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Ssaint Joseph - Un grand méconnu... (suite)

 

Volumen XVII | Número 120

Bulletin de l'Institut, vol. XVII, n. 120, avril 1940, Pp. 69-84

Evolution du culte de saint Joseph : période d'épanouissement, à partir du XVI° siècle. --- Grâce à la pieuse sollicitude des papes, au zèle de grands saints et d'illustres personnages et à l'action des ordres religieux, le XVI° siècle commence une période de plein épanouissement de la dévotion à saint Joseph. En 1522, une Somme des dons de saint Joseph est dédiée au pape Adrien VI. Son auteur, Isidore de Isolanis, supérieur du couvent dominicain de Sainte-Marie-des-Grâces, à Milan, nous donne une étude méthodique. Comme les enfants de saint Dominique professent une dévotion spéciale envers la Sainte Vierge, ils manifestent un grand zèle aussi pour répandre le culte de saint Joseph. Leurs théologiens, comme saint Thomas, en posent les bases ; leurs contemplatifs, comme Taller, en font leurs délices ; leurs prédicateurs et écrivains comme saint Vincent Ferrier et Barthélemy de Trente contribuent à le propager. Isidore de Isolanis tire les conclusions des principes posés par ses devanciers et il compose un traité complet des grandeurs, de la sainteté, des gloires, du pouvoir, du dévouement de saint Joseph. De l'aveu de Benoît XIV, qui l'appelle le second chantre et théologien de saint Joseph, après Gerson, il ne sera pas permis de l'ignorer à quiconque voudra écrire sur ce grand saint. C'est une mine où les auteurs postérieurs viendront puiser. On a relevé ses étonnantes vues prophétiques sur le développement que prendrait ce culte dans la suite des temps. Ce n'est pas sans émotion que l'on lit ce texte écrit, il y a quatre siècles, dans la Somme des dons, III, ch. VII : « Avant le jour du jugement, il arrivera que tous les peuples connaîtront, vénéreront et adoreront le nom du Seigneur, proclamant les bienfaits que Dieu nous a assurés en saint Joseph, et qu'il a voulu tenir cachés pendant longtemps. C'est pourquoi le nom de saint Joseph sera le gage d'innombrables bienfaits. On bâtira des temples et on célébrera des fêtes en son honneur ; les peuples lui offriront des vœux qu'ils accompliront. Car le Seigneur ouvrira aux fidèles les oreilles de l'intelligence et des hommes fameux scruteront les dons intérieurs de Dieu cachés en saint Joseph et trouveront là un trésor excellent, tel que les saints Pères de l'Ancien Testament n'en ont pas trouvé. Tout ceci arrivera surtout par un effet de l'illumination des saints anges. »

« Aux peuples qui l'invoquent, saint Joseph donnera un gage du ciel ; lui, au contraire, restant dans la majesté de sa gloire, ne recevra de gage d'aucun mortel. Dans les calendriers des saints, le nom de saint Joseph sera célébré ; il ne sera plus à la queue, mais à la tête. Car on fera en son honneur une fête remarquable. Le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, sur l'inspiration de l'Esprit-Saint, ordonnera qu'on célèbre la fête du très saint Père putatif de Jésus-Christ et de l'Époux de la Reine du monde, dans toutes les parties de l'empire de l'Église militante. »

Tandis que Isidore de Isolanis élève son monument à la gloire de saint Joseph, une jeune vierge grandit à Avila, dans la vieille Castille ; elle doit resplendir d'un éclat incomparable au firmament de l'Église par la réforme du Carmel, mais elle méritera aussi d'être appelée « la sainte de la dévotion à saint Joseph » (Faber). On a pu affirmer, en effet, que nul n'a plus fidèlement servi, plus tendrement aimé saint Joseph, ni plus contribué á répandre son culte que sainte Thérèse d'Avila. Les sentiments de vive piété et d'extrême confiance éprouvés dès son enfance, se développent à l'entrée au Carmel où la dévotion est en honneur de temps immémorial. Elle recourt à lui dans toutes les nécessités corporelles et spirituelles. Tout le monde connaît le récit qu'elle fait de sa guérison, due à l'intervention de saint Joseph (1539). Elle saisit toutes les occasions pour témoigner sa reconnaissance et son amour. Elle célèbre sa fête avec grande solennité et déclare avoir été toujours exaucée ce jour-là dans ses requêtes.

