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Saint Marcellin Champagnat
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Saint Marcellin Champagnat

 

Fondateur de l'Institut des Frères Maristes
Lluís Serra Llansana - 2001

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Marcellin Champagnat, prêtre mariste français, est le fondateur de l'Institut des Frères Maristes des Ecoles ou Petits Frères de Marie. L'attrait qui émane de sa personne ne se remarque pas dès la première impression mais dans une présence prolongée et simple. Comme Marie de Nazareth il agit avec discrétion. La richesse intérieure est à résonance profonde et, comme par contagion, se révèlent le dynamisme personnel, la joie, la spiritualité mariale et la foi en Dieu. Les enfants et les jeunes sont ses amis et ils lui rendent bien l'affection qu'il leur témoigne. Les Frères qu'il a aimés tendrement sont les héritiers de son esprit. Son itinéraire de foi le conduit jusqu'au primat de l'amour, en quoi consiste la sainteté.

Marcellin Champagnat, prêtre mariste français, est le fondateur de l'Institut des Frères Maristes des Ecoles ou Petits Frères de Marie. L'attrait qui émane de sa personne ne se remarque pas dès la première impression mais dans une présence prolongée et simple. Comme Marie de Nazareth il agit avec discrétion. La richesse intérieure est à résonance profonde et, comme par contagion, se révèlent le dynamisme personnel, la joie, la spiritualité mariale et la foi en Dieu. Les enfants et les jeunes sont ses amis et ils lui rendent bien l'affection qu'il leur témoigne. Les Frères qu'il a aimés tendrement sont les héritiers de son esprit. Son itinéraire de foi le conduit jusqu'au primat de l'amour, en quoi consiste la sainteté. Les débuts d'une histoire Le Rosey est un hameau de la commune de Marlhes; en France. Ce coin de montagne très joli ne laissait pas beaucoup de place au développement humain ; les conditions n'étaient guère propices aux relations et à la culture ; la vie était rude. Le calendrier parlait de Révolution française: 1789. Le 20 mai, Marie-Thérèse Chirat épouse de Jean-Baptiste Champagnat donnait le jour à un neuvième enfant. Le jour suivant, jeudi de l'Ascension, le bébé était porté sur les fonts baptismaux et recevait les prénoms de Marcellin, Joseph, Benoît. Et déjà luit l'aube d'une ère nouvelle. "L'Ancien régime" tombe en lambeaux. Jean Baptiste, le père, homme ouvert, accueillant, compréhensif et plein d'esprit d'initiative, tâte le pouls de l'histoire et agit en première ligne. Il a, pour son temps, un bon niveau d'instruction. Sa calligraphie impeccable, sa facilité de s'adresser à une foule, son aptitude à diriger sont des éléments de valeur. Il exerce diverses fonctions et charges comme par exemple juge de paix et, quand on vote pour des délégués, il est élu en premier. Il doit faire face à plusieurs tâches officielles. Plutôt que servir les idéaux révolutionnaires dans le réseau jacobin, parti d'extrême gauche, il vise aux réalités concrètes de son pays, sauvegardant les intérêts de ses concitoyens. Pendant que se déroulent ces événements politiques, Marcellin vit en étroite relation avec sa mère qui fait un petit commerce de toile et de dentelle et en emploie les bénéfices pour la bonne marche de sa ferme et de son moulin. Marie-Thérèse est un élément de modération et d'équilibre dans la vie de son mari. Un peu plus âgée que celui-ci, sa fermeté de caractère, sa compétence dans l'économie domestique et l'éducation facilitent sa tâche. Elle élève ses enfants avec diligence, mettant l'accent sur l'importance de la piété, des relations sociales et de l'esprit de sobriété. La tante, Louise Champagnat est religieuse de Saint Joseph, expulsée de son couvent par la Révolution. L'empreinte qu'elle laisse sur l'enfant par ses prières, ses leçons et son exemple est si profonde qu'il la rappelle souvent avec plaisir et reconnaissance. Un jour, -il a quelque 6 ans- il lui demande: "Tatan, qu'est-ce que c'est que la Révolution? Une personne ou une bête?" Dans une telle période il est presque impossible de ne pas sentir