiens qui n'ont plus rien pour se défendre. Affolés, ils se précipitent dans les églises, les écoles... Mais beaucoup sont surpris par cette attaque subite : ils sont impitoyablement massacrés. Les soldats réguliers, au lieu de réprimer ces troubles et de faire la police, prêtent main forte aux pillards.

A six heures, les bazars neufs des Arméniens sont incendiés ; leur école est tout près de là ; il est dangereux aux réfugiés d'y rester. Aussi, s'enfuient-ils rapidement au collège des Pères Jésuites, qui offre plus de sécurité. En deux minutes on peut y arriver, mais il y a des rues à traverser et des soldats, des bachi-bouzouks1, cachés derrière les murs font feu sur les fuyards. D'une croisée de la résidence, un Frère crie aux soldats de ne pas tirer : ‘’Ce sont, leur dit-il, des chrétiens qui viennent se refugier ici’’ On lui répond par une balle qui brise un carreau. Une femme, dans sa frayeur, reste immobilisée au milieu de la rue. Il fallut aller la chercher.

Les incendies, dans la ville, furent cette fois, plus terribles que jamais ; ils durèrent toute la nuit ; ils devaient continuer tout le jour et toute la nuit suivante. La nuit du 25 au 26 fut des plus sinistres. Le craquement des poutres, l'effondrement des planchers, le crépitement des flammes glaçaient d'épouvante tous les réfugiés, qui considéraient dans une anxiété mortelle la lueur des incendies. Ce qui n'était pas moins terrifiant c'était d'entendre de temps en temps des coups redoublés frappés avec fureur contre les portes pour les enfoncer ; deux ou trois coups de fusil tirés clans la rue, s'ensuivaient ordinairement et le silence se faisait de ce côté : le pillage s'effectuait ; puis, quelques minutes après, on voyait la maison flamber. Ensuite, c'était le tour d'une autre ; encore quelques coups lugubres, un moment de silence et un nouveau foyer d'incendie s'allumait. La nuit se passa ainsi, tant qu'il resta une maison à piller.

Le cercle de feu qui nous entourait se resserrait de plus en plus. Nous suivions minute par minute les progrès des incendies tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Si au moins nous pouvions aller jusqu'au jour sans voir le feu au collège ! Sinon, que vont devenir ces milliers de personnes que l'établissement abrite ? Si elles sortent, elles seront massacrées, si elles restent elles risquent de briller. Quel malheur effroyable ! quelle cruelle alternative ! De quelles scènes affreuses ne serions-nous pas témoins ! Il est donc facile de concevoir combien grande était notre inquiétude ! Nous comptions les maisons qui nous séparaient du théâtre de l'incendie, et nous calculions le temps que le feu mettrait, par le contact, à parvenir jusqu'à nous. Déjà, au milieu de la nuit, l'ambulance est menacée. Les Sœurs demandent du secours. Un Frère y va et les malades sont transportés au collège, malgré le danger à traverser la rue. On n'eut pas d'autre incident le reste de la nuit.

Enfin le jour si désiré arrive ; mais le feu n'était plus séparé du collège que par une rue fort étroite. Résolument on se met à l'œuvre pour l'éteindre. Tous les objets pouvant servir sont réquisitionnés. On abat des balcons, on brise des avant-toits, on jette de l'eau, des briques, tout ce qui peut ralentir l'activité du feu ; mais des musulmans postés à la cime des minarets tirent sur les travailleurs. Les balles sifflent au-dessus de leurs têtes ; ils continuent quand même la lutte contre le fléau, quitte à s'abriter de temps en temps derrière un petit mur, quand les coups sont trop multipliés. Quatre hommes furent blessés. Pour ne pas s'exposer davantage aux halles, on abandonna le feu devenu moins intense. Le danger disparaissait de ce côté. Voyant le péril que couraient les chrétiens, le consul anglais se rend auprès du vali2 et lui demande protection pour eux tous. Le gouverneur y consent, mais il exige qu'ils soient amenés au Konak3, sous la garde d'un détachement de soldats. Confiant, le consul vient d'abord au collège des Pères pour inviter les réfugiés à suivre les soldats venus pour les protéger. Aucun d'eux ne consent à partir ! Le vali veut que nous allions au Konak, disaient ces pauvres gens, mais c'est pour nous faire égorger. Nous préférons mourir ici, avec les Pères et les Frères. S'ils viennent avec nous c'est bien ; autrement nous ne sortirons pas ! Il fallut donc qu'un Père et trois Frères Maristes se missent à leur tête. Un premier groupe se forma d'abord et arriva au Konak sans incident, ce qui encouragea les autres. Après le Collège des Pères, ce fut le tour des autres églises ou écoles. Toute la journée ce fut comme un défilé d'esclaves. C'était pitié de les voir. Ils furent fouillés et ensuite parqués dans les jardins de la municipalité.