Le premier couvent de la réforme fondé à Avila, au prix de difficultés sans nombre, est placé sous le vocable de saint Joseph. Elle impose le même nom à quinze autres monastères et elle reviendra, après sa canonisation, donner l'ordre de rendre à ces convents le nom de saint Joseph auquel par piété filiale on a cru devoir substituer le sien. Elle veut que la statue du Saint Patron soit sur la porte de ses maisons et, chaque soir, les clefs sont déposées aux pieds du saint regardé comme le vrai prieur de la communauté dont il a la charge.

« Le Très-Haut donne grâce aux autres saints pour nous secourir dans tel ou tel besoin, dit-elle dans sa Vie, mais le glorieux saint Joseph, je le sais, étend son pouvoir à tous. Connaissant son étonnant crédit auprès de Dieu, je voudrais persuader tout le monde de l'honorer d'un culte particulier. » « Elle y met, dit l'abbé Garriguet (Mois de saint Joseph), tous les enthousiasmes de son âme ardente, toute la chaleur communicative d'un cœur débordant de sublime et surnaturelle tendresse ; et, révélatrice de la bonté du saint plus encore que de sa puissance, elle apprend à l'univers entier à l'aimer. » Elle meurt en prononçant son nom.

Saint Pierre d'Alcantara (1499-1562), réformateur des Frères Mineurs en Espagne, veut, à l'imitation de saint Bernardin de Sienne, placer son œuvre de renouvellement et, en particulier, la province de Castille, sous le patronage de saint Joseph. Malgré des oppositions, devenues de véritables persécutions, soutenue par ce puissant protecteur, l'austère réforme prend des développements rapides. Dans chaque maison, saint Joseph doit avoir son oratoire ou son autel ; et, dans ses visites le saint réformateur passe dans cette chapelle tout le temps disponible. Il propage ce culte hors des cloîtres.

Le Père Joseph-Antoine Patrignani, S. J., dans son livre d'or « Il devoto di San Giuseppe », écrit : « Personne ne contribua plus à donner un nouvel élan à la dévotion à saint Joseph que saint Pierre d'Alcantara ». Il est l'émule de sainte Thérèse... Le nom du grand saint pénitent revient sous la plume de la réformatrice du Carmel. Il est son conseiller, son guide, son défenseur dans l'œuvre qu'elle entreprend. Au moment de grandes difficultés, il lui écrit : » Vous devez promettre à cet illustre chef de la Sainte Famille de lui dédier le premier monastère que vous construirez. » Il promet que saint Joseph fera triompher la réforme du Carmel. Saint Pierre d'Alcantara apparaît après sa mort, à la sainte, pour l'encourager et la soutenir encore.

Dans son étude sur les Onze étoiles de saint Joseph, le Père Pacifique cite Bernardin de Laredo, parmi les dévots du saint. Né à Séville, en 1482, il étudie la médecine et la théologie, dans sa ville natale d'abord, puis à Paris, où il connaît et admire la doctrine de Gerson sur saint Joseph. Il entre dans l'ordre de saint François en 1510. Il compose la Subida del Monte Sion qui rendra de grands services à sainte Thérèse vers 1556. Un autre traité, Mystères du glorieux saint Joseph, publié vers 1535, est connu sans doute d, la sainte. On y relève des pensées et des expressions identiques. En tout cas, l'une et l'autre affirment que le véritable rôle de saint Joseph est d'introduire et de guider l'âme dans la vie intérieure.

 

Les ordres religieux et la dévotion à saint Joseph. — Les ordres religieux continuent à rivaliser de zèle pour la propagation du culte de saint Joseph. Comme Isidore de Isolanis chez les dominicains, comme Sainte Thérèse chez les carmes, saint Pierre d'Alcantara s'inspire des traditions de son ordre. Le Père Patrignani a raison d'écrire que l'ordre de saint François se distingue entre tous par la dévotion qu'il a dès le berceau pour le saint Époux de Marie ; elle apparaît dans l'ordre séraphique au lendemain de la mort du bienheureux fondateur. De très bonne heure, avec les services et les carmes, les franciscains font la fête de saint Joseph. Des chapitres généraux, dès la fin du xiv° siècle, en prescrivent la célébration à perpétuité dans l'ordre. Les puissantes initiatives de saint Bernardin de Sienne, de Bernardin de Feltre (1439-1494), de Bernardin de Bustis contribuent à cette propagation. C'est un pape franciscain, Sixte IV, qui élève la fête au rite double pour l'Église entière et accorde des indulgences.

L'illustre Jiménez (1436-1517), cardinal franciscain, monté sur le siège de Tolède, rend la fête obligatoire pour son diocèse. Dès le début du xvi° siècle, les franciscains de France adoptent la fête du mariage de saint Joseph. A partir de 1680, l'ordre célébrera celle du patronage. Deux papes tertiaires de saint François : Pie IX et Léon XIII proclameront ce patronage et rendront sa fête obligatoire... Le martyrologe des conventuels déclare que saint Joseph est le patron particulier de toute la famille franciscaine.

