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17 July

Saint Marcellina

Marist Calendar - July

Sermon sur le delai de la conversion

 

Br. Marcellin Champagnat

Eccl. C.5. Ne différez pas votre conversion et ne la renvoyez pas dun jour à lautre.

1. Lorsque rentrons sérieusement en nous même et que loin du tumulte du monde et dans le silence des passions, nous descendons dans notre propre coeur nous entendons une voix secrète qui nous dit à tous que nous ne sommes pas ce que nous devrions êtr e, quil faut nous convertir et que le plus grand malheur qui pût nous arriver ce seroit dêtre surpris par la mort dans létat où nous sommes.

2. Aussi M.f. combien de fois, pressés par le remords dune conscience justement alarmée, effrayé par la crainte des jugements de Dieu, navons nous pas formé la résolution de changer de vie et de nous donner à Dieu, sans délai comme sans partage: non tardes ...

3. Mais helas! trop semblables à des hommes à demi endormis, nous navons, ce me semble, ouvert les yeux un instant à la lumière que pour nous replonger dans un sommeil plus profond. Jusquici toutes nos résolutions et nos bons projets de conversion se sont évanouis comme un songe dont il nous est resté à peine un faible souvenir.

4. Quelle est donc, mes f. notre folie et notre extravagance à quoi nous convenons de bonne fois où nous sommes forcé de convenir que nous ne voudrions pas mourir dans létat où nous sommes et nous navons pas le courage den sortir? Comme Augustin, encore pécheur, nous gémissons sous le poid de nos chaines et comme lui nous les aimons encore ou du moins nous craignons de les voir se briser; esclaves volontaires dune faiblesse honteuse; de mille penchants qui nous tyranisent tour à tour, nous n avons pas le courage de nous faire violence pour les réprimer. Toujours les armes nous tombent des mains quand il sagit de les tourner contre notre propre coeur, contre cette passion chérie que nous fomentons depuis si longtemps et qui, tôt ou tard , si nous ny prenons garde, sera la cause de notre reprobation éternelle.

5. Cependant, M.f. malgré nos coupable délai et nos longues resistances à la grace, Dieu ne cesse de nous poursuivre dans sa miséricorde et de frapper à la porte de notre coeur avec importunité. Aujourdhui sa voix puissante vient se joindre au cri d e notre conscience pour nous presser, pour nous conjurer, peut-être pour la dernière fois, de mêttre un terme à nos désordres et de hâter le moment de notre conversion. Ha! de grâce nendurcissons pas nos coeurs:

6. Après un oracle si formel et des invitations si pressantes, comment justifier aux yeux de la raison et de la foi la présomp(tueuse) témérité de tant de pécheurs, de tant de laches chrétiens de nos jours qui vivent dans le péché, qui croupissent da ns le péché en disant sans cesse quils se convertiront et en se flattant quils en auront toujours le temps et les moyens. Parmi ceux qui diffèrent ainsi dun jour à lautre leur conversion, on en distingue de deux sortes: les uns qui refusent de s e convertir à présent, mais qui se proposent de le faire dans un autre temps de la vie; les autres, moins généreux, qui ne voulant donner à Dieu que leur dernier soupir renvoient froidement leur conversion à la mort. Double illusion, illusion funeste qui a perdu et qui perd encore tous les jours une infinité dâmes.

7. Pécheurs téméraires, cessez de vous flatter, ou plut-t écoutez et tremblez. Si vous ne profitez du moment présent, si vous différez de jour en jour votre conversion, vous vous exposez au danger évident de ne vous convertir jamais: ce sera le sujet du premier point de ce discours; si vous renvoyez votre conversion à la mort, il est moralement certain que vous ne vous convertirez pas et que vous mourrez dans le péché: sujet du second point.

1º Point Tant que nous naurons pas fait un triste naufrage dans la foi, il est rare quen cédant aux attraits du vice nous renoncions pour toujours aux charmes de la vertu et quen différant notre conversion, nous nous déterminions à mourir dans le péché et à nous précipiter dans lenfer. Lesprit tentateur, pour nous attirer dans ses pièges, nous cache toujours la profondeur de labyme ver lequel il nous entraine. Il cherche même à nous persuader, comme à nos premiers parens, que la mort ne nous surpr endra pas dans cet état: , et quil nous sera facile den sortir quand nous le voudrons. Il ne manque jamais de nous faire entrevoir dans lavenir des temps heureux, des circonstances favorables pour expier les egarements du pre mier âge et mêêttre un intervale entre la vie et la mort.