les palpitations de l'histoire. L'éducation de Marcellin se fait au carrefour des idées nouvelles véhiculées par le père et de la spiritualité profonde transmise par la mère et la tante. Au sein de la famille, les problèmes sont vécus dans toute leur acuité et cela donne un résultat modéré, mais positif et plus largement favorable aux personnes qu'aux idéologies. Marcellin respire le sens de la fraternité dans les étroits rapports qu'il vit avec ses frères et soeurs. Une blessure lumineuse Dieu se sert souvent des pages obscures de notre histoire, des blessures de notre vie pour faire jaillir une source de lumière. Marcellin vit une situation scolaire très déficiente. Deux expériences négatives vont l e marquer d'un impact violent. La tante lui enseigne les rudiments de la lecture avec peu de résultats. Les parents décident de l'envoyer chez le maître d'école de Marlhes: Barthélemy Moine. Le premier jour, vu qu'il a l'air très timide, le maître l'appelle près de lui pour le faire lire. Le temps qu'il arrive, un autre élève lui passe devant. Le maître administre une gifle sonore à l'impertinent et l'expédie au fond de la classe. Marcellin est révolté intérieurement: "Je ne retournerai plus à cette école. En maltraitant sans raison mon camarade, le maître me fait voir ce que je dois attendre. Pour un rien il me traitera de même; je n'ai pas besoin de ses leçons et encore moins de ses punitions." Premier jour d'école et dernier. Après cet échec scolaire, il apprend à vivre à l'école de son père. Il le suit partout et il fait tous les travaux nécessaires à l'entretien de la ferme. Il s'occupe de tout avec enthousiasme, soutenu par son tempérament dynamique, l'amour du travail, l'esprit d'initiative, le sens pratique et la force physique. Marcellin est aussi doué d'un bon caractère. D'autres mères de famille qui apprécient la bonté plus que l'instruction le donnent comme modèle à leurs fils. Et pendant ce temps, piété et vertu progressent à l'école de la maman et de la tante. A onze ans, Marcellin peut faire sa première communion et recevoir le sacrement de confirmation. Un autre fait, au cours d'une leçon de catéchisme, va lui faire une durable impression. Le vicaire, agacé par la turbulence d'un enfant, le dispute et l'afflige d'un sobriquet. L'enfant se calme, mais le surnom n'est pas tombé dans un sac percé. A la sortie on le lui répète en choeur. Il s'énerve, ce qui excite encore plus les autres. Il devient farouche, sauvage, insociable. Bien des années plus tard, Marcellin dira. "Voilà un exemple d'échec dans l'éducation: un jeune exposé par son mauvais caractère, à devenir supplice et peut-être désastre pour sa famille et ses voisins. Et tout cela pour un moment d'impatience qu'on pouvait facilement réprimer." La fondation de l'Institut des Frères Maristes sera la réponse de foi aux carences éducatives expérimentées et à la situation dramatique de l'instruction en France. En 1792, toutes les congrégations religieuses sont supprimées. L'instruction publique est nulle. La jeunesse n'avance que sur des chemins d'ignorance et de confusion. Encore quelques années et le 19e siècle ouvrira ses portes. Et ce sera le siècle de l'école. Marcellin y aura contribué de manière significative. La vocation : Je réussirai parce que Dieu le veut Le manque de prêtres est évident. Il est urgent de promouvoir les vocations et de fonder des séminaires. Un ecclésiastique se charge de ce recrutement. Le curé le dirige vers la famille Champagnat. Jean -Baptiste ne cache pas sa surprise de cette visite: "Mes fils n'ont jamais manifesté le désir d'aller au séminaire". Les frères de Marcellin refusent en effet l'invitation, mais lui, semble hésitant. Le prêtre l'examine attentivement, est frappé de sa candeur et de sa modestie, comme aussi de son caractère ouvert et franc: "Mon fils, il faut te mettre aux études pour devenir prêtre, Dieu le veut"! "Marcellin est décidé. Le choix ne sera plus remis en cause. Sa vie prend alors une autre direction. Ses projets, liés au commerce et aux affaires, perdent leur attrait. La résolution d'aller au séminaire impose