Pour la Compagnie de Jésus, cette pieuse dévotion est un legs de son fondateur. Ignace de Loyola vit au moment où elle prend son grand essor. C'est sous l'inspiration de ce maître de la vie intérieure qu'il compose ses Exercices spirituels. Saint Joseph y est proposé aux considérations des retraitants. Saint Ignace garde une image du Père virginal de Jésus dans son oratoire ; c'est devant elle qu'il aime à faire oraison et à célébrer le saint sacrifice de la messe. Tout de suite, la compagnie de Jésus travaille largement à répandre la dévotion à saint Joseph dans l'Église. Ses missionnaires portent son nom jusqu'aux extrémités de la terre ; ils mettent sous son patronage leurs travaux, leurs églises, leurs centres fondés, comme par exemple au Canada, au Paraguay. Les prédicateurs, directeurs de conscience, écrivains apprennent aux fidèles à recourir à lui. Les théologiens, tels que Salmeron, Pierre Canisius, Suarez, etc., unissant la piété à l'exactitude doctrinale parlent du grand Patriarche avec science et amour. Les éducateurs font de leurs collèges, des foyers d'apostolat sous le vocable de saint Joseph. Le troisième an, cette école du cœur (schola affectus) comme l'appelle saint Ignace, devant retremper l'âme dans la vie intérieure, dans l'humilité, l'abnégation de soi, l'amour de Notre-Seigneur et de Notre-Dame, toutes vertus dans lesquelles le bon saint a excellé, se trouve placé d'une façon toute spéciale sous son patronage.

 

Évolution du culte de saint Joseph : période d'épanouissement au XVII° siècle, — A l'aurore du XVII° siècle, sous l'influence des écrits d'Isidore de Isolanis et de sainte Thérèse et les puissants efforts des ordres religieux, la dévotion au glorieux Époux de Marie se répand dans toutes les classes de fidèles. Désormais, des interventions pontificales successives consacreront ce splendide épanouissement auquel, sans relâche, travaillent les écrivains, les théologiens, les orateurs, les missionnaires et les saints...

Le 8 mai 1621, le pape Grégoire XV, répondant au vœu de Isidore de Isolanis, fait du 19 mars une fête de précepte, donc chômée, pour l'Église entière. Ce décret n'est pas immédiatement reçu partout, hors de l'Italie. Urbain VIII renouvelle l'ordonnance en 1642. Clément X, par un décret du 6 décembre 1670, l'élève au rite de 2nde classe et en prescrit la célébration partout le 19 mars. Des actes d'Innocent X et Innocent XI encouragent la dévotion en divers lieux.

Saint François de Sales (1567-1622) et la dévotion à saint Joseph. -- Admirateur de saint Ignace de Loyola, de saint Jean de la Croix, de sainte Thérèse, le saint évêque de Genève est aussi un parfait modèle de la dévotion à saint Joseph. « Dieu le suscita, dit le Père Faber, pour l'enseigner et la répandre parmi le peuple. » Après Notre-Dame, aucun saint n'a comme saint Joseph son amour et sa vénération. Consacré à lui de bonne heure, il s'appliquera, toute sa vie, à le servir et à procurer sa gloire.

La veille de sa fête, il jeûne au pain et à l'eau. Le jour même, il officie pontificalement et demande le concours des musiciens d'Annecy ; le soir, il prononce le panégyrique du grand saint... Il l'appelle : « le glorieux Père de notre Sauveur et de notre amour, son premier adorateur avec Marie, l'époux de la Reine du monde, le modèle accompli de toutes les vertus, le type achevé de la virginité, de la modestie, de l'humilité, de la constance ». Se trouvant à Lyon, pour le 19 mars, il consent à prêcher deux fois ce jour-là, disant aimablement au recteur des Jésuites qui l'invite : « J'ai eu rarement à me féliciter d'avoir donné deux sermons le même jour ; néanmoins, pour l'amour de saint Joseph, je consens â prêcher aujourd'hui, une deuxième fois. » Et il parle pendant une heure et demie des gloires et des vertus de son bien-aimé saint, avec tant d'onction et d'éloquence que le cardinal de Marquemont et ceux qui l'entendent en sont dans le ravissement.