Séduit par ces apparences trompeuses, nous sommes tranquiles sur notre salut au milieux de nos désordres et lorsquon nous presse, quon nous sollicite de revenir à Dieu, nous avons garde de répondre avec les impies quil ny a point de Dieu, point de salut pour nous, ce qui seroit une espèce dapostasie et le comble du délire, nous convenons au contraire de lobligation indispensable où nous sommes de mettre ordre à notre conscience et nous protestons hautement du désir que nous avons de nous convertir un jour, mais ajoutons: il nest pas encore temps de nous consacrer au Seigneur; il faut laisser passer les premières années de la jeunesse à laquelle un parti aussi sérieux que celui de la vertu ne sauroit convenir; il faut attendre cette saison de la vie où lexpérience et la maturité de lâge annoncent ordinairement des reflexion plus solides. Cest alors que nous travaillerons à notre salut avec moins de peine et plus de succès. Mais cette époque est-elle arrivée pour nous, pecheur s, nous différons encore notre conversion, nous la renvoyons à la vieillesse parce que les passions étant alors éteintes, la raison exerçant son empire, il sera, disons nous, plus facile de nous donner à Dieu sans partage. Et, en attendant, nous joui ssons paisiblement des plaisirs de la vie, nous croupissons dans nos mauvaises habitudes, nous prolongeons la chaine de nos crimes, bien résolus, ce semble, à les expier dans nos vieux ans. Quelle illusion! Quelle aveuglement déplorable! Enfants des hommes jusques à quand serons nous le jouet de lerreur et du mensonge! Ne comprendrons nous jamais quen differant ainsi notre conversion de jour en jour nous la rendons plus difficile, plus invraisemblable et moralement impossible!
Et pourquoi? Parce quil est bien probable que nous ne parviendrons jamais à cet âge mur, à cette heureuse vieillesse que nous aimons à regarder comme le terme de nos désordre et lépoque fixe de notre retour ver Dieu, et quand nous serions assurés d y arriver, il est moralement certain que nous nen profiterons pas pour nous convertir et que, jeunes ou vieux, la mort nous surprendra avec des velleités de projets de conversion vagues dans lesprit et dans le coeur. Voilà le triste sort que sembl ent nous présager nos retardements et nos délais. La raison et lexpérience sont ici daccord avec la foi. Elles se réunissent toutes les trois pour nous dire, chacune en sa manière, que notre conversion, que notre salut dépend du moment présent puis que le passé nest déjà plus en notre disposition et que lavenir y sera peut-être jamais. Et d’abord si nous consultons la raison, elle nous dit que nous navons ici bas quune existance précaire et incertaine, quil ny a pas un seul instant qui ne puisse être le dernier de notre vie, pas un où nous ne devrions dire à nous-mêmes ce que David disoit à son cher Jonathas: Hélas! il ny a entre la mort et moi que le soufle qui manime encore et qui peut séteindre à tous les moments: . Semblables à des criminels qui attendent en tremblans lexecution de leur sentence et ne se tiennent assurés que du court espace de temps quil leur faut pour passer de la prison au lieu de leur suplice, nous sommes tous d es victimes dévoués à la mort. Nous devrions craindre à chaque pas daller heurter contre la pierre du tombeau.

Tous les jours il souvre devant nous; nous en voyons tomber mille à notre droite et dix mille à notre gauche, et nous nen sommes pas plus alarmés que si nous avions fait un pacte avec la mort et que nous neussions rien à craindre de ces surprises; et remarquez, mes frères, que nous ne vivons dans cette funeste sécurité que lorsquil sagit de notre salut; Car du reste, lincertitude de la vie est si profondément gravée dans notre esprit quelle entre dans tous nos projets et règle toutes nos démarches dans lordre social; nos conventions, nos contrats sont pleins de sagesse et de précautions contre les surprises de la mort. Comment concilier ici cette conduite avec la lumière de la raison et du bon sens! Nous aurions honte, nous rougirio ns vous et moi, mes frères, de raisonner et dagir de la sorte dans nos affaires temporelles; nos conventions et nos contrats sont pleins de sagesse et de précautions contre les surprises de la mort. On ne sait ce quil peut arriver; on peut mourir, il est bon de tout prévoir et de ne laisser rien au hasard des evénements humains.

Ah! quoi donc, mes frères, la mort est-elle moins incertaine quand il sagit de notre salut éternel que quand il sagit dun vil intérêt, dun intérêt dun moment? Mais vous laviez dit - mon Dieu, il faut que votre oracle saccomplisse: du siècle sont plus prudents que les enfants de lumière»; filii hujus seculi, prudentia sunt filiis huis; nous portons en nous la preuve de cette vérité. Quelles craintes, quelles alarmes à la vue du moindre danger qui menace notre fortune, notre vie, notre santé! A la plus légère indisposition, aux indices dune maladie qui peut avoir des suites funestes, nous épuisons toutes les ressources delart; rien ne coûte à notre sensualité: régime pénible et dégoûtant, remèdes violents, opérations d angereuses, dépenses excessives; rien nest épargné, tout est sacrifié pour arrêter ou plut-t pour retarder de quelques jours, de quelques heures peut être la chute inévitable de cette maison de boue qui sécroule de toutes parts, malgré les précauti ons que nous prenons pour la conserver. Nest ce pas, mes frères ce que nous faisons tous les jours pour la conservation dun corps périssable et caduc qui sera bient-t dans la poussière doù il en a été tiré? Que faisons-nous pour notre âme immortel le comme pour la main qui la formée? Rien, pas le moindre sacrifice, pas la moindre violence. A voir notre lâcheté et notre indifférence pour les biens éternels, ne dirait-on pas que nous avons renoncé à lespérance du ciel, et que comme les brutes, nous navons rien à attendre au-delà du tombeau.

