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Marlhes sous la révolution

 

Ecoles et culture dans un milieu rural en des temps troublés
F. André Lanfrey - 27/05/2019


La Vie du P. Champagnat par le F. Jean-Baptiste et les Annales de l’institut ont, dès le XIX° siècle, évoqué la famille de Marcellin ainsi que les circonstances particulièrement troublées dans lesquelles s’est déroulée son enfance. Au XX° siècle, le F. Pierre Zind dans la revue Voyages et missions1 et le F. Gabriel Michel dans Les Années obscures de Marcellin Champagnat 2, ont fortement complété le dossier en s’inspirant beaucoup du registre des délibérations de la municipalité de Marlhes rédigé en grande partie par J.B. Champagnat, père de Marcellin3 . Depuis, l’Association des Amis de Marlhes a apporté des éléments nouveaux dans deux ouvrages : Marlhes au long des siècles (2002) et Les Marlhiens et leurs notaires au XVIII° siècle (2011). Comme le suggère mon titre, je compte m’inspirer des sources et de la bibliographie évoquées ci-dessus pour revisiter la question de l’enseignement et de la culture à Marlhes avant et pendant l’enfance de Marcellin Champagnat. Je pense en effet, sans prétendre révolutionner les connaissances acquises, apporter quelques éléments nouveaux et proposer des interprétations différentes de celles qui nous ont été données sur des textes déjà bien connus. L’article ci-dessous évoquera essentiellement les écoles de garçons. Un second parlera des Sœurs de Saint Joseph et particulièrement de la tante de Marcellin, la sœur Thérèse. Enfin, un article complémentaire donnera une idée de la vie religieuse à Marhes durant la Révolution, d’après les registres paroissiaux du curé Allirot.

 

Jean Sabot et la famille Lardon

Nous savons que bien des habitants de Marlhes sont analphabètes, mais aussi qu’une assez importante minorité d’entre eux sont, au moins partiellement, alphabétisés et même qu’une petite minorité possède une bonne culture. D’ailleurs, dans une paroisse de l’importance de Marlhes une école paroissiale est considérée comme un équipement normal même si beaucoup d’habitants, soit par négligence soit par éloignement, n’en profitent pas. Mais qui pourrait être le maître d’école ?

Les Amis de Marlhes (Marlhes et les Marlhiens p. 16…) attirent notre attention sur Jean Sabot, au destin hors du commun et qui a pu jouer un rôle éducatif à Marlhes. Bachelier ès arts, fils de J.B. Sabot notaire royal, il se marie à Marlhes à 28 ans le 11/10/1740, avec Marguerite Fuvelle, native du lieu, âgée de 33 ans. Il exerce quelque temps la charge de notaire royal, mais, son épouse étant décédée, le 1° janvier 1755 il vend son office et entre dans les ordres. Dès 1755 il est clerc tonsuré au séminaire du Puy. Ordonné sous-diacre en 1756, il devient sans doute l’année suivant, prêtre du diocèse du Puy « demeurant au bourg de Marlhes » sans exercer de fonction paroissiale précise. Rien d’inhabituel à cela : il fait partie des « prêtres habitués » ou « sociétaire » attachés à une paroisse, aidant le curé sans y exercer de charge ecclésiastique officielle. Il accède seulement en 1761 (Marlhes et les Marlhiens p. 61, 147-148) à un bénéfice modeste en devenant titulaire de la chapelle du Blot dédiée à St Jean l’évangéliste et à Ste. Marie-Madeleine dans l’église de St Sauveur-en-Rue. Il n’a d’ailleurs guère besoin du modeste revenu lié à ce bénéfice car il dispose d’une fortune personnelle : en 1762 il loue à un paysan un domaine situé au lieu-dit Peu des Saints (Marlhes et les Marlhiens p. 79).

Il va se trouver apparenté à la famille Lardon, car Paul, fils du notaire de Marlhes Jean Lardon, épouse le 7 janvier 1766, Marie-Catherine Sabot, fille d’un notaire de Sainte Sigolène, André Sabot. Une lettre de Louis Lardon, peut-être frère de Paul, laisse entendre que Jean Sabot exerce des activités éducatives en 1767 : « Je vous prie (de) dire à Monsieur Sabot de m’excuser si, en lui renvoyant mes enfants je ne lui ai pas écrit pour le prier de vouloir leur continuer ses soins et ses bontés ». Les Amis de Marlhes (Marlhes et les Marlhiens… p. 43)  pensent donc que « Sabot s’occupe de l’éducation et des premiers apprentissages des enfants des familles aisées. C’est une des activités habituelles des prêtres sociétaires. »

Il me paraît en effet probable que, par esprit charitable et apostolique, Jean Sabot tienne ce que l’on nomme habituellement un « petit collège » ou une « pédagogie », enseignant certainement lecture et écriture mais aussi proposant un programme d’études très supérieur incluant le latin4 … J.B. Champagnat, père de Marcellin, né en 1755, aurait pu être l’élève de Jean Sabot.

Mais il faut reconnaître que l’hypothèse d’un Jean Sabot tenant une institution pouvant servir à la fois d’école paroissiale et de collège pour quelques-uns, est fragile. Le recensement Allirot de 1790 mentionne simplement , au bourg de Marlhes : Jean Sabot, 78 ans, prêtre, veuf, ayant pour domestique Marie Dumas, 50 ans. Il meurt le 11 mai 1793, à 80 ans. Son décès est déclaré par Paul Lardon (Marlhes et les Marlhiens p. 19) son neveu, notaire à Marlhes. Madeleine Lardon, sœur de St Joseph, 64 ans en 1790, pourrait être sa sœur ou sa tante5 . Son décès a lieu en un moment particulièrement tragique : juste avant la révolte de Lyon contre le gouvernement révolutionnaire, qui se terminera par la prise de la ville en octobre 1793. Considéré comme contre-révolutionnaire, Paul Lardon sera exécuté le 14 mars 1794 à Lyon.