Ses Entretiens spirituels renferment sur saint Joseph et sa dévotion des pages exquises, pleines de fraîcheur, de poésie, de piété, de tendresse, d'élévation et de théologie. Peu d'auteurs ont parlé de ce grand saint avec autant de charme. Il célèbre ses louanges dans cet inimitable langage imagé et gracieux dont il a le secret. « O Dieu, aime-t-il à répéter, qu'il fallait que ce grand saint fût bon et droit de cœur, puisqu'il lui a été donné de posséder la Mère et le Fils ! Avec ces deux trésors, il pouvait faire envie aux anges et défier le ciel tout ensemble d'avoir plus de bien que lui ; car qu'y a-t-il entre les anges de comparable à la Reine des anges et qu'y a-t-il en Dieu plus que Dieu ?... »

L'image de saint Joseph trône à la place d'honneur dans sa chambre et il aime, comme saint Ignace, à prier et à travailler sous son regard. C'est là qu'il compose la plupart de ses immortels ouvrages de spiritualité, en particulier le Traité de l'Amour de Dieu dédié à saint Joseph en même temps qu'à Notre-Dame. Une œuvre plus magnifique encore, l'ordre de la Visitation, il la voue pareillement à saint Joseph et le lui donne comme patron. La première église de la Visitation à Annecy est placée sous son vocable. Il recommande à ses filles la dévotion envers ce grand saint et les engage à le choisir pour maître dans les voies spirituelles, pour guide dans l'ascension vers « la contemplation qui est la colline de parfums sur laquelle Jésus-Christ attend les âmes intérieures pour se communiquer à elles ». Dociles à ses instructions, les visitandines pratiquent cette dévotion. Mais aucune ne répond à ses désirs plus fidèlement que sainte Chantal, leur supérieure. Depuis lors le culte de saint Joseph est considéré dans les couvents de l'ordre comme un legs du Bon Père...

A sa mort, survenue dans la modeste chambre du jardinier de la Visitation, à Lyon, François de Sales a l'occasion de montrer sa piété envers saint Joseph. La veille de son trépas, le Père Barnaud, recteur des jésuites du collège Saint-Joseph, vient le visiter, il s'excuse de son indiscrétion, mais le saint malade dit en souriant : « Eh ! mon Père, ne savez-vous pas que je suis tout à saint Joseph ? » La nuit où il expire, le religieux qui l'assiste a la curiosité d'ouvrir son bréviaire et d'y chercher un souvenir qu'il gardera précieusement : il n'y trouve qu'une image, celle de saint Joseph...

 

Autres propagateurs de cette dévotion. — Un ami de saint François de Sales, le célèbre Père Pierre Cotton, de la compagnie de Jésus, confesseur du roi de France Henri IV, rivalise de zèle pour le saint Patriarche. A Lyon, dans le quartier de Bellecour, il fait élever une église, l'une des plus anciennes dédiées à saint Joseph. C'est sous ses voûtes que le saint évêque de Genève prononce son panégyrique. Le Père Cotton use de son influence pour répandre la chère dévotion, en si grand honneur dans la compagnie, et le bon saint récompense le dévouement de son serviteur en lui obtenant de mourir le 19 mars 1626.

C'est à Lyon encore, en 1614, que le Père Pierre Morales, jésuite, publie son grand in-folio de 1.000 pages sur saint Joseph et la Sainte Famille. En 1616, un bénédictin allemand Charles Stengel, fait paraître à Munich un ouvrage orné de gravures, et Philippe des Champs, en 1621, imprime à Douai un gracieux volume : Joseph, gemma mundi, Joseph, perle du monde. D'autres jésuites dévots à saint Joseph, v. g. les Pères de Barry (1639), Jean Jacquinot (1643), Binet (1650), publient des opuscules qui ont de multiples éditions. (Renard, Saint Joseph, etc. ..., p. 238.)

Parmi les auteurs qui, au XVII° siècle, ont écrit sur saint Joseph, on cite volontiers le Père Louis d'Argentan, capucin (1614-1680). Dans son ouvrage : Des grandeurs de Dieu, de Jésus-Christ et de Marie, il place un traité sur les excellences de saint Joseph. Pour mettre en relief les relations du saint avec la Sainte Trinité, il l'appelle « l'ombre du Père céleste », image qu'on trouve aussi sous la plume de M. Olier, que les auteurs spirituels ont souvent employée et que goutent fort les Pères Faber et Meschler. « Joseph, dit le Père d'Argentan, est un saint qui semble n'être qu'une ombre dont Dieu s'est voulu servir dans le plus beau chef-d'œuvre sorti de sa main. » (Annales de saint Joseph du Mont-Royal, p. 46.)