Ah! chrétiens, fermerons nous toujours les yeux à la lumière? ne comprendrons-nous jamais le danger évident auquel nous esposons notre salut en différant de jour en jour de travailler à la réforme de nos moeurs? Compterons-nous toujours sur un avenir incertain qui nest pas en notre disposition et qui ny sera peut-être jamais. Pouvons-nous ignorer dit Tertullien, quil ny a point de lendemain pour un chrétien? Christiano crastinum non est. Si nous refusons de nous convertir aujourdhui que l a grâce nous presse, qui peut nous garantir que nous le pourrons demain; mais dites-vous, nous sommes encores jeunes, il faut que la jeunesse se passe dans le divertissement et les plaisirs, et lorsque le retour de lâge ou limportune vieillesse vi endra nous rappeler malgré nous à des reflexions plus sérieuses, nous nous convertirons.

Voilà lévangile du siècle, la morale des libertins,les maximes corrompues quon ne rougit pas de débiter dans le monde, et qui comme un poison subtil, circule dans tous les coeurs; maximes aussi fausses dans leurs principes que funestes dans leurs e ffets, puisquelles ouvrent la porte à tous les vices et canonisent tous les excès et tous les débordements du premier âge. Quil me soit permis ici dinterpeller les partisans insensés de cette morale et de leur demander si ce Dieu qui les a créés p our leur bonheur et pour sa gloire nest pas le Dieu de tous les temps et de tous les âges, si tous les jours de leur vie ne lui appartiennent pas également et sil leur a laissé quelques années pour les prostituer au monde, aux plaisirs et aux pass ions. Nest-il pas au contraire, leur dirai-je avec Moïse, le Dieu jaloux des prémices de votre coeur et sentiments purs et innocents de votre première jeunesse? Pourquoi voulez-vous lui ravir la fleur de vos années, pour la consacrer au démon et à s es oeuvres? La vie est-elle donc trop longue pour être employée tout entière à glorifier le Seigneur qui vous la donnée? Ah! le premier âge est-il donc trop précieux pour être consacré à mériter le Ciel? Vous ne donnez donc au Dieu des vertus que les restes impurs, le rebus du monde et de vos infâmes passions? Vous ne voulez donc sortir de la voie de vos iniquités et revenir à Dieu quaprès que vous vous serez longtemps vautrés dans la fange de tous les vices? Cest là le voeu de votre coeur.

Mais sur quels fondements, je vous prie, osez-vous promettre une si longue vie, de si nombreuses années? Tenez-vous donc dans vos mains le fil de vos jours? Etes-vous larbitre suprème de votre destinée? nest-ce pas Dieu qui a marqué la durée de vo tre existence et posé la borne fatale, qui vous dit, comme le prophète aux flots de la mer: tu viendras jusque là, et là tu briseras lorgueil de tes vains projets et de tes chimériques espérances; huc usque venies.

Nest-ce pas lui qui nous conserve la vie, qui peut la terminer à chaque instant. Monstres dingratitude, osez-vous bien vous flatter quil vous conservera précieusement des jours, des années que vous destinez davance uniquement à loutrager? Croyez -vous donc quil doive multiplier vos jours à proportion des crimes et vos années à proportion de vos égarements? Insensés, vous refusez de vous convertir aujourdhui et demain peut-être, nous pleurerons votre mort; vous ne voulez pleurer vos iniquit és que dans quelques semaines, dans quelques années, dans quelques jours. Peut-être demain, nous pleurerons votre mort éternelle, et votre sépulture au fond des enfers. Y pensez-vous, âmes présomptueuses, vous qui du sein de la jeunesse, comme dun p ort assuré, aimez à porter un regard de complaisance dans lavenir, et croyant voir souvrir devant vous une vaste et brillante carrière, vous vous endormez au bruit que font les chaînes de votre mortalité et oubliez que lon peut mourir à tout âge, même au printemps de la vie.

Vous êtes jeunes, mes frères, jen conviens; mais fussiez vous cent fois plus jeunes encore vous seriez toujours assez vieux pour mourir; la mort est aveugle; ele ne sait point choisir ses victimes; elle frappe indistinctement et lenfant qui vient d e naître et le vieillard décrépit, courbé sous le poids des années; elle ne sassujettit point à suivre le cours de la nature; elle nattend pas toujours que nos corps consumés par le temps tombent deux mêmes en poussière. Hélas, lastre qui préside à notre naissance est témoin de notre mort avant quil termine sa course.

Vous êtes jeunes, mais est-il bien certain que vous deviendrez vieux et que vous aurez le temps de vous convertir dans un âge plus avancé? Dieu seul peut vous répondre; Sest-il fait votre caution? Ne vous menace-t-il pas du contraire? Ignorez-vous q ue la jeunesse est précisément lépoque la plus remarquable par ses evénements extraordinaires, par les accidents imprévus qui vous enlèvent à la vie? Lardeur du tempérament, lexcès des passions, les emportements de la colère. Tout dans cet âge, qu e nest-il pas fait pour hâter le pas de la mort et concourir à étendre ses ravages?
Ainsi, mes frères, si nous descendions dans ces demeures souterraines dépositaires des ossements des morts; pour un vieillard, que de jeunes personnes, ny apercevrions nous pas? Pour un père de famille que denfants autour de lui.