d'autres exigences: apprendre le latin, sans parler d'apprendre d'abord à lire et à écrire le français. Sa langue maternelle habituelle est plutôt le provençal, variante de l'occitan. Face à tant de difficultés on cherche à le dissuader. Inutile. L'objectif est clair: devenir prêtre. Là dessus, mort imprévue de Jean-Baptiste. Marcellin a 15 ans. Il continuera ses études. Rattraper tant d'années perdues est un effort titanesque. Il va s'y mettre chez Benoît Arnaud son beau-frère instituteur. Malgré des efforts réciproques, les résultats sont bien faibles. Benoît lui conseille de renoncer. Il parle de même à la maman. En dépit de toutes ces difficultés, Marcellin conserve l'amour de sa vocation. Il prie souvent Saint François Régis et, avec sa mère, se rend en pèlerinage à la Louvesc. Sa décision est irrévocable: "Je veux aller au séminaire. Je réussirai dans mon engagement parce que Dieu m'appelle." Le chemin du sacerdoce Marcellin entre au petit séminaire de Verrières. Dans les débuts il se laisse embarquer dans "la bande joyeuse" et sa conduite n'est pas impeccable. Le supérieur lui a même suggéré de ne pas revenir après les vacances. C'est la traversée du désert. Heureusement la maman est là, précieuse conseillère. Elle va mourir quand il aura 20 ans, mais en attendant elle a su réorienter son énergie en fonction de son projet de vie. A part ce passage difficile dû à un maigre succès scolaire et à un peu d'étourderie, Marcellin s'acharne à acquérir science et piété. Sa conduite "médiocre" en sixième s'améliore jusqu'à être estimée "très bonne". On le nomme même responsable de dortoir. Cette tâche accroît son sens des responsabilités et lui permet de gagner quelques heures sur le sommeil au profit de l'étude. Sa piété et son zèle apostolique progressent avec évidence parmi ses compagnons. Deux d'entre eux auront un nom dans l'histoire: Jean-Claude Colin, fondateur et supérieur général de la Société de Marie et Jean-Marie Vianney, le saint curé d'Ars. Marcellin ranime les découragés. Ses résolutions de retraite, avec leur prière de conclusion sont le document le plus ancien de sa main. Outre ses efforts pour acquérir une vie spirituelle plus profonde, il promet au Seigneur "d'instruire ceux qui ignorent vos divins préceptes et d'enseigner le catéchisme à tous sans distinction de riches et de pauvres." Tel est le programme qu'il réalise surtout pendant les vacances en réunissant les enfants des hameaux proches du Rosey. A 24 ans, Marcellin entre au Grand Séminaire de Lyon dirigé par les Sulpiciens. Les armoiries de ce Séminaire présentent le monogramme marial qui ensuite sera adopté par la Société de Marie en général et les Petits Frères de Marie en particulier. Les trois ans de théologie avant l'ordination sont un temps privilégié pour la ferveur, la maturité, l'idéal apostolique et les projets de fondation. Marcellin arrive à l'ordination sacerdotale avec trois remarquables conquêtes: la maturité spirituelle et humaine; un niveau culturel satisfaisant compte tenu des bases presque inexistantes qui le rendaient si difficile à atteindre et avaient été une fameuse épreuve; l'amitié d'un groupe de compagnons vibrant d'amour pour la Vierge et enflammés de l'idéal commun de fonder une congrégation religieuse. Voici maintenant qu'un nouveau séminariste, Jean-Claude Courveille, affirme avoir été guéri miraculeusement au Puy en 1809 et plus tard avoir entendu, au Puy encore, une voix intérieure qui l'appelle à fonder une Société de Marie. Autour de lui se rassemble un groupe de séminaristes attirés par le même but. Marcellin en est. Le caractère clandestin, le secret d'un projet plein d'espérance enflamment d'enthousiasme leurs réunions. Le projet comprend: des Pères (avec des Frères coadjuteurs), des Soeurs et un Tiers-Ordre. Marcellin, lui, a ses aspirations, ses intérêts, ses préoccupations bien précises. Il veut une congrégation enseignante. Le besoin impérieux d'éducation à ce moment de l'histoire, le souvenir de la peine qu'il avait eue pour s'instruire ne font plus qu'un avec son intuition : "Il nous faut des Frères". Sa proposition n'a guère d'écho: elle n'est pas prévue dans le projet original. Il insiste: "Il nous faut des Frères". Finalement on lui concède d'en prendre l'initiative: "Chargez-vous des Frères puisque c'est votre intuition." Un des vicaires généraux, Claude-Marie Bochard a le désir, lui aussi, de fonder une congrégation de Frères. Le projet de Marcellin lui semblera une menace. 