 

M. Olier (1608-1657), fondateur de Saint-Sulpice, et la dévotion à saint Joseph dans les séminaires. — En 1617, le jeune Olier dont le père est intendant de Lyon, fait ses études chez les Jésuites. Saint François de Sales le bénit en annonçant à sa mère que « Dieu se prépare en lui un grand serviteur ». Il se dispose à recevoir les saints ordres sous la direction de saint Vincent de Paul. Disciple du cardinal de Bérulle et du père de Condren, il devient l'un des représentants de la spiritualité du XVII° siècle. Le Père Faber écrit : « Parmi les saints non canonisés, M. Olier est celui qui ressemble le plus aux canonisés. » Grand dévot à saint Joseph, il avoue qu'il y a été conduit par la Sainte Vierge elle-même : « Elle me le donna pour patron, m'assurant qu'il était le protecteur des âmes cachées... » Et elle ajouta : Je n'ai rien de plus cher au ciel et sur la terre, après mon Fils, que mon époux. » Il professe donc une profonde vénération pour un présent venant d'une telle main. Il se place sous sa protection avec une confiance sans bornes. Il profite des moindres circonstances pour manifester sa piété, sa reconnaissance et son amour. Dieu en retour le gratifie de lumières abondantes sur les grandeurs, la sainteté, le rôle du bienheureux Patriarche. (Garriguet, Mois de saint Joseph, p. 161.)

Pour corriger les désordres de la paroisse Saint-Sulpice, M. Olier y fait fleurir, avec la dévotion au Saint-Sacrement et à la Sainte Vierge, la dévotion à saint Joseph. Il le donne pour patron principal à sa compagnie et au séminaire. Il fait mettre sa statue au-dessus de la porte de la maison, à côté de celle de la Sainte Vierge, afin que ses enfants soient fidèles à lui rendre leurs devoirs, à le considérer comme modèle, à recourir à lui comme à leur protecteur et père. Saint Joseph est choisi comme patron du séminaire parce qu'il a mené avec perfection la vie intérieure dont le prêtre a d'autant plus de besoin que ses fonctions extérieures sont plus absorbantes... « Saint Joseph, saint caché, est établi pour communiquer intérieurement la vie suréminente qu'il reçoit du Père et qui découle ensuite par Jésus-Christ sur nous. » (Garriguet, ibid., p. 163.)

Dans la compagnie de Saint-Sulpice, la dévotion à saint Joseph est une tradition de famille. Les exemples et les écrits de M. Olier ont puissamment contribué à répandre le culte de saint Joseph dans tout le clergé séculier. Les séminaires français, depuis leur origine, sont des foyers de cette dévotion.

 

Dévotion de saint Vincent de Paul (1576-1660) et de ses familles religieuses pour saint Joseph. — Saint Vincent de Paul a pour le glorieux Époux de Marie les sentiments de ses deux saints amis : saint François de Sales et M. Olier. Il rivalise avec eux de dévotion et de confiance. Il le prie souvent ; lui recommande les affaires délicates ; le constitue père et protecteur de sa double famille ; le propose, lui aussi, pour modèle des vertus sacerdotales. Il estime saint Joseph, maître admirable des éducateurs, lui reconnaissant un pouvoir spécial pour préserver les jeunes gens et les aider à acquérir les dispositions morales exigées par leur vocation. Aussi les séminaires de Saint-Lazare, comme ceux de Saint-Sulpice, sont-ils placés sous le patronage de saint Joseph. Le saint fondateur engage ses missionnaires à recourir à leur puissant patron dans les cas difficiles. « Il vous exaucera, écrit-il au supérieur du séminaire de Gênes, il est tout-puissant et tout bon, on ne l'invoque jamais en vain. » C'est surtout en présence de pécheurs endurcis et moribonds que ce recours est conseillé et des faits sans nombre, en attestant l'intervention miraculeuse de saint Joseph, servent à rendre plus chère cette dévotion.

De tout temps, les Filles de la Charité se font remarquer par leur piété et leur confiance envers le Chef de la Sainte Famille. Il est établi leur pourvoyeur officiel. Dans les besoins, elles frappent à la porte de son cœur... Il doit protéger : orphelinats, dispensaires, asiles et on n'entend pas que sa fonction soit honoraire... La confiance des Sœurs a des audaces qui ne déplaisent pas au bon saint Joseph puisqu'il les récompense.