Imprudente jeunesse qui, vous croyant inaccessible aux coups de la mort, remettez dun jour à lautre loeuvre de votre conversion. Souvenez-vous que cette santé florissante sur laquelle vous comptez si fort, nest quune flamme toujours prête à sét eindre; un ressort délicat que le moindre fr-lement peut arrêter, une heureuse conformation dorganes que le choc le plus léger peut déranger sans ressource.

Non, mes frères, le tempérament le plus fort, la complexion la plus robuste ne furent jamais un rempart contre les coups de la mort, ni des titres pour prétendre une longue vie. Ah! si vous en doutiez encore; si vous nétiez pas pleinement convaincu de cette vérité, jouvrirais aujourdhui devant vous le grand livre de lexpérience et je vous dirai: Des calculateurs curieux et attentifs ont observé de nos jours que sur dix mille personnes qui viennent au monde à la même époque, plus de six mille payent le tribut à la mort avant davoir atteint lâge de vingt et un ans; plus de huit mille disparaissent de la terre avant lâge de quarante ans, et après soixante ans, il en reste à peine cinq cents, cest-à-dire un sur vingt.

Tel est mes frères, le résultat de lexpérience et le fruit des observations les plus exactes sur la probabilité de la vie humaine; c.a.d. encore une fois que de quarante enfants qui naissent le même jour, il sen trouve à peine quinze qui parviennen t à lâge de vint et un ans, six qui parviennent à quarante-cinq ans, et deux qui au plus voient la soixantième année de leur âge, et pas un sur ce petit nombre qui pousse sa carrière jusquà soixante-dix ans. Et remarquez, mes frères, que ce ne sont pas là de pieuses exagérations, des conjectures hasardées, pour effrayer des âmes faibles; ce sont des faits évidents prouvés par lexpérience de tous les siècles, et vérifiés de nos jours par un des plus sages observateurs des lois de la nature don t le témoignage ne saurait vous être suspect.

Jeunes gens qui mécoutez, oserez-vous vous flatter que vous serez du très petit nombre de ceux qui à travers mille dangers échappent comme par miracle à la mort et parviennent ainsi à un âge mûr, à une vieillesse heureuse? Pour une voix discordante qui vous rapppelle à lâge de quarante ans, il y en a sept qui se réunissent pour vous crier que cest une illusion, que vous ny parviendrez pas, doù je conclus, mes frères, que sur vingt, il y en aura infailliblement vingt qui nauront pas le tem ps de se convertir et qui mourront en réprouvés. Ah! vous trembleriez avec raison pour votre fortune, si elle était exposée à un danger si évident, et vous ne tremblez pas sur le salut de votre âme rachetée par le sang de Jésus-Christ.

Vous vous reposez tranquillement du soin de votre éternité sur un hasard dun peut-être et sur lincertitude dun avenir que Dieu ne vous a point promis, quil refuse tous les jours à une infinité de pécheurs moins capables que vous. Et en effet, mes frères, combien de jeunes gens, de nos parents, de nos amis, de nos voisins ou de nos proches à qui la vigueur, la force de lâge semblait promettre une longue suite dannées, lorsque tout à coup, nous les avons vus frappés comme par une main invisi ble tomber à nos c-tés et descendre dans la nuit du tombeau, en sécriant avec cet infortuné roi de Judas; in dimidio dierum meorum vadam ad portas inferi. Nous avons à peine connu le monde, et déjà il faut le quitter; nous navons rien que quelque s jours et déjà nous touchons à la fin de notre carrière; nous avions formé des projets de conversion pour lavenir et il ny a plus davenir pour nous; nous nous étions flattés comme tant dautres de pouvoir réparer les égarements de nos jeunes ans par la régularité de lâge mûr et les vertus de la vieillesse; et la mort, limpitoyable mort nous enlève à la fleur de nos ans, au milieu de nos plus beaux jours; in medio dierum meorum. Le temps fuit devant nous; léternité savance; déjà ses abi mes immenses souvrent sous nos pas; nous allons y entrer avec le désir stérile de conversion et le regret éternel de ne lavoir pas fait. Pécheurs, serions-nous insensibles à tant dexemples si frappants, dont nous sommes chaque jour les tristes témoins.

Ah! si les fatales leçons de lexpérience et la voix de la raison ne sont pas capables de nous tirer de notre assoupissement lethargique, nous nous réveillerons peut-être au bruit de cette voix qui renverse les cèdres du Liban et fait sortir les mort s du tombeau. Ecoutez, ce nest plus un homme, cest Jésus-Christ, la vérité même que vous allez entendre. Veillez, nous dit cet aimable Sauveur; veillez sans cesse, parce que vous ne savez pas quand viendra le Seigneur. Vigilate quia necitis qua ho ra noster venturus sit. Soyez donc toujours prêts, continue-t-il, parce que le Fils de lhomme viendra comme un voleur qui cache ses approches, veniam a te tanquam far. et lEvangile, remarque que ces foudroyantes paroles sadressent à tous, aux j eunes gens comme aux vieillards decebat autem adommes. Presque à chaque page des divines écritures sont répétées les mêmes menaces contre le pécheur imprudent qui diffère sa conversion.