 

Une école au bourg

Un document6 . d’interprétation délicate parle sans doute de l’école paroissiale, que celle-ci soit tenue ou non par Jean Sabot. Il s’agit d’un rappel de la fabrique paroissiale, institution chargée de la gestion des biens d’église, à Gabriel Durieu, de La Faye, qui « doit une rente constituée de 35 livres au capital de 700 livres par lui créée en faveur de l’école des pauvres de la commune de Marlhes le 26 décembre 1793… Les Syndics et Marguilliers acceptans ».

Gabriel Durieu est membre de la confrérie des pénitents et en a même été trésorier de 1758 à 17627 puis recteur en 1769. Si j’interprète bien le document, il a fait une fondation charitable s’élevant à 700 livres, qui doit rapporter 5 % chaque année à la caisse de la fabrique. Celle-ci a certainement été faite bien avant 1793, le 26 décembre étant le jour du versement de la rente. On comprend que Durieu n’ait pas payé car un décret du 3 novembre 1793 (13 brumaire an II) déclare propriété nationale les biens des fabriques8 . Les « syndics et marguilliers 9 » n’existent plus : ils sont remplacés par le maire et les officiers municipaux qui se considèrent comme leurs successeurs légitimes. On peut comprendre que Durieu, voyant sa fondation détournée de son but, ait été réticent à payer10 .

Sur les listes du recensement de 1790, Gabriel Durieu a 58 ans. Il vit avec son épouse Marie Flachat, 60 ans, François Durieu, 15 ans, probablement un neveu ou un petit fils, et Gabriel Flachat, frère de Marie Flachat. Le ménage à trois domestiques jeunes : Jean-Baptiste Frécon 22 ans, Catherine Escofier 25 ans, et Marguerite Servie 18 ans. Ce Gabriel Durieu est donc un homme assez âgé, jouissant d’une certaine fortune qu’il emploie en partie, comme beaucoup de gens de sa condition et de son âge, à une œuvre caritative : en l’occurrence une école pour les enfants pauvres, c’est-à-dire dont les parents ne peuvent payer la rétribution scolaire due au maître.

Nous retrouvons le jeune François Durieu le 19 ventose an VII (10 mars 1800) dans la séance du conseil municipal qui réorganise la garde nationale. J.B. Courbon, ancien maire, en est le commandant, et l’adjudant est justement François Durieu de La Faye, « sachant lire et écrire (et) professant les mœurs républicaines11  ». Bonaparte étant alors au pouvoir et voulant purifier les institutions de ses éléments extrêmes, on peut être sûr que J.B. Courbon et François Durieu sont des républicains fort modérés. L’adjudant Durieu a peut-être acquis son instruction à l’école de Marlhes.

En tout cas, l’opinion publique considère que posséder la lecture et l’écriture est indispensable pour accéder à des postes officiels. L’exemple de Marlhes nous montre qu’aux yeux d’une paysannerie aisée et d’une petite bourgeoisie l’instruction a commencé à devenir une nécessité civique et sociale et pas seulement une œuvre caritative.

 

Le témoignage de Barthélemy Moyne

Le second document que nous présentons nous impose de faire un détour par l’histoire post-révolutionnaire. En effet, le 20 avril 1817 Barthélemy Moine, se déclarant « instituteur de la commune de Marlhes » délivre à Joseph Largeron, du hameau de Brodillon, la quittance d’une dette de 18 f. 50 , due par Jean Largeron son père, aux marguilliers de la Commune de Marlhes. C’est une facture du 14 décembre 1779 échue le 1°avril 1795 « époque à laquelle j’ai commencé de tenir école à Marlhes jusqu’au 1° du courant (avril 1817) arrivant à la somme de 21 francs cinq sols en 1795. »
Donc, en 1779 le père Largeron a reconnu une dette envers la fabrique, chargée de la gestion des biens de l’église et notamment de l’école paroissiale. Il s’agit vraisemblablement de frais de scolarité dus pour l’instruction de son fils qui a 28 ans en 1790 et en aurait donc eu 17 en 177912 . La dette avec ses intérêts a donc été payée par le fils Largeron en 1795 qui semble avoir perdu la quittance de cette dette. Sachant B. Moyne malade, il se fait délivrer quittance pour une affaire ancienne qui nous porte à penser qu’en 1779 et sans doute ensuite, existe une école paroissiale dont B. Moyne devient le titulaire à partir de 1795.

 

Un instituteur forain

Quittons le bourg de Marlhes pour une incursion au hameau du Rozey où habite la famille Champagnat. Le 1° décembre 1768, lors de l’inventaire des biens de Jean Riocreux (p. 43, 200), le notaire rencontre Claude Gardant, de Villard Reymond en Dauphiné « demeurant à présent au lieu du Rozey, paroisse dudit Marlhes, au service du Sr Jean Riocreux pour enseigner les enfants de ce dernier » : trois filles et trois garçons. Un autre acte désigne Claude Gardant comme  « marchand du Bourg d’Oisans en Dauphiné13 résidant actuellement audit lieu du Rozey ».