 

Bossuet (1627-1704) et les panégyriques de saint Joseph. — Pratiquée et propagée par les saints, la dévotion au saint Époux de Marie est prêchée par les bouches les plus éloquentes. Le 19 mars 1657, Bossuet, que les conseils de saint Vincent de Paul invitent à se fixer à Paris et alors dans toute l'ardeur de ses trente ans, prononce son admirable panégyrique sur le texte : Depositum custodi, devant le cardinal Barberini et vingt-deux évêques réunis pour l'assemblée générale du clergé de France. L'impression est profonde. L'assemblée résout de faire des démarches auprès du roi pour que soit promulguée la bulle d'Urbain VIII. Le 19 mars 1659, il répète son panégyrique devant la reine-mère Anne d'Autriche qui, vivement touchée, réalise, en l'honneur du saint Patriarche, le vœu de tous les fidèles du royaume. Bossuet rappelle, en ce discours, les trois dépôts confiés à saint Joseph par la Providence divine : la virginité de Marie, la personne de Jésus-Christ, le secret du Père éternel dans l'Incarnation du Verbe.

Par lettres du 22 mars 1661, Louis XIV demande aux évêques « que la fête de saint Joseph soit désormais célébrée dans le royaume avec plus de solennité et que le peuple cesse son travail pour mieux vaquer à honorer et servir Dieu dans la fête de ce grand saint ». Les évêques et les cours souveraines portent des ordonnances qui répondent au vœu du monarque. Anne d'Autriche, pour inaugurer la nouvelle fête chômée, veut encore entendre l'illustre prédicateur. Bossuet, commentant ce texte : «Quasivit sibi Deus virum juxta cor suum, le Seigneur s'est cherché un homme selon son cœur », rappelle la vie humble et les vertus cachées de saint Joseph.

Vers la même époque, l'émule italien de Bossuet, le prédicateur ordinaire du pape et des cardinaux, le Père Paolo Segneri (1624-1694), qui a la réputation d'un saint favorisé du don des miracles et des prophéties, célèbre saint Joseph dans son panégyrique. Le grand orateur soutient la thèse de Gerson, d'Isidore de Isolanis, de Pierre Morales, de saint Pierre Canisius et autres théologiens, sur la sanctification de saint Joseph dès avant sa naissance. (Renard, ouvrage cité, p. 243.)

 

Rayonnement de la dévotion en Europe et au dehors. — Obéissant aux directions pontificales, l'archevêque de Malines, Boonen, dès 1629, fixe la fête de saint Joseph au 19 mars. Sous Innocent X (1644-1655), les églises de Belgique se conforment au décret d'Urbain VIII d'une façon définitive. « La princesse Isabelle qui a laissé dans les provinces belges, disent les Bollandistes, un si glorieux et si doux souvenir y avait apporté d'Espagne une grande dévotion à saint Joseph, dévotion dont les filles de sainte Thérèse continuèrent à se faire les ardentes zélatrices. Son exemple exerçait une telle influence à Bruxelles que tous les magasins fermaient le 19 mars et que la fête était solennisée bien avant la promulgation du décret pontifical. Le 19 avril 1679, Innocent XI, dans la bulle Eximia pietas, placera les provinces belges sous le patronage du grand saint. Dès lors, les calendriers liturgiques des diocèses belges renseignent la fête du 19 mars comme celle du patron de la Belgique : Patronus Belgii, Patriæ nostræ patronus.

La Bohême choisit saint Joseph pour son patron. Elle célèbre très solennellement sa fête dès l'an 1655, sous le titre de Conservateur de la foi, à la suite d'un édit de l'empereur-roi.

Léopold l°, empereur d'Allemagne, ne se contente pas de l'unique fête du 19 mars. En reconnaissance de faveurs obtenues (naissance de Joseph Ier et victoire sur les Turcs), il prescrit, avec l'assentiment du pape, que la fête des Épousailles de saint Joseph et de la Sainte Vierge sera désormais célébrée dans l'empire et il met ses états sous la protection spéciale de saint Joseph (1677).

De la vieille Europe, la dévotion passe en Afrique, en Asie, en Amérique portée par de courageux missionnaires... Il est notoire que dès les origines de la colonisation du Canada, saint Joseph en est établi le patron par les missionnaires franciscains, récollets, jésuites, saint-sulpiciens... Parmi une multitude d'âmes dévouées à la gloire du grand Patriarche, à côté des Pères Le Caron, Le Jeune, de M. Le Royer de la Dauversière, fondateur avec M. Olier de Ville-Marie et de l'Hôtel-Dieu (St. Joseph), il faut citer : la vénérable Marie de l'Incarnation et les ursulines ; la vénérable Catherine de Saint-Augustin, hospitalière de la Miséricorde, à Québec ; Marie Bourgeois, fondatrice des Sœurs de Notre-Dame, etc. ... (Annales de Saint-Joseph, du Mont-Royal, Canada.)