22 juillet 1816: Marcellin est ordonné prêtre avec plusieurs de ses compagnons qui ont adhéré au projet. Quelque 12 d'entre eux montent donc au sanctuaire de Fourvière pour se mettre sous la protection de Marie. Après la messe, Jean Claude Courveille lit un texte de consécration qu'on peut considérer comme le premier acte officiel, même s'il est de caractère privé, de la Société de Marie. On peut dire que c'est la date de fondation. Mais les nominations de chacun vont les disperser dans l'immense diocèse de Lyon. Les yeux ouverts Marcellin adopte à l'avance le "voir, juger, agir". Quelques années plus tard, dans une lettre à la reine Marie Amélie, il rappellera son temps de la Valla: "Elevé au sacerdoce en 1816, je fus envoyé dans une commune des environs de Saint-Chamond (Loire). Ce que je vis de mes propres yeux dans cette nouvelle position, touchant l'éducation des jeunes gens me rappela les difficultés que j'avais moi-même éprouvées, à leur âge, faute d'instruction. Je me hâtai donc de mettre à exécution le projet que j'avais fait de former une Association de Frères instituteurs pour les communes rurales, dont la pénurie d'un grand nombre ne permet pas d'avoir des Frères des Ecoles Chrétiennes. Je donnai aux membres de cette nouvelle Société le nom de Marie, persuadé que ce seul nom amènerait un bon nombre de sujets. Un prompt succès malgré le déficit des ressources temporelles , en justifiant mes conjectures, a dépassé mes espérances... Le gouvernement, en nous autorisant, facilitera singulièrement notre développement, la religion et la société en retireront un grand avantage. "Quand il arrive à la Valla, en voyant le clocher, il se met à genoux et confie au Seigneur et à la Vierge Marie, qu'il appelle la Bonne Mère, sa mission pastorale. La Valla est encastré dans un gracieux paysage du massif du Pilat. Par malheur, la paroisse est un peu à l'abandon. Pour en commencer la rénovation il se trace une règle de vie personnelle, au centre de laquelle est la vie de prière, l'étude quotidienne de la théologie et le zèle pastoral. "Je veillerai, avant tout, à pratiquer la douceur et, pour mieux porter les autres à Dieu, j'agirai envers tous avec une grande bonté." Le changement n'est possible qu'à partir d'une étude des réalités paroissiales. Il s'y met. L'abandon où se trouvent les enfants le pousse à s'occuper d'eux pour le catéchisme, l'éducation et l'instruction. Aimable comme il est, il préfère la récompense et l'émulation aux punitions dont il se dispense tout à fait. Il s'occupe des adultes par les homélies et le sacrement de réconciliation. Mais ses privilégiés sont les malades et les pauvres. Un jeune, Jean Marie Granjon; se lie d'amitié avec lui, l'accompagne dans ses visites aux malades. Il sera le premier Petit Frère de Marie. Le choix de ce diminutif a toute une valeur spirituelle de simplicité et d'humilité. Un événement qui a lieu le 28 octobre 1816 va être l'amorce qui fait exploser les préoccupations concernant la fondation. Dans le hameau des Palais il vient voir un jeune moribond de 17 ans, Jean Baptiste Montagne. Il est terriblement choqué de voir que pour ce mourant la vie n'a pas de sens. Les mystères de la foi, il les ignore. Et dans quelques heures il sera mort. Non, on ne peut pas rester les bras croisés. Le jour même il parle à Jean-Marie Granjon de son projet et du rôle qu'il peut y jouer. C'est urgent. La proposition de Marcellin sur le besoin de Frères a atteint son point dramatique. Cinq jours plus tard lui arrive un tout jeune, Jean-Baptiste Audras qui vient lui confier ses propres idées de vocation: qu'il vienne donc vivre avec Jean-Marie Granjon! Fondateur des Frères Maristes Il a vu ce qu'il faut. Dans son coeur résonnent les