Cherchez le Seigneur, dit Isaïe, tandis quon peut le trouver querite dominum dum invisseri potest. Marchez tantis que vous avez la lumière, dit St Jean ambulate dum lucem habitis. Ici ce sont des vierges insensées qui ont le malheur de sendormi r un instant en attendant larrivée de lépoux; il arrive au milieu de la nuit; à leur réveil, elles courent se présenter à la salle du festin; mais cest trop tard, la porte leur est impitoyablement fermée; mesuo vos. Là, cest un serviteur inutil e qui est surpris à larrivée de son maître; il est précipité pieds et mains liés dans les ténèbres extérieures; eficite eum etc. Tout ce que nous lisons dans le texte sacré, sentences, figures, menaces, paraboles; tout est alarmant pour le pécheur qui diffère sa conversion; tout semble lui dire au nom de Dieu: ne differas ne perdez pas votre temps.

Doù il suit que Dieu pour punir la coupable indifférence de tant de pécheurs présomptueux qui diffèrent de se convertir est dans le dessein formel de les surprendre et de les frapper de mort dans le moment où ils y penseront le moins et quainsi le seul et lunique moyen déviter cette surprise, cest dêtre toujours prêts et de nous mettre dès aujourdhui dans létat où nous voudrions être trouvés à cette dernière heure, à ce moment décisif où tout disparait aux yeux dun mortel.

Sont-ce là vos dispositions, mes frères? Voudrions-nous mourir au moment où je parle? Non sans doute; mais nous ny pensons pas et au lieu dêtre frappés, consternés de ces avertissements si précis, de ces menaces si claires et si souvent réitérées; nous les entendons avec une sécurité dérisoire, et nous y repondons avec une insolence qui tient autant de limpiété que du blasphème.

En effet, mes frères, un Dieu, la Vérité même, nous dit clairement quil nous surprendra si nous ne revenons promptement à lui; et nous, misérables néants, nous lui répondons avec assurance quil ne nous surprendra pas. Il nous menace de punir notre audace et notre témérité par des coups subtils et imprévus, et nous, plongés dans un sommeil honteux, nous osons défier sa sagesse de nous surprendre impunément.

Un Dieu, la bonté même par essence nous ouvre le trésor de ses miséricordes infinies; il nous presse dy venir puiser le pardon de nos crimes et nous ne répondons à ces tendres invitations que par de nouveaux outrages. Quel étrange raisonnement dit Tertullien. Dieu est bon, donc il faut être méchant; il sera assez bon pour nous pardonner; donc nous ne devons pas craindre de pécher, il sera assez patient pour nous attendre dans nos coupables délices; donc il faut que nous soyons assez insolents p our continuer à loffenser. Un chrétien, un homme, un démon même est-il assez capable dun tel raisonnement? Et cependant, mes frères, cest le raisonnement, cest le langage impie de tout homme qui renvoie dun jour à lautre sa conversion. Cest le v-tre, pécheurs obstinés qui vous raidissez contre les salutaires impressions de la grâce qui vous poursuit. Ah! vous craignez ce semble que Dieu triomphe de linsensibilité de notre coeur malgré vous, et dans le délire de vos passions alarmées, vou s ne rougissez pas de lui adresser votre sacrilège prière au plut-t cet excécrable blasphème: Seigneur, nous rendons hommage à notre souverain domaine sur toutes les créatures; vous avez sur nous des droits imprescriptibles. Vous servir et vous honor er est pour nous un devoir que vous avez imprimé dans nos âmes. Nous sentons vivement la douce nécessité de nous donner à vous sans réserve; notre bonheur en dépend, mais la violence de nos penchants sy oppose; nous vous promettons bien sincèrement de vous aimer un jour, mais de grâce permettez-nous de vous haïr et de vous mépriser encore pendant quelques années et de nous livrer à toute la perversité de notre coeur.

Le monde, les plaisirs, la chair et le sang, voilà nos dieux; tant quils voudront de nous, il nous est impossible de nous attacher à vous; mais quand, à force de dégoût et de mépris, le monde nous aura traîné aux pieds de vos autels, quand les rides de la vieillesse auront sillonné notre front décrépit et que nous nous verrons, à notre dernier soupir, alors nous vous prierons daccepter ces restes impurs dune vie souillée de crimes et dagréer ce coeur le rebut du monde et de sa nature entiè re comme um présent digne de vous être offert.

Entendre sans frémir un tel langage? Cest néanmoins ce que ne cessent de vous dire - mon Dieu, tous ceux qui renvoient leur conversion à la vieillesse où au moment de la mort, sans penser quils se font illusion et quil est moralement certain qui ls ne se convertiront pas alors, quils mourront dans leur péché in peccato vestro moriemini.