 

Un fervent serviteur de saint Joseph: saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719). « Saint Jean-Baptiste de la Salle, dit l'abbé Garriguet, doit être compté parmi ceux qui ont le plus honoré saint Joseph et se sont le mieux employés à le faire honorer. »

Sa dévotion envers le saint Époux de Marie est universellement connue. Ce culte est singulièrement avivé par son contact prolongé avec les disciples de M. Olier à Saint-Sulpice. Inspiré d'en-haut, il voit tout de suite qu'on ne peut proposer meilleur modèle aux maîtres et meilleur protecteur aux élèves « que celui qui a veillé sur Jésus avec tant de tendresse, de sollicitude et de dévouement ». Il veut donc que saint Joseph soit le premier patron de son admirable Institut. Lui-même s'applique toute sa vie à reproduire les vertus de ce grand saint.

Atteint de maladie mortelle, le pieux serviteur de saint Joseph obtient la faveur de célébrer une dernière fois le saint sacrifice de la messe, le jour de la fête, à la grande joie de ses fils qui le croient revenu à la santé. Le saint fondateur écrit dans son testament : « Je recommande instamment aux Frères des Écoles chrétiennes d'avoir toujours une grande dévotion pour saint Joseph, patron et protecteur de leur société. » Jamais recommandation n'a été plus pieusement ni plus fidèlement observée. Les Frères professent une extraordinaire dévotion pour saint Joseph et ils l'ont toujours communiquée à leurs innombrables élèves. On peut dire d'eux, ce qui est un bel éloge, qu'ils se sont montrés les dignes émules des Pères de la Compagnie de Jésus pour honorer saint Joseph et répandre son culte dans les rangs de la jeunesse des écoles. (Garriguet, Mois de saint Joseph.)

 

Evolution du culte de saint Joseph : temps d'arrêt au XVIII° siècle. — Un phénomène intéressant se rencontre dans l'évolution de la dévotion envers saint Joseph au cours des siècles : c'est la connexion qui s'établit entre le culte de Marie et celui de son saint Époux.

Dès le IV° siècle, quand les Pères et les Docteurs défendent les privilèges de Notre-Dame, ils parlent avec éloge de son Époux très chaste. « Il est particulièrement remarquable, dit le Père Debuchy (Méditations sur les litanies de saint Joseph, p. 24), que le culte de saint Joseph suit la progression du dogme de l'Immaculée-Conception. A chaque nouvelle phase de l'évolution de ce dogme, correspond une phase nouvelle d'honneurs rendus à l'Époux de Marie. » De fait, quand l'Université de Paris au xv° siècle a pris hautement position en faveur de l'Immaculée Conception, ses chanceliers : Pierre d'Ailly, Gerson proclament les grandeurs de saint Joseph. Quand le concile de Trente a solennellement réservé les droits de Marie à l'exemption du péché et que les opposants à l'Immaculée se font plus rares, la dévotion à saint Joseph reçoit une impulsion merveilleuse.

C'est que les deux dévotions réagissent l'une sur l'autre. Il n'est pas possible d'étudier saint Joseph sans mieux connaître les gloires de la Très Sainte Vierge. Or, à la fin du XVII° siècle et au XVIII°, sous la coalition des forces mauvaises du protestantisme, du jansénisme, du gallicanisme et du rationalisme, les dévotions au Sacré-Cœur, à la Sainte Vierge sont violemment attaquées (voir C. Dillenschneider, Mariologie de saint Alphonse) et, par contrecoup, la dévotion à saint Joseph « qui n'a cessé de progresser depuis saint Bernard, subit un temps d'arrêt et marque un déclin dans l'Europe occidentale pendant le cours du stérile et néfaste XVIII° siècle ». (Renard, ouvrage cité, p. 244.) Cependant quelques faits méritent une mention.

 

Actes des souverains pontifes. — A la prière d'une sainte religieuse carmélite, la Vénérable Claire Colonna, le pape Clément XI fait approuver par la Congrégation des Rites, en l'honneur de saint Joseph, une messe et un office propres dont il préside lui-même la composition et qu'il rend obligatoires pour l'Église universelle, le 4 février 1714. Ce pape grand dévot de saint Joseph, meurt le 19 mars 1721, avouant au cardinal Oliveri qu'il a toujours invoqué saint Joseph comme patron de la bonne mort et désiré mourir le jour de sa fête. (Derucay, Méditations, p. 83.)