Nous tombons donc sur un de ces instituteurs forains venant des Alpes et, pour cela, souvent appelés « Dauphinois », qui parcourent les campagnes durant l’hiver pour vendre leur savoir à qui veut les employer. Jean Riocreux est non seulement un riche laboureur qui va léguer 2000 livres à chacune de ses filles et un domaine à chacun de ses fils. Il a été aussi recteur des pénitents de 1755 à sa mort le 28 décembre 1768 à environ 51 ans. Le procès-verbal de son enterrement le décrit comme « laboureur du Rozey, recteur des pénitents et honnête homme, fort vertueux »14 .

 

Une étonnante bibliothèque

Il y a un lien très fort entre cette fonction de recteur et l’étonnante bibliothèque de Riocreux où dominent largement les livres religieux. Les ouvrages profanes ou de morale suggèrent qu’ils ont pu servir à une instruction des enfants Riocreux qui va au-delà du niveau élémentaire. Je me permets d’y distinguer les ouvrages religieux des livres profanes ou à but pédagogique :
Ouvrages religieux :

  • Les méditations (en 2 volumes)
  • Le Nouveau Testament
  •  de N.S.J.C.
  • Les psaumes de David en latin et français, imprimé en 1746 (1 volume)
  • L’histoire du vieux et nouveau testament15
  • Les épîtres et évangiles des dimanches et fêtes
  • L’introduction à la vie dévote, de François de Sales.
  • La retraite spirituelle pour un jour chaque mois, par un Père de la Cie de Jésus
  • Le catéchiste des peuples de la campagne et des villes par un missionnaire (6 vol.)
  • L’office pour le jour et l’octave du TSS
  • L’office de la Semaine sainte en latin et en français
  • Introduction et pratiques pour se préparer à mourir dans les dispositions de J.C.
  • Les fleurs des vies des saints (4 vol.)
  • Conduite chrétienne par un prêtre missionnaire
  • Le pédagogue des familles chrétiennes
  • Le Nouveau Testament en français, par Amelot
  • Instruction chrétienne pour les jeunes gens
  • Le 1° tome du catéchisme historique (probablement de Fleury ?)16
  • Morale chrétienne sur l’oraison dominicale
  • Le chrétien du temps

Ouvrages profanes :

  • Essais de morale
  • Les fables d’Esope traduites par Bodoni
  • L’arithmétique de Barème
  • L’arithmétique en sa perfection par Legendre
  • Les comptes faits de Barême
  • Abrégé de la géographie universelle

Cette liste justifierait à elle seule une longue étude qu’il n’est pas opportun de mener ici. Les livres religieux pouvaient servir de lecture spirituelle durant les exercices des pénitents ou de bibliothèque pour la confrérie. C’est une littérature non cléricale : aucun livre n’est en latin. Ce n’est pas davantage une littérature de dévotion populaire. Aussi, cette bibliothèque nous rappelle combien les confréries ont été des moyens d’éducation religieuse des adultes dans les campagnes et aussi combien le lien entre religion et instruction était fort17 .

Il est peu probable que les livres profanes aient été procurés par le maître d’école dauphinois qui aurait fait commerce de livres : aucun livre élémentaire (abécédaire…) n’est mentionné tandis que figurent des livres de niveau assez élevé (géographie, arithmétique, morale) qu’on s’attendrait à trouver dans un collège. Mais, comme il n’existe aucun ouvrage d’initiation au latin on ne peut parler vraiment de collège. En tout cas, un voisin de la famille Champagnat paraît étonnamment lettré et particulièrement soucieux de donner à ses enfants une solide instruction profane et religieuse.

L’inventaire de la succession d’André Frappa, (Marlhes et les Marlhiens… p. 205…) lui aussi paysan aisé du Rozey (1767) révèle une bibliothèque qui devait être assez typique des familles rurales. Dans une garde-robe le notaire trouve 30 livres de chanvre18 , beaucoup de vaisselle d’étain, des habits et du linge du défunt mais aussi un Abrégé de la Vie des saints en 2 volumes et cinq livres de piété dont il ne donne pas les titres. L’estimation financière n’en est pas négligeable : 1 livre par volume19 . Pourtant, d’après les Amis de Marlhes (p. 208) André Frappa est illettré et sa femme ne sait pas signer. Ces livres ont pu être hérités et ne servir qu’occasionnellement ou pas du tout. Il n’empêche qu’ils font partie des biens familiaux et que ne pas savoir signer ne signifie pas être illettré.
En définitive Marlhes sous l’Ancien-Régime est loin d’être un désert culturel et scolaire, même si nous ne pouvons percevoir que des indices assez ténus de l’équipement en ces domaines. Il s’y trouve peut-être un petit collège tenu par Jean Sabot, une école paroissiale gérée par la fabrique, sur laquelle nous ne savons rien de précis. Elle aurait même pu être fréquentée peu avant la Révolution par Jean-Barthélemy Champagnat, frère aîné de Marcellin Champagnat, né en 1777. Nous avons noté dans le hameau du Rozey la présence d’un maître d’école itinérant, mais d’autres doivent parcourir le territoire proche. Dans cet univers partiellement lettré, le livre est moins rare que très inégalement réparti et utilisé. L’Eglise assure moins l’instruction  qu’elle ne lui offre un cadre institutionnel relativement stable par la paroisse qui assure le catéchisme et l’école. L’instruction et l’éducation demeurent largement l’affaire des familles qui usent de différentes stratégies pour parvenir à leurs fins. Et donc, l’école est bien loin d’être le lieu privilégié de l’instruction qu’elle deviendra au cours du XIX° siècle.