paroles de Marie : "Faites tout ce qu'il vous dira". Donc à l'action. Il a 27 ans. Début 1817 il n'y a pas encore six mois qu'il a reçu l'ordination sacerdotale. Le 2 janvier, Jean-Marie Granjon, 23 ans, et Jean-Baptiste Audras, 14 ans, sont là dans la maisonnette louée pour eux par Marcellin. On prie, on travaille, on étudie. On fait des clous pour gagner sa vie. Marcellin donne à ses deux disciples des leçons de lecture et d'écriture et aussi une formation comme religieux éducateurs. D'autres jeunes adhèrent au projet, le sixième étant Gabriel Rivat (Frère François) qui deviendra premier supérieur général. La formation est suffisante: on peut ouvrir l'école de Marlhes. Jean-Baptiste Audras (Frère Louis) en est le premier directeur. Malgré sa jeunesse et son peu d'expérience, le résultat est vite évident. Il saute aux yeux de tous. Grâce à quelques techniques élémentaires c'est un style éducatif communiqué par Marcellin qui s'avère opérationnel: partager la vie des jeunes, les aimer, les conduire à Jésus avec l'appui maternel de Marie. Les fondations se succèdent lentement mais de façon continue. Les vocations ne peuvent pas répondre aux demandes nombreuses d'ouverture d'écoles. Si quelqu'un progresse humainement et spirituellement il aura sans doute aussi sa "nuit obscure" qui va l'amener à purifier ses motivations et à s'enraciner dans l'essence de la foi et de la vie. Voilà que s'orchestre une campagne contre Marcellin et son oeuvre. Certains secteurs ecclésiastiques ne voient pas ses projets d'un bon oeil, son acharnement à les développer et par exemple cette idée de consacrer tant de temps au travail manuel. Marcellin consulte le premier vicaire général de l'archidiocèse: " Voilà ce qu'il en est de ma communauté, quel est votre avis; s'il le faut j'abandonne tout ; croyez-vous que je fais la volonté de Dieu; vous pouvez me nommer où vous jugerez bon". Cette attitude va peu à peu calmer les réticences à son égard. La nuit la plus noire a ses rayons de lumière. Le voilà qui revient un jour d'hiver d'une visite à un Frère malade. La neige se met à tomber en rafales. Ce serait la fin si "la Bonne Mère" par lui suppliée ne lui faisait une refuge miraculeux. Un autre péril: les vocations ne viennent pas. On recourt avec confiance à Marie. La réponse ne tarde pas: c'est un groupe de huit aspirants qui se présente. A l'archevêché des changements interviennent. Bochard est remplacé et la communauté respire. Le nouvel archevêque encourage et même finance un peu la construction qui va s'élever sur les bords du Gier. Une maison sur le rocher Cette construction s'édifie dans des conditions très dures, adoucies cependant par la piété et les relations fraternelles. Et en moins de six mois le gros oeuvre est achevé. Les gens n'en reviennent pas tant les difficultés étaient énormes. Les voisins d'au-dessus sont ravis d'entendre les chants de la communauté. Regardez ce jeune prêtre qui a retroussé sa soutane et se met sur le dos les plus grosses pierres. Oui c'est la maison bâtie sur le roc; Notre-Dame de l'Hermitage. L'année suivante, 1826, est la plus lourde d'angoisses: aux problèmes légaux et économiques s'ajoute la maladie grave de Marcellin et les intrigues de M. Courveille venu vivre à Hermitage. Mais Marcellin sait bien quel est l'espoir: Marie, sa Ressource Ordinaire. L'autorisation légale de l'Institut est une faveur de l'Etat qu'il n'obtiendra pas. Il cherche, sans la trouver, une solution définitive. Que d'ennuis, que de bureaux à assiéger, de voyages... et tout en s'occupant de son oeuvre sans désemparer. Courveille est là qui s'estime Supérieur des Frères et veut être reconnu comme tel. Ses manoeuvres hypocrites trouvent de la résistance. Il propose un vote mais les voix sont pour Marcellin qui supporte avec une foi et une humilité profondes les agissements de son compagnon de séminaire. Il propose même un second vote en soulignant auprès des Frères que les autres futurs prêtres maristes qui sont là sont plus qualifiés que lui. Mais le résultat est identique. C'était prévisible mais il ne laisse rien paraître même si ces histoires