Par un décret du 19 décembre 1726, Benoît XIII prescrit l'insertion du nom de saint Joseph aux litanies des saints, après celui de saint Jean-Baptiste. Sollicitée par l'empereur Charles VI et plusieurs ordres religieux, cette réintégration doit être préparée par une savante dissertation du promoteur de la foi, le cardinal Prosper Lambertini. Le rapporteur examine deux questions. A la première : Le nom de saint Joseph doit-il être replacé dans les grandes litanies ? aucune hésitation n'est possible... Les théologiens les plus autorisés signalent l'éminente dignité de saint Joseph. Son nom était inséré jadis dans les litanies de l'Église universelle ; on le trouve dans les missels romains de 1541, 1557, 1563. « Si on ne le rencontre plus après la réforme du bréviaire par Pie V, la faute en est aux imprimeurs qui, voyant un certain office de saint Joseph prohibé par le pape, se permettent, de leur autorité privée, de supprimer son nom des litanies. » (Renard, ibid., p. 245.) Pour la deuxième question : Quel rang lui assigner ? La dissertation du docte promoteur propose de placer le nom de saint Joseph après celui du Précurseur. Le savant canoniste, devenu pape sous le nom de Benoît XIV (1740-1758), élèvera, en 1741, la fête du 19 mars au degré le plus haut et fixera la fête du patronage, instituée depuis 1680, la demande des carmes, au troisième dimanche après Pâques.

 

Les propagateurs de la dévotion. — En 1709, le Père Antoine Patrignani, S. J., publie son célèbre ouvrage : Il divoto di san Giuseppe, « livre d'or tout parfumé de piété », dit le cardinal Lépicier. Traduit en diverses langues, souvent réédité, il a largement contribué à populariser cette dévotion. Ses explications et ses exemples n'ont pas vieilli. Plusieurs auteurs lui empruntent une accommodation du songe mystérieux de l'ancien patriarche Joseph où le soleil, la lune et onze étoiles se prosternent pour rendre hommage au fils de Jacob. Le Père Patrignani voit Jésus et Marie symbolisés par le soleil et la lune. La couronne de onze étoiles se compose des saints et des docteurs qui ont spécialement contribué à l'établissement et au développement du culte liturgique et de la dévotion privée, c'est-à-dire de l'invocation, de l'amour et de l'imitation du glorieux saint Joseph. Pour tresser cette noble couronne, l'accord n'est pas parfait parmi les dévots du saint Patriarche... Si certains noms comme ceux de Gerson, d'Isidore de Isolanis, de sainte Thérèse, de saint François de Sales rallient tous les suffrages, les préférences se dispersent ensuite sur les autres. (Ricard, Saint Joseph, sa vie et son culte; Pacifique, Annales de saint Joseph du Mont-Royal.) Incontestablement, le Père Patrignani demeure l'un des plus fervents propagateurs de la dévotion à saint Joseph parmi les fidèles.

Pendant que ce dernier publie à Florence ses célèbres et pieux opuscules, que Prosper Lambertini compose sa savante dissertation, saint Léonard de Port-Maurice (1677-1751), guéri miraculeusement par la Sainte Vierge, remue toute l'Italie par ses prédications. Il prêche la dévotion au chemin de la croix, la confiance en la miséricorde de Dieu, met sur les lèvres des moribonds son invocation favorite : Mon Jésus miséricorde ! et convoque aux pieds de saint Joseph tout le peuple chrétien : religieux, prêtres, séculiers, nobles, hommes du peuple ; tous doivent avoir confiance en lui... puisque les personnes de tout état ont avec lui quelque ressemblance.

On connaît l'immense retentissement produit dans le monde chrétien par l'ouvrage de saint Alphonse de Liguori (1696-1787) sur les Gloires de Marie... Il se devait de parler de saint Joseph et de l'honorer d'une façon spéciale. Dans sa jeunesse, il s'était mis sous le patronage du grand saint. Devenu fondateur de congrégations religieuses, il prescrit à ses disciples de solenniser sa fête, écrit un petit traité sur les gloires du saint patriarche et, dans ses œuvres, multiplie les considérations et les exhortations propres à inspirer cette chère dévotion. Grand admirateur de sainte Thérèse, il partage son culte pour l'Époux de la Mère de Dieu.

En tête de ses écrits, il met presque toujours les noms de Jésus, Marie, Joseph, y ajoutant quelquefois celui de sainte Thérèse (Pacifique, Annales, p. 123). Il suggère de solliciter de saint Joseph, entre autres grâces : le pardon des péchés, l'amour de Jésus et une bonne mort. Avec saint François de Sales, il soutient que saint Joseph mourut de pur amour envers Dieu (Œuvres de saint Alphonse, VI, 524) et qu'ayant eu le bonheur d'expirer entre les bras de Jésus et de Marie, le bon saint patron des mourants viendra assister ses fidèles serviteurs en compagnie de Jésus et de Marie, en leurs derniers combats.

(A suivre.)