2º Point. Quand je vous accorderais, mes frères, ce qui nest rien moin que certain, que vos années se succéderont, quaucun accident funeste ne viendra les interrompre, et que poussant votre carrière au gré de vos désirs et comme au delà de vos espérances vou s retraciez parmi vous la longue vie des patriarches, est-il bien sûr au moins que vous vous convertirez dans votre vieillesse? Vous le dites, vous le croyez peut-être; mais ne vous y trompez, cest un prétexte, une illusion quil faut dissiper, et d ont la raison, lexpérience et la foi feront ici une justice exemplaire. Une reflexion que je vous prie de ne pas perdre de vue, mes frères, cest quon parvient à la (manière) vieillesse dune manière si invisible, quon sy trouve ordinairement sa ns y avoir pensé; les semaines, les mois se succèdent; les années saccumulent sur nos têtes, sans nous avertir et la mesure de nos jours est quon croît à peine avoir commencé à vivre.

Lâge qui termine lâge mûr et où commence la vieillesse nest pas distinctement marqué. Chacun se fait là dessus les plus grossières illusions: un jeune homme compte sur sa jeunesse; un homme plus avancé sur la vigueur de lâge et un vieillard sur l a force de la force de son tempérament. Chacun croit avoir des raisons pour vivre et des ressources contre la mort que les autres nont pas; et puisque dans lâge de la décrépitude on aime à se reposer avec assurance sur quelques exemples fameux dun e longue vieillesse sans faire attention à la multitude innombrable de ceux qui ont payé bien avant le tribut à la mort; on a déjà un pied dans la fosse et on se livre encore à lespérance de vivre, tant elle est naturelle, et tous ceux qui nous envi ronnent, parents, amis, et tous se font un devoir dentretenir en nous cette douce et funeste illusion; les vieillards eux-mêmes, par un raffinement dhippocrisie, feignent souvent de parler avec persuasion de la briévete des jours qui leur reste à p asser sur la terre et du terme prochain de leur vie afin que les autres se hâtent de les rassurer sur des craintes quils nont pas de leur sort et ainsi tout concourt à nous séduire et à éloigner le moment de notre conversion à laquelle nous ne vou lons travailler que dans lextrême vieillesse.

Mais je veux bien que vous ne soyez pas du nombre de ceux qui se font illusion sur ce point, et que lorsque le poids des années aura courbé vos corps vers la terre, vous compreniez enfin quil est temps de sortir du vice et de consacrer à Dieu un res te de (temps) vie qui vous échappe. Le ferez-vous, mes frères, vous que la difficulté de votre conversion effraye maintenant. Aurez-vous le courage de lentreprendre dans la vieillesse, cest-à-dire dans lâge des infirmité et des douleurs, dans lâg e ou après un siècle dannées révolues, lon revient presque toujours à cet état denfance, doù lon a tant de peine de sortir. A quelle dure extrémité vous voilà réduits chrétiens auditeurs! Cest votre frèle vieillesse, cest lâge de la caducité que vous chargez dun fardeau accablant, que vous navez pas eu le courage de remuer du bout du doigt durant tout le cours de votre vie; cest lorsque vous ne serez plus capables de rien que vous croyez pouvoir réussir dans laffaire la plus importa nte et la plus difficile; dans une affaire doù dépend votre bonheur où votre malheur éternel; cest lorsque vous ne penserez que comme lon pense en dormant que vous croyez pouvoir faire ces réflexions profondes, ces discussions sérieuses que suppos e et quexige nécessairement votre conversion.

Cest à un corps usé par les ravages du temps, par les excès des passions, cest-à-dire à des membres affaiblis par la débauche, exténués par la décrépitude que vous laisserez le soin dexpier par la pénitence les égarements de votre jeunesse? Ah! je vous en conjure, par vos intérêts les plus chers, naffligez pas ainsi vos dernières années; épargnez à votre vieillesse les regrets les plus cuisants et les pensées les plus désespérantes, car mes frères, ne vous y trompez pas pour changer de vie, pour sortir de laffreux esclavage de vos passions et rompre des chaînes pesantes quon porte depuis plus dun demi-siècle, il faut un grand courage, une grande force dâme, il faut un coeur ardent, sensible et généreux; il faut être susceptible de c et enthousiasme qui fait tout entreprendre et tout surmonter pour vaincre le mal. Or, je vous le demande, mes frères, ces qualités précieuses que sont lapanage ordinaire de la jeunesse ardente à senflammer pour le bien comme pour le mal, les trouve -t-on réunies dans une âme qui a vieilli dans le crime, dans un coeur fléchi, gâté par le vice pendant une longue vie? Le zèle, le courage, lardeur sallient-ils bien avec les glaces de la vieillesse qui paralyse toutes les facultés de lâme et la p longe dans une seconde enfance plus triste et plus accablante que la première.

