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Marcellin
Saint Marcellin Champagnat - Menu
Sermon sur la dévotion au rosaire
 
 

D'après l'autographe de M. Champagnat, dans AFM. 134.34.00.
Feuillet de 16 pages, format 22,5 x 18, couleur verdâtre. Le texte se trouve sur les 8 premières pages, les 8 autres ne portent rien.
Il n'y a ni titre, ni signature ni date.

M. Champagnat s'adresse aux membres de la confrérie du Saint Rosaire. Après un préambule, il annonce deux points: 1 - En quoi consiste la dévotion au saint rosaire: il montre d'abord d'où provient cette dévotion; les miracles qu'elle a produits; comment l'on doit prier le rosaire; 2 - L'Esprit de cette dévotion: il ne suffit pas d'être membre, de la confrérie d'en porter le signe extérieur; il faut vivre en conformité, c'est-à-dire imiter le comportement, les vertus de Marie.

Le texte finit brusquement, sans conclusion. C'est une preuve qu'il ne s'agit pas ici d'un texte écrit pour être proclamé tel quel, mais des idées principales à développer. Ce qui confirme cette hypothèse, c'est le manque de liaison entre les idées par endroits, comme par exemple: 1.45; 56; 97. Une preuve de plus, à mon avis, ce sont les invectives de la seconde partie: misérable hypocrites, - filles sans pudeur",... difficilement supportables à froid, mais qui passent peut-être dans une certaine atmosphère et dites sur un certain ton.

Du point de vue des idées, l'on remarquera l'insistance réitérée pour ramener la dévotion du rosaire à ]ésus, considérant Marie seulement comme intermédiaire: imiter Marie, c'est imiter ]ésus; le saint rosaire est une dévotion en I'honneur de N.S.J.C. Sans doute, cette idée l'aura-t-il davantage explicitée dans le sermon suivant qu'il annonce, mais qui ne nous est pas parvenu.

 

 

Sermon sur la dévotion au rosaire Beati qui costodiunt vias meas. Pro. C. 8,32.

Bienheureux ceux qui ne s'écartent point des voies que je leur ai tracées.

Ces paroles que l'Eglise met dans la bouche de Marie, nous exhortent à etudier la conduite que cette Raine des Sts. a menée sur la terre.

Heureux en effet, qui imite Marie, puisque en l'imitant il imite Jésus le roi et le premier modèle de toutes les vertus. La vie de la Ste. Vierge est une leçon universelle, car on y apprend de quelle manière il faut se comporter dans la prospérité, dans l'adversité, dans la prière, dans le travail, dans les honneurs et dans les humiliations. Le principale bu de ceux qui sont agrégés au St. Rosaire doit être d'imiter Marie. Nous examinerons d'abort en quoi consiste la dévotion du St. Rosaire, en second lieu, qui sont ceux qui suivent l'esprit de cette dévotion. (1)

Vierge Ste. votre secour et vous, mes frères, votre attention .

La dévotion du St. Rosaire a été établie au commencement du tresième siècle, temps auquel la secte impie des Albigeois faisoit de grands maux à l'Eglise. St. Dominique gémissant sur ces malheurs, cherchoit les moyens de les réparer lorsque la Ste. Vierge qui ne manque jamais de secourir ceux qui ont le coeur droit, lui apparut dans la chapelle de N. Dame de P(r)ouille, l'an 1208 et lui prédit les merveilleux effets qu'auroit cette dévotion. En effet, au rapport des historiens du temps, cette dévotion eut de prodigieux effets.

Mais ce qui augmenta particulièrement cette dévotion, ce fut une victoire remportée par les chrétiens sur les infidels qui menaçoient d'envayr l'Italie. Les chrétiens se voyant incapables de résister aux forces des Turcs sans le secour de Dieu obtenu par l'intercession de Marie, Notre St. Père le Pape St. Pie 5, plein de cette confiance, envoya au chef de l'armée chrétienne un chapellet. Le général et toute son armée s'etant mis sous la protection de la Ste. Vierge, arbora sur ses étandards l'image de la Raine des cieux avec le Rosaire.