lui sont bien sensibles. Courveille que Marcellin respecte et considère comme le supérieur de l'ensemble mariste, n'accepte pas ce refus qu'on lui a infligé et déclenche une attaque plus ou moins directe par des lettres, des mots, des insinuations. Dans l'intervalle, Marcellin a dû faire bien des visites aux communautés, aux écoles, avec une santé précaire et par bien des journées de mauvais temps. Si on y ajoute les ennuis ci-dessus on comprend qu'une maladie grave se déclenche soudain. Elle est au point qu'on perd l'espoir de le sauver. Est-ce la fin de tout ce qu'il a fait ? Le découragement gagne de jour en jour. Le style de gouvernement de Courveille: dureté, mesures draconiennes, est à l'opposé du style auquel Marcellin a habitué ses Frères: droiture et bonté. Tout doucement la situation change. L'instabilité de Courveille prend un tour carrément délictueux. Il doit abandonner l'Hermitage et se retirer à la trappe. Un style éducatif basé sur un amour exigeant Marcellin a voulu des Frères d'une seule catégorie, sans distinction de classe entre eux. Un tel projet de fraternité est un signe d'avant-garde et de progrès. La trajectoire personnelle de Marcellin Champagnat et son attitude face aux moments les plus marquants de l'histoire permettent de soutenir que son oeuvre naît dans la ligne des temps modernes. Pour ses fondations il demande l'accord des autorités religieuses et civiles. C'est une manière de signifier sa volonté de "faire de bons chrétiens et de vertueux citoyens". A l'opposé de bien des fondateurs provenant de familles conservatrices, Marcellin vit dès l'enfance les poussées innovatrices de la Révolution. D'autres sont hostiles au gouvernement, lui veut collaborer. Un député louera cette attitude: "Il ne fonde jamais sans l'accord de l'autorité officielle." Et par ce moyen il élude les conflits. Il est toujours en marge des partis politiques, au coeur des orientations ecclésiastiques. Marcellin suscite chez ses Frères des attitudes éducatives. Au lieu de la sévérité qui est la vertu première de l'éducateur dans d'autres congrégations enseignantes, il propose simplicité et bonté, autorité et ouverture. Il insiste pareillement sur l'esprit de famille, la bienveillance, la délicatesse envers les élèves, l'esprit de travail. Au sommet des idéaux il met celui d'une profonde éducation religieuse qui introduit une relation de confiance en Dieu que facilite la dévotion à Marie manifestée plus par les actes que par les paroles. Ces qualités finissent par constituer un style éducatif bien marqué. Il n'est pas question de révolutionner des méthodes pédagogiques dont l'importance est indiscutable, mais plutôt d'une manière d'exalter la vie, de mettre l'éducation à sa juste place d'en orienter les sujets et de les guider vers la maturité. Ce sont des attitudes profondes et leur ensemble s'appelle un style. Il ne faut donc pas s'étonner si la perpective dépasse toujours la réalisation. Le dévouement arrive aussi à compenser les faiblesses au niveau académique. Marcellin dit et redit:"Je ne puis voir un enfant sans avoir envie de lui faire le catéchisme et de lui dire combien Jésus Christ l'aime". Il perçoit le besoin de cultiver la foi grâce à la culture. "S'il ne s'agissait que d'enseigner les sciences profanes aux enfants il n'y aurait pas besoin de Frères: pour cela des maîtres laïcs suffiraient; si nous voulions leur donner l'instruction religieuse, nous nous limiterions à être de simples catéchistes, les réunissant une heure par jour pour leur faire connaître leurs devoirs, leur faire apprendre la doctrine. Mais notre but est bien plus élevé: nous voulons les éduquer, c'est-à-dire leur apprendre à les accomplir , leur infuser des habitudes, un esprit, des sentiments religieux et leur faire acquérir les vertus d'un bon chrétien. On ne peut pas atteindre cet objectif sans être éducateur, sans vivre avec les enfants, sans que ceux-ci soient longtemps avec nous." C'est bien là un projet d'éducation intégrale selon l'optique chrétienne. Le style éducatif de Marcellin enfonce ses racines dans sa spiritualité. L'amour pour