Quelle folie, grand Dieu! quelle extravagance dattendre la victoire de nos passions, du temps qui les fortifie et de lâge qui nous affaiblit! quelle folie de fortifier un ennemi quon peut vaincre, de lui laisser prendre un peu plus dempire, gagne r un peu plus de terrain, pour avoir ensuite plus de combats à livrer, plus de victoires à remporter. Ah! depuis quand mes frères, les maux les plus invétérés sont-ils plus faciles à guérir? Tous les jours néprouve-t-on pas au contraire que les mal adies qui, dans un autre âge céderaient facilement à la force des remèdes, sont incurables dans la vieillesse. Il en est de même, dit Saint-Augustin, de nos habitudes et de nos penchants vicieux, quand ils ont longtemps corrompu et altéré les faculté s de notre âme, ils se changent en nécessité, et cette fatale nécessité rend notre conversion moralement impossible; et comment en effet, toucher, attendrir un vieillard endurci qui ne vit plus que pour les sens et dont le coeur na plus de sensibil ité que pour conserver un reste de vie, qui lui échappe malgré les efforts quil fait pour le retenir? Comment lui arracher un soupir, une larme? Que lui dire pour le frapper quil nait entendu mille fois et constamment foulé aux pieds. Comment fair e naître le goût pour la piété dans un coeur desséché par les passions, dans un coeur qui ne conserve dattrait que pour le crime qui est pour lui comme un état fixe et habituel? Comment réveiller une conscience dont il a constamment étouffé les remords?

Y aura-t-il châtiment? Comment imaginer quaprès avoir abusé de tous les moyens de salut pendant cinquante ou soixante ans, il cèdera plus facilement à la fin de ses jours? Doù viendra cette nouvelle force à la vérité, ou cette nouvelle docilité à ( la vertu) son esprit? Dun miracle. Oui, mes frères, la conversion dun vieillard est un vrai et un grand miracle; mais avez-vous bien droit de compter sur ce miracle, vous qui renvoyez votre conversion à votre vieillesse? Dieu vous la-t-il promis? Ne vous enseigne-t-il pas au contraire dans lEcriture Sainte quon lon ne trouve dans la vieillesse que ce que lon a amassé pendant la vie et surtout pendant la jeunesse? Quomodo in semetute ma invenies quae in juventude tua non congregasti. Que celui qui naura semé que du vent ne moissonnera que de la tempête; ne vous assure-t-il pas encore quon porte jusquà la fin de ses jours tous les penchants du premier âge? adolescent viam suam ambulans etiam eum tenaerit, non recedit ab eâ; et q ue loin de saffaiblir comme nos corps; loin de changer comme la couleur de nos cheveux, les vices de notre jeunesse nous suivent jusque dans la poussière du tombeau; ossa ejus implebuntur vitiis adolescentiae.

Vous comptez sur un miracle; il nest pas impossible à Dieu, jen conviens, je sais que lEsprit-Saint souffle quand il veut et où il veut; qu on peut se convertir à tous les instants de sa vie, et que la pénitence, quand elle est bien faite nest jamais tardive. Vera penitentia munquam sera. Mais je vous le demande, mes frères, Dieu la-t-il souvent opéré ce miracle sur lequel vous fondez votre conversion?
La-t-il au moins opéré quelquefois? Pour moi, je vous lavoue franchement, que pour répondre a cette question, jai parcouru tous les livres de lAncien et du Nouveau testament, consulté lhistoire de lEglise et tous les monuments de la Religion p our voir si jy trouverais beaucoup dexemples de vieillards qui après avoir blanchi dans le crime sen soient convertis à la fin de leur vie, et quel a été mon étonnement; le croyez-vous, mes frères, je nai pas trouvé un seul exemple depuis Adam jusquà nous; non, pas un seul exemple mémorable, de crainte quil ne servit de fanal pour éclairer labime et tranquiliser les pécheurs qui vont sy précipiter et quil ne devint un sujet de scandale et de ruine à tous les fastes de la Religion depuis lorigine du monde en interrogeant tous les siècles, jai vu avec une surprise sans égale, que tous les Saints dont les noms sont parvenus jusquà nous ont servi Dieu dans leur jeunesse. Les patriarches, les prophètes et tous les justes de lancienn e loi, lont été dès leurs plus tendres années. Aucun ne sest converti dans la vieillesse après avoir passé sa vie dans le crime. Tous les saints que lEglise honore dun culte public lont été avant lâge de quarante ans. Les saints solitaires de l a Thébaïde, les Antoine, les Hilarion, les Pac-me avaient fui dans la solitude, et si quelquun avait le malheur de faire des fautes graves, il na pas attendu pour sen repentir, la vieillesse ou les temps postérieurs.

Les Ignace de Loyola, les François Regis, les Louis de Gonzague et tant dautres viennent à lappui de la vérité que je prèche. Mais quoiquil en soit, mes frères, si nous ne trouvons dans lEcriture aucun exemple de vieillards convertis à la fin de leurs jours, elle nous en rappelle un grand nombre de coupables et dimpénitents: témoins ces infâmes vieillards qui attentèrent avec tant de fureur à la vertu et à linnocence de la chaste Suzanne; témoin la déplorable vieillesse de Salomon et de ta nt dautres qui, sous les glaces de vieillesse couvent encore des feux criminels qui sexhalent en regrets impuissants et nen renouvellent pas moins tous les crimes dans leur coeur. Je ne puis les comparer quà ces montagnes de neige qui vomissent sans interruption les flammes dun volcan embrasé quelles portent partout dans leurs flancs.