 

Les instituteurs à Marlhes à partir de la Révolution

Le F. Avit qui écrit vers 1884, nous donne un aperçu du discours catholique classique sur la situation de l’éducation et de l’enseignement, qu’il a certainement repris d’un ouvrage d’histoire.
« La révolution avait ruiné autant qu'elle l'avait pu tout ce qu'il y avait de bien en France. L'enseignement n'avait pas été plus épargné que le reste : tout y était désorganisé. Les lois et les décrets révolutionnaires avaient aboli la religion et toute morale religieuse. On ne pouvait plus enseigner aucun principe où il y eût quelque allusion à un culte quelconque et la seule morale dont les enfants entendaient parler était la morale républicaine basée sur la raison et la révolution. […] [58] Les droits de l'homme furent substitués partout au catéchisme. […] Des livres scolaires furent publiés sous ces titres : Catéchisme républicain, la Grammaire républicaine, les Abécédaires républicains, Manuel des théophilanthropes20 , l'Office des décades21 , contenant une parodie sacrilège et idiote des Commandements de Dieu, les Épîtres et Évangiles républicains pour toutes les décades. […] [59] On forçait les enfants à se rendre aux fêtes décadaires, ainsi qu'à celles du 14 juillet, du mois d'août et du 21 janvier22 et à y chanter des hymnes républicains, à y débiter des extraits de Confucius ou de Rousseau. […]
[61] Après ces abrutissantes utopies, voulant se rendre compte de l'état des écoles en France, le gouvernement ordonna une enquête en 1800. Voici ce qu'écrivait Fourcroy l'un des enquêteurs : [62] "La fréquentation des habitants des campagnes, la visite des départements m'ont prouvé que la grande majorité des hommes a besoin de religion, de culte et de prêtre..[…] Les parents n'envoient pas leurs enfants chez les maîtres où l'on n'enseigne point la religion... Ils l'exigent de ceux qu'ils paient pour les instruire... On espère trouver chez eux une meilleure instruction, des mœurs plus pures et des principes de religion auxquels on tient beaucoup..."23


Cette vision noire doit cependant être sérieusement nuancée. Les historiens de l’éducation constatent que, durant la Révolution:
« Le travail d’alphabétisation au fond des campagnes, dans les villes […]  se poursuit […] Les progrès de l’alphabétisation ne marquent pas le moindre fléchissement durant la période révolutionnaire. Il faut donc penser que les maîtres d’école, quand ils existaient, sont restés en place24 . »

Et puis, le public ressent la nécessité des petites écoles tandis que le pouvoir central, plus préoccupé de théoriser sur l’éducation et de faire la guerre à l’Europe, se révèle incapable de bâtir un système éducatif pour le peuple. Enfin, prêtres, anciens religieux et religieuses trouvent dans l’éducation un moyen de continuer leur vocation et en même temps un gagne-pain ; de nombreux bénévoles laïcs font le catéchisme ou s’improvisent maîtres et maîtresses d’école. En somme, la société, habituée déjà sous l’Ancien-Régime à se passer de l’Etat, continuera à éduquer et instruire par l’école et toutes sortes d’autres moyens, sans se préoccuper des projets éducatifs d’un Etat qui fait figure d’intrus arrogant et incompétent.

Paradoxalement, après la Révolution, le pouvoir politique et l’Eglise dénonceront la misère de l’éducation sous la Révolution, mais pour des raisons différentes. L’administration centrale, imbue de l’idée que tout ce qu’elle n’organise pas et ne contrôle pas est forcément barbare ou au moins rétrograde, considérera avec mépris ou suspicion les très nombreuses écoles privées ou autres structures éducatives. Quant au discours catholique nous en avons vu plus haut les grands axes. En fait, la situation de l’éducation populaire à la sortie de la Révolution n’est ni rose ni noire mais, un peu à l’image de l’Eglise : ayant besoin de réorganisation.

Marcellin Champagnat étant né en 1789, n’atteindra l’âge scolaire que dans les dernières années du siècle et nous savons qu’auparavant il avait reçu de sa mère et de sa tante, sœur de Saint Joseph, une éducation dans le cadre familial.

 

Un ex-Frère des Ecoles Chrétiennes instituteur à Marlhes

A la chute de Robespierre en juillet 1794, Marcellin a six ans. Mais lors du coup d’Etat du 18 Fructidor an V (4 septembre 1797) qui va amener son père à la présidence du canton de Marlhes, il a huit ans. Il n’est plus un petit enfant. Et c’est l’époque où les hommes commencent à s’occuper de l’éducation de leurs fils, ce qui va signifier accès progressif à la vie sociale et politique de la commune et instruction par des hommes en-dehors de la famille, particulièrement par l’école.

Dès le 18 août 1792 l’Assemblée législative a voté la suppression de toutes les congrégations religieuses, en particulier celle des Frères des Ecoles chrétiennes. C’est dans une telle ambiance qu’a lieu à Marlhes la prestation de serment de Marcellin Favier …« ci-devant frère de la congrégation des Ecoles chrétiennes », le 6 avril 1793, « conformément à la loi du 14 août et publiée et affichée le … septembre-octobre suivant [qui] a juré d’être fidèle à la nation, de maintenir la liberté et l’égalité ou de mourir en les défendant, de laquelle prestation de serment il a requis acte qui lui a été octroyé et a signé avec les officiers municipaux ».