Jésus et Marie est la source inspiratrice de sa pédagogie. Sa devise est: "Tout à jésus par Marie, tout à Marie pour Jésus". Il se soustrait résolument à la mentalité de son temps, par exemple sur la question des châtiments corporels, à cette époque très fréquents. Son apport pédagogique et éducatif se résume dans la vision religieuse de la vie et des personnes, dans un profond sens commun, dans la capacité pratique d'affronter les diverses situations qui se présentent dans la pédagogie de la présence comme meilleur moyen de prévention et dans la préférence donnée aux pauvres et aux laissés de côté. Un projet d'avant-garde D'autres institutions religieuses exigeaient que chaque communauté soit constituée d'au moins trois membres et qu'elle perçoive des salaires bien nets. Marcellin pour faire face aux besoins les plus impérieux permet à ses disciples de n'être que deux. C'est la solution perspicace qu'il donne au dilemme "Bien des communes rurales ne peuvent pas payer trois salaires. Faut-il donc refuser des communautés de deux pour la simple raison qu'elles offrent moins de garanties que celles de trois? Serait-ce avantageux pour la religion et pour la société de s'arrêter à cette considération? " Il accepte même d'envoyer un seul Frère, à condition qu'il revienne périodiquement vivre avec les confrères d'une communauté voisine. Son zèle apostolique n'a pas de frontières. Il n'accepte pas que le manque de ressources économiques soit un obstacle à l'éducation des enfants. Il s'efforce donc de diminuer les coûts, tout en exigeant une petite contribution aux élèves qui le peuvent et en demandant aux Frères de cultiver un petit jardin. Il les faisait également vivre à l'Hermitage pendant les vacances. Marcellin Champagnat vit la mystique de l'action. "Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs" est son psaume préféré. Dans sa vie, les faits qui jaillissent d'une profonde spiritualité apostolique sont plus éloquents que les discours. Il n'a pas beaucoup écrit, quelques centaines de lettres et c'est à peu près tout. Sollicité par l'Esprit Saint et les besoins, il prépare des jeunes à réaliser un projet d'éducation chrétienne dans un cadre de vie laïque. Quand la vie explose dans ses mains et que de nouveaux membres demandent à entrer dans l'Institut, il estime alors qu'il faut leur donner quelques Règles. L'action précède la parole. Les normes naissent de l'expérience Les Frères Maristes héritent de sa spiritualité mariale et de son style pédagogique, la simplicité des relations et le dynamisme apostolique en faveur des enfants et des jeunes, spécialement les plus délaissés. Marcellin, un coeur sans frontières Marcellin envoie des Frères en Océanie, sans compter qu'il meurt avec le regret de ne pouvoir réaliser lui-même son profond désir missionnaire en partant avec eux vers les païens. Il faut aller à Paris demander la reconnaissance légale de l'Institut. Sa vie spirituelle est d'ailleurs arrivée à un haut niveau: "Je suis aussi uni à Dieu dans les rues de Paris que dans les bois de l'Hermitage". La reconnaissance légale rencontre bien des difficultés. Voilà sa réaction: "J'ai toujours eu confiance en Jésus et Marie. Nous obtiendrons notre objectif, je n'en doute pas, mais j'en ignore le moment..; N'oubliez pas de dire à tous les Frères combien je les aime, combien je souffre d'être loin d'eux..." Arrive le moment où il faut passer les rênes. Sa santé ne laisse plus beaucoup d'espoir. On élit son successeur comme supérieur général. Les Frères choisissent Frère François en 1839... La vie de l'Institut maintient son rythme palpitant avec l'entrée de nombreuses vocations. Marcellin trouve encore le temps et l'énergie pour prêcher une retraite à des élèves. La piété et la bonté qui rayonnent sur son visage, marqué par la fatigue et la douleur conquièrent le coeur de tous et ils disent: "Ce prêtre est un saint." Dieu est avec lui. Il règle par acte notarié toutes les affaires temporelles et les droits de succession pour les biens qui sont sous son nom. Il dicte un testament plein d'une haute spiritualité et d'une grande sensibilité