Ah! mes frères, jusques à quand dirons-nous avec Augustin rebelle à la voix de la grâce: encore un peu de temps, encore un peu de temps, et ce peu de temps ne finissait pas; que ne disons-nous plut-t avec le même Augustin résolu de céder à la grâce.
Jugez vous-mêmes, mes frères, daprès ces épouvantables exemples, si les passions sont éteintes et si elles cessent de tyranniser dans la vieillesse.

Ah! que ne puis-je vous faire entendre ici la voix lamentable dun de tous ces malheureux qui vous o nt précédé dans le tombeau, victimes de leurs imprudents et coupables délais. Ils vous disent, ils répètent sans cesse avec laccent de la douleur et le ton du désespoir de ne pas différer un seul instant votre conversion, que le moindre délai peut v ous être funeste et vous exposer à des regrets éternels. Ah! si vous étiez tentés encore de vous rassurer sur votre âge, sur votre santé, sur vos forces, je vous dirais, ne vous y fiez pas; cest une illusion qui en a perdu bien dautres, ou plut-t, je vous dirais: venez et voyez; parcourez ces sombres demeures où repose la cendre des morts; voyez ces ossements épais, ces restes de cadavres, vide, ce sont les restes précieux dun père chéri, dune mère tendrement aimée; dun époux, dune épouse; dun époux dont la mort prématurée vous causa tant de douleur et dont les tendres souvenirs réveillent encore votre sensibilité et fait couler vos larmes. Ecoutez les sages leçons quils vous donnent du fond de ces antres.

O vous qui méditez sur nos tombeaux, enfants chéris, souvenez-vous que nous étions hier ce que vous êtes aujourdhui et que dans peu, demain peut-être, vous serez ce que nous sommes: hodie mihi eras tibi. . Venez et voyez; approchez d e plus près: levez cette pierre et contemplez ce jeune homme enlevé à la fleur de son âge. Cétait votre condisciple, votre ami peut-être hélas! le corrupteur de votre innocence et le malheureux complice de vos désordres. Le reconnaissez-vous? veni et vide. Voyez ce cadavre à demi rongé par les vers et dont laspect hideux vous fait reculer dhorreur: cest le corps de cette jeune personne, esclave des vanités et des plaisirs du monde, idolâtre de sa figure et de sa beauté qui fut longtemps lobjet de vos folles amours et de vos infâmes passions.

Faites encore un pas et vous reconnaîtrez les restes impurs de cette nouvelle Jesabel, de cette femme, lopprobre de son sexe, lidole des libertins et le scandale de tout un pays. Vide voyez ces pieds qui se portaient avec tant da rdeur aux plaisirs; ils sont enchaînés pour jamais. Voyez ces mains souillées de mille crimes, instrument de tant de désordres; elles sont déjà dessechées. Voyez ces organes de vanité toujours prêts à tout voir, à tout entendre; ils sont couverts du n nuage éternel. Que la solitude des tombeaux, que le silence des morts est éloquent! Ne dirait-il rien à notre coeur? Ne vous semble-t-il pas voir tous ces cadavres se remuer et vous dire: O vous tous qui navez pas encore renoncé à toute espérance de salut et de conversion, profitez de nos exemples et devenez sages à nos dépens.

Convertissez-vous sans délai, convertissez-vous aujourdhui, demain peut-être, il ne serait pas temps. Notre erreur fut de croire comme vous quil serait encore temps de se convertir sur le déclin de lâge ou dans les bras de la vieillesse; nous avon s été trompés dans notre attente vous le serez infailliblement et vous ny pensez pas? Oh! si vous vous obstinez à fermer loreille aux sages leçons des vivants, croyez au moins à la triste expérience des morts. Prosternés ici aux pieds des autels, serons-nous comme lenfant prodigue? Surgam Cest fait mon Dieu. La résolution est prise et je lexécuterai aujourdhui, dès ce moment. Plus le temps est court et plus je dois me hâter. Surgam et ibo je sortirai de cet assoupissements mortel où j e croupis depuis tant dannées. Jirai me jeter entre les bras du meilleur des pères; je lui dirai, dans lamertume de mon coeur pater peccavi. Mon père, jai péché contre le ciel et contre vous, et combien de fois et en combien de manières et pend ant combien dannées. Ah! Seigneur, si vous écoutez votre justice, je suis perdu sans ressource; mais jen appelle à votre miséricorde, jen appelle à votre coeur,jen appelle à votre parole. Vous avez dit quau moment que le pécheur se convertirait, se tournerait vers vous, vous vous tourneriez vers lui. Me voici Seigneur, je vous tends les bras; me fermerez-vous les v-tres? Non, Seigneur, vous me recevrez comme le père ses prodigues, vous me donnerez cette bénédiction paternelle qui efface le passé, qui assure lavenir et qui conduit à la gloire éternelle.

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