Le Père et les Frères comptaient retourner chez eux une fois leur mission terminée ; mais le vali ne le leur permit pas, malgré leurs instances. Il leur fallut donc se résigner à être séquestrés dans un divan. Au Collège, il ne restait que le Père Rigal et le Frère Dioscore avec quelques personnes dévouées. Ils travaillèrent un moment à garantir l'établissement d'un nouvel incendie ; mais là aussi on leur tirait dessus ; plusieurs balles effleurèrent le Frère. Les pompes à incendie, demandées par deux fois au vali, n'arrivèrent pas, bien qu'il les eût promises à différentes fois ; la lutte contre le feu n'étant dès lors plus possible, on dut y renoncer.

Non loin de là, une petite église où était un millier d'Arméniens, prenait feu ; des bachi-bouzouks attendaient, à la sortie, ces malheureux pour les massacrer sans pitié. F. Dioscore, entendant leurs cris désespérés, conjure un officier turc d'aller les délivrer.  « Volontiers, mais venez avec moi », lui répondit-il.

Le Frère accepte résolument. L'officier s'adjoignit alors deux soldats, et ensemble ils allèrent au secours de ces malheureux Arméniens menacés d'une mort certaine. Ils les conduisirent au collège d'abord et ensuite au Konak, avec les autres. En défilant dans les rues, entre les maisons en feu, plusieurs faillirent être écrasés par un mur qui s'écroula juste sur leur passage.

Le Frère voulut s'assurer s'il ne restait personne de caché. Il retourna à l'église et trouva trois blessés dans un coin de la tribune. Il les fit transporter en lieu sûr.

Le feu ne prit au Collège que dans l'après-midi. Les soldats de faction à l’établissement furent les premiers à donner le signal du pillage. Le Père Supérieur accourt de chez les Sœurs pour essayer de sauver quelque chose ; cela lui fut absolument impossible : les soldats étaient maîtres de la maison. Ainsi l'un d'eux, s'emparant d'un baromètre anéroïde, menace de frapper de sa baïonnette le Père qui réclamait l'instrument comme sien. Le soldat eut même l'audace de lui demander la clef de cette sorte de montre.

N'étant plus en sécurité, le Père et le Frère se rendirent chez les Sœurs, après s'être assurés qu'aucun réfugié ne restait dans l'établissement.

Pendant que des soldats fouillaient les chambres des Pères d'autres pénétraient dans le bâtiment réservé aux élèves. Là, ils enfonçaient les portes, pillaient et mettaient le feu à tous les étages. Le Collège des Pères flambait ; l'école des Sœurs pouvait brûler d'un moment à l'autre. Il n'y avait donc pas de sécurité à y demeurer. A l'exception de la Révérende Mère et du P. Rigal qui ne voulait abandonner la maison qu'au dernier moment, les autres, c'est-à-dire les Sœurs, au nombre de 24, le Père Supérieur et le Frère Dioscore se rendirent au Konak. Le Père et les Frères, séquestrés depuis le matin, purent se réunir à eux ; ils apprirent alors la triste réalité et a confirmation de leurs lugubres pressentiments.

Le soir à 5 heures on réunit tous les chrétiens devant le Konak, les soldats forment la haie. Puis sous leurs yeux et en présence du vali, on démolit l'arc de triomphe élevé l'année précédente lors de la proclamation de la Constitution. Et chaque fois qu'un coup de bâche abattait un pied du monument la foule devait acclamer le sultan Abdul Hamid et le renversement du Nouveau Régime libéral.

Après avoir ainsi fait applaudir l'ancien gouvernement et fait comprendre que la liberté n'existait plus, les autorités renvoyèrent chez eux les chrétiens, qui ne savaient plus maintenant où se réfugier. Des milliers durent camper en plein air, sans abri contre la fraîcheur de la nuit, sans ombre pendant le jour pour se garantir d'un soleil de plomb.

A leur sortie du Konak, les Pères Jésuites, les Frères Maristes et les Religieuses se rendirent, accompagnés de soldats, chez le consul anglais, qui leur fit le meilleur accueil. Ils y passèrent la nuit du 26 durant laquelle le feu de l'incendie, toujours allumé, fit de grands ravages dans le quartier Arménien. L'école des Sœurs n'ayant pas été inquiétée fut réintégrée dès le lendemain matin : Une dépêche du consul de France de Mersine et une visite du Commandant Prère, leur donnèrent l'espoir de conserver au moins ce dernier établissement.

Hélas ! cet espoir fut trompé ! Dans la nuit du 1ier au 2 mai la dernière école française à Adana flambait à son tour !

C'en était fait. Vingt-cinq ans d'apostolat, de dévouement, de travaux pénibles et ingrats étaient anéantis, et cela, juste au moment où les œuvres des Pères Jésuites et des Religieuses étaient les plus prospères et promettaient les .plus belles espérances pour l'avenir.

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1 Soldats volontaires, partisans d'Abdülhamid.

2 Préfet turc, gouverneur de la province.

3 Résidence du gouvernement.