envers tous. En voici deux phrases: "Qu'on puisse des Petits Frères de Marie comme des premiers chrétiens: "Voyez comme ils s'aiment". C'est le plus grand désir de mon coeur à ces derniers instants de ma vie . Oui, mes Chers Frères, écoutez les dernières paroles de votre Père, ce sont celles de notre bien-aimé Sauveur: "Aimez-vous les uns les autres ". Et encore: "Qu'une tendre et filiale dévotion à notre bonne Mère vous anime dans tous les temps et toutes les circonstances. Faites-la aimer partout autant qu'il vous sera possible". Jésus, Marie, Joseph sont au centre de sa prière. Le samedi 6 juin 1840, vigile de la Pentecôte, peu avant l'aube, Marcellin rend son âme à Dieu à l'âge de 51 ans. La réalité qu'il laisse est énorme, mais son projet est encore plus ambitieux: "Tous les diocèses du monde entrent dans nos vues". Aujourd'hui 5 000 Frères Maristes et de nombreux laïcs gardent présent le charisme de Marcellin dans 75 pays. Le 20 mai 1955, Marcellin monte dans la gloire du Bernin pour la cérémonie de sa béatification sous le pontificat de Pie XII. Le 18 avril 1999, il est canonisé par Jean-Paul II. Ce même pape, le 20 septembre 2000, année du Grand Jubilé, bénit la statue de Marcellin Champagnat qui va faire partie des saints Fondateurs d'Ordres religieux figurant dans la basilique Saint-Pierre. Foi et amour sculptés pour toujours: traits de Saint Marcellin dans la sculpture de Deredia La sculpture reflète la force et la décision de Marcellin qui porte sur ses épaules le poids de l'enfance avec tendresse et délicatesse. Ses attitudes anthropologiques acquièrent toute leur dimension chrétienne par la force de la croix qu'il serre dans sa main gauche. Les enfants spécialement les pauvres et les marginaux sont là qui comptent sur une relation éducative leur garantissant sécurité et amour. C'est ce qu'a voulu Marcellin et cela illumine la statue comme une réminiscence de l'image du Bon Pasteur. Le jeu des pieds et des mains traduit la trame affective qui est le terrain apte à recevoir la parole de Dieu et l'action éducative. L'enfant sur les épaules s'appuie sur la tête du saint rejoignant un point plus élevé d'où il peut regarder la vie, alors que son pied est en sécurité dans la main droite de Marcellin. A son tour le personnage au-dessous du groupe sculpté s'appuie sur le pied de Champagnat, comme référence personnelle; le livre ouvert rappelle les occasions éducatives dont il jouit et son regard évoque une manière à lui de voir la vie. Humilité et simplicité de Marcellin sont le message de cette statue. Elle n'est pas surchargée d'éléments: seulement les lignes essentielles. La sculpture permet de pressentir le mystère le plus sublime de la foi représentant l'unité de l'amour dans la trinité des personnes. Tout le reste est accidentel. L'oeuvre ne pouvait être différente, elle devait décrire dans tous les signes le portrait du personnage, chaque volume devait s'harmoniser avec l'ensemble, la lumière devait glisser douce, blanche sur les habits sans altérer cette unité avec l'univers dont rêvaient Michel-Ange et Marcellin ________________________________________ Bibliographie M. CHAMPAGNAT, Cartas, Luis Vives, Zaragoza 1996; J.B. FURET, Vida de José B. Marcellin Champagnat. Luis Vives, Zaragoza 1990; Fr. SILVESTRE, CRÓNICAS MARISTAS IV, Memorias, Luis Vives, Zaragoza 1990; S. SAMMON, Saint Marcellin Champagnat. Vida y Mission, Instituto de Frères Maristes, Rome 1999; R, MASSON, Marcellin Champagnat, las paradojas de Dios, Luis Vives, Zaragoza 2000; ESCORIHUELA, MORAL, SERRA, El educador marista. Luis Vives, Zaragoza 1983; G. MICHEL, Champagnat, Ed. Salesiana, Asunción 1994; V. DEL POZO, Yo y la revolución, Ed. Barath, Madrid 1985; F. ANDRES, Padre de hermanos, Luis Vives, Zaragoza, 1990; INSTITUTO MARISTA, La mission éducative mariste. Un proyecto para hoy, Edelvives, Madrid 1999; P. ZIND-A. CARAZO, Tras las huellas de Marcellin Champagnat, Province Marista, Chili 1999; M. A. DORADO, El pensamiento educativo de la Institución marista, Ed. Nau llibres, Valencia 1984.

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