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Le F. Basilio Rueda Guzmán, est
né en 1924 à Acatlán, Jalisco, Mexique,
il fut Supérieur Général de l’Institut
Mariste (1967-1985). Il est mort à Guadalajara, Mexique,
le 21 janvier 1996.
L’idée que le F. Basilio
eut de Marcellin Champagnat, va bien au-delà des
données que nous fournit l’histoire. Il l’interpréta
sous une forme actualisée et engagée dans
le monde moderne. A la clôture de l’année
Champagnat, le 6 juin 1981, à La Valla, il parla
ainsi:
« C’est avec grande joie que
j’ai accepté cette invitation à parler
de mon Père Fondateur... parce qu’un mariste
se sent ici comme chez soi. On dirait qu’il existe
une espèce de sympathie entre le charisme mariste
et cette population.
On peut parler de deux manières de la vie d’un
homme: en se basant sur les données chronologiques
ou en considérant son histoire profonde, celle qui
décrit le projet fondamental de Dieu sur lui et le
sens de sa vie. On divisera le sujet en deux points: ce
que fut le P. Champagnat et ce qu’il nous dit aujourd’hui.
QUI FUT LE
P. CHAMPAGNAT?
Un homme qui sut écouter dynamiquement
et avec efficacité les appels de son entourage et
de son monde.
Dans le cœur affligé du P. Champagnat retentirent
les voix de l’ignorance religieuse, avec la série
de blocages, d’inhibitions, de frustrations personnelles
et sociales qu’elle comporte.
A ses oreilles arriva le cri d’une
pédagogie déficiente, c’est-à-dire,
de certaines manières maladroites d’approcher
les enfants et les jeunes, avec les séquelles de
blessures et d’échecs scolaires que cela implique.
Marcellin entendit l’appel de la
marginalisation rurale. Il sut voir les besoins et il se
consacra corps et âme à y remédier.
Champagnat sut multiplier sa réponse...
il fut l’écho de ceux qui auraient été
ses disciples, de ses confrères de la Société
de Marie et des autorités civiles.
Grand artiste spirituel, il sut sonder
les cœurs et deviner, d’un regard sûr,
le murmure de Dieu dans l’âme des jeunes, pour
en faire les collaborateurs de sa passionnante aventure.
Enfin, Marcellin Champagnat a su former
ses disciples et quels discíples! Si l’on considère
la matière première dont il s’est servi,
il faut convenir que les résultats ne pouvaient pas
être meilleurs: avec des jeunes paysans, presque analphabètes,
il obtint en quelques années et presque sans ressources,
des intuitifs de la pédagogie, des éducateurs
qui se firent apprécier dans toutes les communes.
Marcellin donna naissance à une
nouvelle pédagogie. Nouvelle par la cordialité
dont elle fait preuve, plus que par les éléments
de nouveauté qu’elle apporte, bien qu’elle
n’en manque pas.
Une pédagogie qui met le cœur
en liaison avec le transcendent: qui fait vivre en présence
de Dieu, en amitié avec Jésus, en relation
filiale avec Marie, et tout cela avec tant de naturel que
ces êtres invisibles entrent dans le cadre de vie
des enfants.
Cete pédagogie formait à
l’amour du bien et des valeurs, au-delà du
péché et du non-péché.
Elle formait au sens social. Sa préoccupation
de faire des enfants de bons citoyens et des collaborateurs
dévoués dans les tâches sociales était
constante chez Marcellin Champagnat. La paresse et l’égoïsme
n’ont pas de place dans la pédagogie mariste.
Les moyens d’atteindre ces objectifs
sont à la fois simples et très efficaces:
présence continue, amour profond et ordonné,
sollicitude, patience et confiance, prévoyance, vie
partagée, bon exemple, accueil... et surtout une
attitude pédagogique: les enfants difficiles, ceux
qui souffrent, ceux qui sont en retard, sont ceux qui doivent
trouver chez le maître plus d’attention et de
tendresse.
Marcellin Champagnat fut un homme qui eut
et sut communiquer un grand sens de l’Église.
Comme il est difficile pour nous de faire la synthèse,
de garder l’équilibre ! La dialectique nous
ballotte et nous sommes à la merci d’un mouvement
pendulaire.
QUE DIT CET
HOMME AUJOURD’HUI, DANS LA SITUATION ACTUELLE?
Dans un monde d’où surgissent
d’innombrables appels, comme la clameur de la faim,
de la violence, de l’injustice, de la drogue, du chômage...
dans un monde où beaucoup de nos contemporains se
sentent repus de biens matériels et insatisfaits,
à cause de leur dépendance passive en face
du paternalisme de certains gouvernements qui tuent en eux
le sens de l’initiative, CET HOMME NOUS LANCE DE PROFONDS
APPELS A L’ACTION.
En nous limitant au problème de
la faim et en ne citant qu’un cas, qu’il suffise
de rappeler les reclus dans des camps de réfugiés
qui, dans des souffrances innombrables, espèrent
être accueillis par quelque pays hospitalier... il
faut qu’il y ait des personnes appelées à
donner une réponse directe, malgré les graves
difficultés existantes. Dans le cas présent,
de la part d’éducateurs, l’action consiste
à conscientiser les jeunes et à les préparer
pour que naisse en eux un esprit qui les pousse à
résoudre les problèmes.
En une période non seulement de
pauvreté mais d’appauvrissement, de paupérisation,
il faut donner une réponse frappante au défi
que nous lance la situation actuelle. Sur ce point, Champagnat
aurait été très énergique, pour
élever la voix contre l’attitude d’une
société qui se déchristianise progressivement
et, selon toute apparence, d’une manière irréversible.
Le P. Champagnat nous demanderait à tous de nous
armer de force pour recommencer l’évangélisation
du monde, en remontant le courant, de telle manière
que le monde puisse voir la gloire de Dieu resplendir sur
la face du Christ.
C’est l’aube d’une ère
planétaire où les formes actuelles de société,
tant à l’Est qu’à l’Ouest,
sont en crise, plus encore, en échec total ; quand
l’inflation de l’information et de la conscientisation
offre une flagrante et douleureuse disproportion avec le
réel, il y a un danger encore plus grand qui nous
guette: le danger de voir naître une société
d’hommes qui disent à Dieu:”Nous n’avons
pas besoin de toi pour être bons et pour organiser
notre histoire”. Devant cette situation, il nous faut
être le Champagnat collectif qui se mobilise vaillamment
pour affronter de telles situations.
Etre fidèle à Marcellin c’est
être fidèle à la conviction profonde
que les situations déchirantes du monde nous engagent
à donner une réponse prompte et courageuse
».
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