L’ex-frère fait certainement allusion à la loi du 18 août 1792 – et non du 14 août- qui abolit les ordres religieux enseignants et hospitaliers, dont il prétend n’avoir eu connaissance qu’en septembre-octobre, au moment où l’Assemblée législative se sépare et que commence la Convention. Les communautés de Frères étant dissoutes, ce Marcellin Favier a trouvé à Marlhes un emploi d’instituteur, peut-être dès la fin de 179225 . Il est même probablement natif de Marlhes : il existe une famille Favier au hameau de La Planche26 . Marcellin Favier aurait-il succédé à Jean Sabot le vieux prêtre, qui meurt le 11 mai 1793, à 80 ans après que l’âge et la maladie l’aient contraint à se démettre ? En ce cas, la municipalité de Marlhes aurait choisi la continuité en nommant à sa place un ex-religieux spécialiste de l’éducation. Nous pouvons supposer que, protégé par son serment, Marcellin Favier a échappé à la Terreur tout en exerçant son métier d’instituteur à Marlhes. Mais il semble n’avoir pas exercé au-delà de 1795.

 

Deux instituteurs à Marlhes

L’Association des Amis de Marlhes (Marlhes au long de siècles p. 212), a retenu trois noms d’instituteurs possibles de Marcellin Champagnat : Gabriel Bruyère, Barthélemy Moine, et un certain Duding27 .

Pour ce dernier l’affaire paraît simple : il s’agit d’un instituteur qui, profitant de ses compétences, et sans doute de ses appuis politiques, s’est lancé en politique. Le 13 nivose an IV (3 janvier 1796) « le citoyen Duding, instituteur », nommé commissaire du pouvoir exécutif près l’administration de Marlhes, entre en contact avec la municipalité. Dans Marlhes au long des siècles (p. 212) on nous dit que cet instituteur a exercé pendant deux ans les fonctions de commissaire puis est resté sur place. Après le coup d’Etat du 18 Fructidor (8 septembre 1797) qui relance la Terreur révolutionnaire 28 il sera remplacé par Trilland, un commissaire vindicatif. Duding serait-il resté dans la commune comme instituteur ? Cela paraît très peu probable.

Sur Barthélemy Moine les Amis de Marlhes se fient aux renseignements de Pierre Zind29  :
« Marlhes avait […] un instituteur marié, Barthélemy Moyne, né dans la paroisse en 1756, titulaire du Brevet de 3e Degré et autorisé depuis le 27 février 181730 . Il n'était pas logé par la commune et ne touchait d'autre traitement que le 1,50 F de mensualité payé par 60 écoliers en hiver et 15 en été. Mais M. Alirot voulait remplacer le maître vieux de 62 ans, probablement malade puisqu'il devait décéder en 1820. »

P. Zind, qui ne nous parle que de la fin de carrière de B. Moyne et ne cite pas ses sources,31 ne doute pas que celui-ci avait été le maître d’école de Marcellin Champagnat vers 1800. Comme Barthélemy Moine ne figure pas au recensement de Marlhes en 1790, j’ai longtemps cru que Pierre Moine, un habitant du bourg, alors âgé de 32 ans, époux de Jeanne Bonnefoi, 27 ans, était ce maître d’école nommé soit Barthélemy soit Pierre. Mais cette hypothèse ne résiste pas à l’examen du recensement de 1808 dans lequel figurent Pierre Moine et son épouse respectivement âgés de 49 et 45 ans, et aussi Barthélemy Moine, 50 ans, et son épouse Antoinette Rullière avec leur ribambelle d’enfants : Pierre 20 ans32  ; Jeanne 18 ans ; Barthélemy-Gaspard 10 ans ; Isidore 5 ans ; Marie-Anne et Jeanne-Marie, certainement des jumelles, 4 ans.

J’ai déjà fait allusion à une quittance du 20 avril 1817 que Barthélemy Moine, se déclarant « instituteur de la commune de Marlhes » délivre à Joseph Largeron, pour une facture échue le 1°avril 1795 « époque à laquelle j’ai commencé de tenir école à Marlhes jusqu’au 1° du courant (avril 1817). »  Il a donc exercé à Marlhes de 1795 jusqu’en mars 1817, remplaçant sans doute Marcellin Favier. Cette nomination pourrait être une application de la loi Daunou du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) qui confie l’instruction primaire aux autorités départementales et prévoit une école publique par canton. Sont concédés à l’instituteur un local et un jardin (l’ancien presbytère) mais le salaire de l’instituteur sera payé par les rétributions de ses élèves.

Le registre des baptêmes de Marlhes nous donne une piste sérieuse pour un autre instituteur car il enregistre Anne, née le 16 mai 1799 et baptisée le 19, fille de Gabriel Bruyère, maitre d’école du bourg de Marlhes, et d’Antoinette Fournel33 . Ni l’un ni l’autre ne figurent au recensement de 1790 et ils semblent n’avoir pas de famille sur place. La marraine Anne Abrial est, en 1790, une veuve de 42 ans habitant au bourg. Jean Chorin, le parrain, ne figure pas dans les habitants du bourg en 1790, mais un Jean Chorain, jeune notaire de 29 ans, est recensé en 1808. Il semble donc qu’en 1799 le bourg de Marlhes dispose de deux maîtres d’école : Barthélemy Moyne, peut-être instituteur communal, et Gabriel Bruyère.

A cette date, l’Etat a abandonné l’enseignement primaire aux initiatives communales ou privées. L’acte final de cet abandon sera la loi du 11 floréal an X (1° mai 1802) qui prévoit que l’enseignement sera donné : 1° Dans les écoles primaires établies par les communes ; 2° Dans les écoles secondaires tenues par les communes ou des maîtres particuliers, 3°Dans des lycées et des écoles spéciales entretenues aux frais du trésor public. Il y a donc quasi continuité entre l’école paroissiale de l’Ancien-Régime et l’école communale instaurée en 1795. Mais en 1798-99 les autorités issues du coup d’Etat de Fructidor mettent leur espoir dans l’éducation du peuple par systématisation de la fête révolutionnaire et du culte décadaire.