L' armée chrétienne combattant sous les étandarts de Marie, ne trouva aucune résistance. Une protection éclatante de la Mère de Dieu, un témoignage si authentique de la vertu des prières du St. Rosaire exigeoit de la reconnaissance; ce fut pour la témoigner que le St. Père le Pape institua la fête du St. Rosaire, sous le titre de Notre Dame de la Victoire qu'il fixa au premier dima(n)che d'octobre, jour auquel cette fameuse victoire fut gagnée.

Je ne veut pas ici vous parler des miracles sans nombre qui se sont oppérés par l'intercession de notre auguste Raine, en conséquence, je ne vous raconterai pas l'aveux que Satan lui-même a fait lorsque, pressé par St. Dominique, il dit par la bouche d'un possédé qu'il auroit mille fois renversé l'Eglise par les (h)érésies sans la protection de la Ste. Vierge, qu'à toute heure elle lui arrachoit des âmes dont il se croyoit bien assuré.
Pourquoi vous rapeler l'histoire de ces deux pécheurs ou la conservation de cette femme vertueuse qui étant condamné à la mort par la poursuite de son mari, a-t-elle recours à ... M.le bourreaux ne put venir à bout de lui ôter la vie quelques efforts qu'il pût faire.
Je ne vous parlerai pas non plus du convoi de douze barques allans à Venise, défandues par un seul homme, sous la protection de la Ste. Vierge, contre une fIotte de pirates, tandis que tout l' équipage avoit été à Notre Dame de Lauret (2).

Enfin, je ne citerai pas le trait d'un soldat nommé Beauséjour qui, se trouvant un jour en présence de l'ennemi et se rappelant qu'il n'avoit pas dit les septes pater et ave qu'il avoit coutume de dire tous les jours, qu'aussitôt faisant le signe de la croix pour les dire, ceux qui étoient au tours de lui voulurent se moquer de lui, mais à peine la première décharge fut elle faite, que pas un de ceux qui peu auparavent se moquoient de lui, ne survécu.

Tout cela et une infinité d'autres miracles ne nous prouvent-il pas combien la Ste. Vierge est puissante. Saint Louis, Saint Bernard, St. François Xavier guérissoient les malades par le seul attouchement de leur chapellet.

Examinons maintenant ce que c'est que le St. Rosaire. Le St. Rosaire est une dévotion en l'honneur de N.S.J.C. et de sa très Ste. Mere. Cette dévotion consiste donc à réciter cent cinquente fois la salutation angélique et quinze fois l'orais(on) dominicale. A chaque dixaine d'ave on récite le Pater, après quoi on fait encore une courte méditation sur les principeaux mystères de la vie et de la mort, de la gloire de Jésus C. et de Marie. Par le mélange de pater et d'ave, on réunit J.C. à sa très digne Mère. Dieu lui-même semble en avoir donné l'idée, car lorsqu'il promit un Rédempteur au monde, il déclara que pour faire la guerre à l' enfer, il employroit une femme et celui qui naitroit d'elle (3).

Mais, mes f. pourquoi avez vous l'air de vouloir me demander pourquoi cette répétition des mêmes mots? Arrêtez, mes f., cette répétition est un sûr moyen d'être exaucé et exprime très bien notre amour.

Et quoi m.f., quand nous voulons que quelqu'un nous donne quelque chose, nous ne nous contentons pas le demender une seule fois. Au reste, mes f., n'est-ce pas ce que font les anges dans le ciel puisqu'ils répètent sans cesse: Sanctus, sanctus, sanctus Dominus Deus Sabaot. J.C. dans le jardin des olives répète trois fois la même prière (4). Si la Cananée(nne) se fut rebutée, si, dis-je, elle n'eut pas réitérée sa demande, elle n'eut certainement pas obtenu ce qu'elle demandée (5). