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Nos Frères captifs des brigands en Chine

 

Volumen XVI | Número 112

Bulletin de l'Institut, vol. XVI, n. 112, avril 1938, Pp. 89-96

La captivité de nos Frères, enlevés par des brigands, aux environs de Pékin, s'est terminée mieux qu'on n'osait l'espérer. On sait qu'à la même époque, dans une autre région un évêque et 7 de ses prêtres, capturés avec lui, ont été massacrés, et il y a eu malheureusement toute une série de faits analogues les années précédentes.

La durée de la captivité n'a pas été la même pour tous. Les otages étaient au nombre de 10, 2 prêtres, nos aumôniers et 8 Frères.

Un des prêtres, le R. P. Feely et les Frères Marie-Prudent, Leo-Ceferino et René-Joseph furent relâchés dès le 5 septembre, sur une démarche d'un Frère chinois, le F. Malya-Cyrille, écrivant au « Général » des brigands pour solliciter la libération des captifs de santé affaiblie.

Peu après, le 16 septembre, à l'occasion d'une indisposition subite du F. Edmond-Etienne, causée par la mauvaise nourriture, il y eut trois nouvelles libérations, celle de ce Frère, celle du F. Otto-Raphaël et celle du R. P. Villems, auquel le C. F. Faustus céda sa place, pour la circonstance, afin de rester avec ses Frères.

Les trois autres: le C. F. Faustus avec les jeunes Frères José-Vicente et Léon-Xavier furent gardés plus longtemps, exactement 48 jours.

 

Motifs de cette captivité. — Le premier motif de l'enlèvement fut, selon la coutume, de tirer des captifs une forte rançon.

Le premier chiffre fixé par les brigands fut un million de dollars. Les longues discussions, maintes fois réitérées, avec les captifs, pour leur faire admettre ce chiffre, n'eurent pas le résultat escompté. Ils expliquèrent à leurs détenteurs qu'ils n'avaient apporté en Chine aucune fortune et ne s'y étaient pas enrichis. Les vastes maisons qui avaient fait impression sur les brigands n'étaient autre chose que des écoles, où on élevait de jeunes Chinois désirant devenir religieux, ce qui n'enrichissait guère.

Finalement les prétentions de Messieurs les brigands cédèrent à mesure qu'ils entrevirent les conditions de vie de leurs captifs, les raisons de leur séjour en Chine et leur situation de fortune.

Ils descendirent en quelques jours à 50.000 dollars. Mais c'était un minimum, disaient-ils. On n'allait pas leur refuser cela. Il suffisait de faire appel aux amis, aux Supérieurs, à l'évêque. De fait, il fallut écrire sous menace de la vie, pour réclamer cette rançon, mais le C. F. Faustus s'exprima assez adroitement pour faire comprendre qu'il n'avait rien promis et qu'on n'avait qu'à en faire autant.

 

Protecteurs des brigands. — Bientôt les brigands perdirent l'espoir de toucher quoi que ce soit. Des détachements japonais étaient á leurs trousses. Des avions les survolaient de temps en temps. Mais ils avaient su d'autre part qu'on ne tenterait contre eux aucun combat décisif, tant que les captifs seraient là. Les Frères devinrent donc une sauvegarde pour leurs ravisseurs. Ceux-ci se voyaient embarqués dans une aventure qui pouvait leur coûter cher, si les captifs n'étaient rendus sains et saufs.

 

Effectif et vie de la bande. — La bande qui avait enlevé nos Frères pouvait avoir environ 900 hommes. Elle était des plus mobiles, devant circuler de village en village, pour éviter de se laisser prendre, tout en restant à proximité de Pékin. Il fallait marcher de nuit, par tous les temps, à toutes les heures, se lever brusquement quand on venait de se coucher ou rester sur place deux ou trois jours de suite sans raison apparente, jeûner quand on avait appétit et se contenter en fait de logement ou de nourriture de ce qu'on trouve en temps de guerre dans des villages misérables.

« Parmi les ravisseurs, écrit le C. F. Provincial, s'est heureusement trouvé un groupe d'étudiants qui, croyant obéir à leur patriotisme, s'étaient fourvoyés dans la bande. Les rapports avec les Frères ont été immédiatement empreints d'une certaine cordialité: c'est ce groupe qui fut ordinairement chargé de la garde des Frères. Ils furent convenables et firent ce qui était en leur pouvoir pour atténuer, dans la mesure du possible, l'odieux de leur rôle de geôliers ».

Ajoutons qu'on parvint, par des intermédiaires, à établir des rapports suivis entre la maison provinciale et les captifs. On leur procura du linge, des habits, des journaux, des livres, même du pain et autres vivres. On put s'écrire et donner des nouvelles de part et d'autre. II y eut même deux visites d'un journaliste américain.

 

Journal de la captivité. Les captifs ont eu la bonne idée de tenir un journal de leurs aventures. Il est trop long pour trouver place ici, mais on peut y glaner quelques passages qui donneront une idée de leur vie parmi les brigands:

Les voyages perpétuels... « Le départ des premiers Frères délivrés nous causa d'autant plus de bonheur que nous le considérions comme un gage du nôtre. Le soir, vers neuf heures, il fallut plier bagages et partir à travers la boue qui nous arrivait souvent aux chevilles. Il faisait très noir : on voyait son chemin, grâce aux lampes électriques, nombreuses aux mains des brigands. Arrivée au village à minuit. Les soldats partis devant pour préparer le logement nous apportent de l'eau pour nous laver les pieds. On s'endort rapidement. Le village est désert. Les gens ont fui. On finit par retrouver quelqu'un pour nous préparer un repas. On tue 3 porcs. Nous avons ainsi de la viande pour la première fois ».

Un peu après: Départ à 4 h du soir vers le sud-ouest. Un mulet porte deux sacs de farine. Le second chef nous fait remarquer qu'ils sont pour nous. Nous sommes touchés de son attention, mais nous concluons, que notre captivité risque d'être longue ».

Un peu plus loin: « Dans la soirée, on se dirige vers le nord-est. Quatre avions nous survolent. Tout le monde se cache dans les champs de sorgho ».

Ces voyages perpétuels occupent une bonne partie des nuits. Il y a d'autres aventures moins rassurantes, comme celle-ci:

« ...Le lendemain, nouveau départ. Le bruit de la fusillade arrive des montagnes. Dans un village que nous traversons, on amène deux hommes. L'un a les mains liées. On le fait agenouiller, puis un soldat lui applique le canon de son revolver sur la tempe. Le captif, très pâle, n'ose articuler un seul mot. Ce n'était qu'une feinte. On se contente de l'attacher à la suite des autres captifs et notre marche continue ».

Un autre jour: « On nous avertit qu'il va y avoir bataille contre une autre bande de brigands, venant de Pékin et dont le chef est, dit-on, payé par les Japonais. On entend quelques coups de feu. Puis on vient nous annoncer la capture du chef et de son second. Ils sont liés. Le combat reprend peu après et dure encore une heure et demie. La victoire est de notre côté. On dîne à six heures. Les soldats disent qu'ils ont fait 60 prisonniers. Les armes prises sont distribuées à ceux qui en manquaient. Les deux chefs captifs sont placés dans la même chambre que nous et gardés par 4 soldats ».

Peu après: « ...Les deux prisonniers qui étaient gardés dans notre chambre sont bien ligotés et ils ont la corde au cou. Ils faisaient pitié à voir. L'un avait 28 ans, l'autre 30. Ils furent exécutés á la tombée de la nuit, à quelques pas derrière nous. On ne nous avait pas annoncé leur exécution, ce sont les coups de feu qui nous l'ont apprise ».

Autre aspect des choses... « Vers 10 heures du matin, le Chef nous invite au meeting qui va avoir lieu pour commémorer le 6ième anniversaire de la prise de la Mandchourie par les Japonais. Nombreux et véhéments discours. Les Japonais sont voués à tous les diables. Notons pourtant que nos brigands laissent bien tranquilles les Japonais et se bornent à rançonner les paysans. On nous a fait asseoir sur l'estrade d'honneur et le F. José-Vicente, invité à parler, lui aussi, en a profité pour faire l'éloge de notre sainte religion et dire pourquoi nous sommes venus en Chine. Son discours à mesure qu'il est traduit, est vigoureusement applaudi ».

« Le lendemain, grand banquet chinois, auquel nous sommes invités. On est plein d'égards pour nous ».

Le festin fut sans doute le bienvenu, au milieu des journées où il avait fallu serrer la ceinture, manger n'importe quoi, à n'importe quelle heure, se contenter des bouillies de millet et de tasses de thé.

4 octobre. A 7 h 40, nous sommes obligés de déloger précipitamment. Les balles pleuvent autour de nous, sans qu'on puisse apercevoir ceux qui les tirent. Nos ravisseurs ont bien soit, pour se protéger, de nous obliger à rester debout, du côté d'où elles viennent. C'est presque miraculeux que nous ne soyons pas atteints. Il est vrai que nos assaillants ne nous poursuivirent pas et que nous nous enfonçâmes rapidement dans les ravins de la montagne.

A une heure du matin, nous nous arrêtons dans une ferme isolée, chez de braves gens qui s'empressent de se lever pour nous céder leur place et nous préparer du thé ».

 

Au point de vue religieux. — Les Frères ne furent inquiétés en rien pour ce qui touche à la religion. Ils purent prier tout à leur aise et ne s'en privèrent pas. C'était leur grande consolation, d'ailleurs, car, s'il n'y eut, grâce à Dieu, aucune victime, il y eut bien des menaces et des dangers. Il y avait d'ailleurs quelques rares chrétiens dans la région.

Un jour que poursuivie par des avions japonais la bande se dispersait dans les champs de sorgho, des chrétiens effrayés se jettent à genoux pour prier la sainte Vierge tout haut, les Frères en font autant, les païens les imitent et tout le monde prie de son mieux.

 

Fin de la captivité. — Enfin, les brigands, après un mois et demi, se décident à relâcher leurs prisonniers et, se rapprochant de La Cuvette, leur annoncent la bonne nouvelle.

Citons ici la fin du journal: 16 octobre.  Pour la troisième fois, nous arrivons à Tachoeizu ; nous nous y reposons et restaurons, et prenons définitivement congé de nos ravisseurs. Deo gratias! Vers les 4 heures 30 du soir, nous recevons les dernières excuses et félicitations de notre entourage. Plusieurs se recommandent à nos prières... J'aime à croire qu'ils sont sincères. Enfin accompagnés par 20 soldats bien armés, nous nous mettons en route pour la Maison Saint-Joseph. Nous y arrivons à minuit cinq.

Quelle agréable surprise pour ceux que nous réveillons ! et le lendemain, dimanche, pour tous nos Chers Supérieurs, Confrères et Amis de Chala, de Pékin ! Au salut, chant du Te Deum.

Au total, comme on voit, on pouvait se réjouir de l'heureuse fin de cette triste histoire. Les 3 derniers captifs, fatigués de tant de marches et de tant de nuits sans sommeil, amaigris par des jeûnes forcés et une mauvaise nourriture nous ont été tout de même rendus vivants. Dieu soit béni!

Ils ne gardent même pas trop mauvais souvenir de leur aventure. Voici ce qu'écrivait le C. F. Faustus, Directeur, si l'on peut dire, de la communauté captive.

« Au risque de vous surprendre étrangement, laissez-moi vous dire que je considère les 48 jours de ma captivité comme les plus précieux que j'ai eu le bonheur de passer en Chine. Auparavant j'aimais beaucoup les Chinois, je les aime et les apprécie davantage encore, depuis que je les ai vus de plus près, chez eux. Il fallait voir ces braves paysans, comme ils s'empressaient de nous combler de prévenances. Souvent même ils nous questionnaient sur la vraie religion, qu'ils ne connaissent pas encore.

Quant aux soi-disant soldats-bandits, qui nous gardaient, ils nous traitèrent toujours le mieux possible ».

Le R. P. Willems, de son côté, s'écriait : « Cette captivité équivaut à la meilleure des retraites; on y apprend á obéir et à se contenter de ce qu'on a ».

C'est bien le cas de dire, avec le proverbe: « Tout est bien qui finit bien », et de remercier le bon Dieu qui a protégé ses enfants.