 

Un autre front pédagogique : la fête révolutionnaire (1797-99)

Après le coup d’Etat de fructidor (septembre 1797) qui relance la chasse aux prêtres réfractaires, aux émigrés, aux insoumis au service militaire et aux royalistes, toute l’administration est épurée, et Jean-Baptiste Champagnat est, le 29 décembre 1797, (9 nivose an V)  nommé président de l’administration du canton de Marlhes. Il accepte cette charge avec réticence le 12 janvier 1798 (23 nivose an VI) et prononce le serment de haine à la royauté et à l’anarchie. Il est surveillé de près par le commissaire Trilland, ardent révolutionnaire, qui veille à l’application des décisions du Directoire.

Les F. P. Zind et Gabriel Michel34 . pensent qu’à cette époque il n’y a pas d’école à Marlhes parce que le registre des délibérations du 5 prairial an VI (24 mai 1798), faisant l’inventaire des dépenses, signale : « Indemnité accordée aux instituteurs des écoles primaires : point ». Mais le propos peut être compris de deux manières : soit il n’y a point d’instituteurs ; soit on n’a accordé aucune subvention aux instituteurs, qui ont dû se contenter des rétributions scolaires des élèves. Cette seconde hypothèse me paraît la plus fiable. Ce refus de subvention pourrait signifier aussi que l’administration du canton juge qu’aucune des écoles n’enseigne selon l’idéal révolutionnaire.

Par contre, en plus d’un culte civique décadaire (tous les dix jours) il y aura sept fêtes commémoratives et six fêtes civiques célébrant les étapes de la vie ; la jeunesse, les époux, la vieillesse… Pour établir des lieux de ralliement pour les fêtes, le commissaire Trilland impose à l’administration cantonale la plantation d’arbres de la liberté : l’un à Marlhes, l’autre à Jonzieux en mars 1798 (25 ventôse de l’an 6). Le 25 ventôse (15 mars), Champagnat peut dresser le constat de la plantation de l’arbre de la liberté à Marlhes avec l’aide des citoyens de la commune « assemblés en grand nombre », aux cris de « Vive la République », de chants patriotiques « avec le son de la caisse (tambour) faisant retentir tout lieu dudit Marlhes »35 .

Avec l’arrivée du printemps (30 ventôse An VI / 20 mars. 1798 ) c’est la fête de la jeunesse. Sur les 11 heures du matin, « De la place publique, les citoyens se dirigent en procession vers l’arbre de la Liberté, les vieillards marchant les premiers mais précédés de quatre jeunes gens. » Il y des chants patriotiques, la lecture de proclamations émanant du Directoire de Paris et on termine par des danses, « le tout dans le meilleur ordre ». Le 14 juillet 1798. (26 messidor An VI) c’est La « fête de l’anniversaire » de la prise de la bastille (1789) et de la fête de la Fédération (1790). Elle est suivie de « danses et autres jeux patriotiques ».Le 27 juillet 1798 (9 thermidor An VI) .« les autorités constituées de ce canton et beaucoup de peuples assemblés » commémorent  la chute de Robespierre par « des danses et des chants patriotiques ; avec des cris de joie et de Vive la République ». Le lendemain, 10 thermidor, c’est la « fête de la liberté », en fait la célébration de l’exécution de Robespierre par « les autorités constituées de nouveau assemblées, le peuple étant nombreux, sur la place publique de la commune de Marlhes […] avec la plus grand joie, par des danses et autres amusements républicains, le tout s’étant passé dans le meilleur ordre possible ».

Jusque-là on a l’impression que ces fêtes rencontrent une réelle adhésion populaire dont la danse en fin de journée est un signe. Ensuite, l’ambiance paraît plus lourde. On est d’ailleurs dans un canton travaillé par le royalisme. Le 23 thermidor (10 août 1798) commémore la chute de la royauté. « Sur les 9 heures du matin, les autorités constituées et fonctionnaires publics de la commune » se rendent sur la place où vient d’être élevé un autel patriotique. « Le peuple s’y étant rendu » la fête est célébrée « avec toutes les cérémonies possibles » et se termine par des chants patriotiques et des cris de Vive la République. Mais le procès-verbal ne parle pas de danses.

Le 4 septembre 1798, c’est le premier anniversaire du coup d’Etat du 18 Fructidor : un événement pour le moins contestable et contesté. Les autorités constituées et la garde nationale se placent auprès de l’autel de la patrie avec « beaucoup de peuple ». Les cérémonies, non décrites, se terminent, comme le 23 thermidor, par des chants et acclamations mais pas de danses. Le 1ier vendémiaire An VII (22  septembre 1798) est la fête de la naissance de la République avec le même rituel et le même procès-verbal. Progressivement, les fêtes deviennent d’abord des actes de loyalisme des autorités et institutions révolutionnaires, la population, quand elle y vient, n’y étant guère que spectatrice.

Ainsi, le 2 pluviôse An VII (21 janvier 1799), c’est l’anniversaire de l’exécution de Louis XVI. Les autorités et les officiers publics du canton, la garde nationale et « la majeure partie des citoyens » se rendent sur les 10 heures auprès de l’arbre de la liberté pour célébrer « la juste punition du dernier roi des Français […]  avec tout la pompe possible, par des chants patriotiques et autres divertissements analogues ;  le mot de Vive la République y a été répété plusieurs fois. Lecture [a été] faite de la lettre du ministre de l’Intérieur […] François de Neufchâteau ; Invocation a été faite à l’Etre Suprême et imprécations contre les parjures. » Mais le compte-rendu ne s’arrête pas là : « les autorités constituées et les fonctionnaires publics s’étant retirés dans le Temple décadaire36 en fait l’église, ont prêté le serment de haine à la royauté et à l’anarchie, et de fidélité et d’attachement à la République et à la constitution de l’An III, en suivant les mots prononcés par le président 37 ». Le texte donne l’impression que le peuple n’est pas admis à assister à la prestation des serments, mais l’espèce de sermon virulent du commissaire Trilland lui paraît destiné38 . c’est en France que,  grâce à l’Etre suprême,  est née « la Liberté universelle » destinée à se répandre chez les autres peuples grâce à la sagesse de ceux qui gouvernent la France ; les « parjures et les lâches » sont menacés et les citoyens invités à défendre la liberté et la constitution jusqu’à la mort. Pour qui connaît la situation de la France, agressive à l’extérieur, livrée aux pires désordres à l’intérieur, un tel discours paraît surréaliste. Mais en même temps il trahit l’inquiétude des révolutionnaires qui se rendent compte d’une cassure entre les gouvernants et les masses populaires.

Les autres fêtes commémorées n’apportent guère d’élément nouveau sauf la dernière, du 1ier vendémiaire An VIII (23 septembre 1799) qui commémore la fondation de la République39 . Aux ingrédients habituels (« dans l’endroit accoutumé de célébrer les fêtes nationales » par « la garde nationale du canton assemblée et les autorités constituées ».) J.B. Champagnat évoque les « Cris de vive la république » et « chants patriotiques »proférés « avec cet enthousiasme qui caractérise les vrais républicains ». Mais, la présence d’un public n’étant même pas signalée, il faut en déduire que l’enthousiasme des « vrais républicains » compense leur petit nombre. Et cette réflexion désabusée est prophétique puisque le coup d’Etat de Bonaparte, qui met fin à un régime complètement déconsidéré, aura lieu le 18 brumaire (9 novembre 1799) soit un mois et demi après ce demi aveu d’échec par un « vrai républicain ». Ce sera aussi la fin de la carrière politique de Jean-Baptiste Champagnat au cours de l’année 1800. Le régime de Bonaparte, qui  cherche à réconcilier les Français laissera de côté ce système festif avant que le concordat de 1801-180240 ne rétablisse officiellement le calendrier et les fêtes chrétiennes.

Les comptes-rendus de J.B. Champagnat ne précisent jamais si des femmes et des enfants participent à ces fêtes, peut-être parce que c’est évident, les fêtes étant destinées à l’éducation civique de tous. Certaines fêtes comme celle des jeunes gens requièrent d’ailleurs la participation d’un certain nombre d’entre eux. Et les fêtes où l’on danse supposent la présence de femmes. Le F. Gabriel Michel pense que très probablement les enfants Champagnat y participaient. Et d’ailleurs, comment la femme et les enfants du président de l’administration révolutionnaire auraient-ils pu être exonérés de telles manifestations, au moins comme spectateurs?

Marcellin Champagnat a donc certainement été présent au moins à certaines des fêtes révolutionnaires. Au moment où son père devient président du canton de Marlhes, il a près de 9 ans et en aura 11 en 1800 lorsque celui-ci quittera l’administration cantonale. Et puis, il est à l’âge de la fréquentation d’une école. Mona Ozouf, spécialiste de la Fête révolutionnaire41 , nous dit que 9 ans est l’âge de la sortie de l’enfance et en particulier celui « auquel les pédagogues fixent le début de l’instruction élémentaire42 ou de l’exercice militaire ». Ce type d’éducation était pour le moins en contradiction avec celle que, d’après les sources maristes, lui avaient donnée sa mère et sa tante, mais le caractère formel et très politique de ces fêtes et surtout leur échec pouvaient-ils influencer en profondeur l’esprit d’un enfant déjà imprégné de foi chrétienne ? Tout au plus pouvait-il être affectivement troublé de voir un père admiré se compromettre dans une voie si étrange.
La Vie du Fondateur ne nous dit rien de très clair sur la chronologie de son éducation. Nous savons que sa tante et sa mère lui ont donné une première instruction religieuse et l’ont initié à la lecture avant de l’envoyer à l’école où il serait resté peu de temps. Le F. Jean-Baptiste nous dit qu’il a fait sa première communion à 11 ans mais aucun document ne vient le confirmer.

Il me semble que nous pouvons tenter la chronologie suivante : avant l’âge de 9 ans, Marcellin a reçu l’éducation familiale et très religieuse de la tante et de la mère. La promotion du père comme président de l’administration du canton en 1798 coïnciderait avec le début de la scolarité du jeune Marcellin. Mais dans quelle école ? Celle de Barthélemy Moyne ou de Bruyère qui exercent tous deux au bourg ?

Mais le plus important n’est peut-être pas là : le jeune Marcellin a pu percevoir très tôt, dans l’atmosphère familiale d’abord, dans la vie civique et sociale ensuite, combien sa famille et la société étaient culturellement, religieusement et politiquement divisées. Et lui-même, a reçu par sa tante, par son père, par le maître d’école, par le curé une éducation reflétant ces diverses sensibilités et aussi leurs limites ou leurs travers. Il ne devait pas être facile pour lui d’en faire une synthèse. Quand il avouera plus tard que sa première éducation a été manquée, il n’évoquera pas seulement ses difficultés à apprendre lecture et écriture mais une ambiance de confusion et de conflits peu propre à favoriser l’apprentissage d’un enfant sensible.
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F. André Lanfrey, mai 2019



1 Série d’articles reproduite dans Miscellanées Champagnat, cahier A4 publié à Rome par la maison générale en janvier 1996.

2 La Révolution à Marlhes, Loire, 1789-1800. Lecture d’archives, cahier A4, 182 p. publié sans date par la maison générale de Rome vers 2000.

3 D’autres travaux maristes ont exploité ces études ou ont développé tel ou tel point de cette époque.

4 Les papiers de l’étude Lardon (Voir p. 44-45)  renferment d’ailleurs des pages d’écriture, avec ce conseil,: « Vous tiendrez la plume avec les trois doigts qui seront mollement allongez (sic) scavoir le pouce… ». Suit une punition qui répète la formule : « Vous n’apprendrez jamais rien si vous n’êtes pas assidu » et se termine par ces mots, d’une écriture plus assurée : « fait par moy Jean-Baptiste Lardon, bon garçon ».

5 En 1790 son père Jean Lardon, 81 ans, ancien notaire, vit avec son épouse Elisabeth Chevalier, 64 ans et Jeanne Varenne, 29 ans, domestique. Paul Lardon, et son épouse Marie-Catherine Sabot, 44 ans, ont cinq enfants de 23 à 15 ans.

6 Marlhes au long des siècles (p. 211)

7 Ibid. p. 118

8 Wikipedia, Conseils de fabrique.

9 Le mot « syndic » était le titre des notables gouvernant la paroisse. La marguillerie ou fabrique, présidée par le curé et chargée de la gestion des biens d’église, était plus ou moins confondue avec le conseil des syndics. C’est pourquoi les mots « syndics » et « marguilliers » sont associés.

10 Même si la somme à payer est beaucoup moindre qu’avant puisque la monnaie papier est très dévaluée : l’assignat de 100 livres n’en vaut plus que 50 en monnaie métallique.

11 Cette formule de rhétorique révolutionnaire signifie « de bonne vie et mœurs ».

12 Son épouse Marcelline Favergon en a 33 ans. Leur fils Joseph a 6 ans.

13 Villard Reymond est une paroisse au-dessus de Bourg d’Oisans, dans les Alpes au sud de Grenoble. Certains des maîtres d’école forains sont en même temps colporteurs, d’où l’appellation de « marchand ».

14 Marlhes au long des siècles p. 119.

15 Histoire sainte, probablement par Lhomond.

16 Probablement de Fleury.

17 Un peu plus tard J.B. Champagnat sera trésorier de la confrérie.

18 Pour tisser des toiles grossières. La livre équivaut à un peu moins d’un demi-kilo.

19 Plus ou moins l’équivalent d’une journée de travail.

20 Religion civique créée à la fin de la Révolution.

21 La semaine a été remplacée par la décade. On cherche à établir un culte décadaire.

22 Anniversaire de l’exécution de Louis XVI.

23 Annales de l’institut, Rome, 1993, tome 1 p. 19-21.

24 Françoise Mayeur, Histoire de l’enseignement et de l’éducation, tome III, éditons Tempus, 2004, p. 32.

25 Miscellanées Champagnat, p. 139.

26 Recensement de 1790.

27 Marlhes au long des siècles (2002, ch. 11 p. 209…)

28 Le décret du 27 brumaire an VI (17 novembre 1797) impose aux candidats aux fonctions publiques de prouver qu’ils ont fréquenté les écoles de l’Etat et que leurs enfants y sont. M. Vovelle, L’Etat de la France pendant la Révolution, chronologie p. 24

29 Série d’articles parus dans Voyages et missions, reproduits dans Miscellanées Champagnat.

31 Institué en 1816. Il y a trois brevets. Celui du 3° degré, le plus bas, reconnaît que le maître sait lire, écrire, compter. L’université cherche alors à contrôler l’enseignement élémentaire.

31 Il écrit dans la revue grand public Voyages et missions.

32 Barthélemy est sans doute le frère de Pierre Moyne et le jeune Pierre Moyne est filleul de son oncle.

33 Le délai entre le jour de naissance et celui du baptême paraît anormalement long dans un lieu où les enfants sont baptisés dans les 24 heures qui suivent leur naissance. Un délai peut être signe d’un manque de ferveur, mais aussi venir de la difficulté à trouver un prêtre et un parrain et une marraine.

34 Voir Les années obscures… p. 153. Noter l’emploi du pluriel : « aux instituteurs » qui sous-entend qu’il y en a plusieurs.

35 Se fondant sur le registre des délibérations tenu par J.B. Champagnat, le F. Gabriel Michel (Les années obscures… p. 147…) cite une douzaine de  procès-verbaux de fêtes commémoratives ou civiques.

36 Où on célèbre un culte civique en principe tous les décadis.

37 C’est-à-dire Jean-Baptiste Champagnat.

38 Il s’inspire manifestement du ministre de l’intérieur François de Neufchâteau.

39  : Ou aussi du début du calendrier républicain.

40 L’accord est signé le 15 juillet 1801, mais la proclamation solennelle n’aura lieu qu’à Pâques 1802.

41 La fête révolutionnaire 1789-1799, Folio-Histoire, 474 p. 1988, p.

42 La première communion vers 13 ans est en même temps, pour la plupart, la fin de l’école.

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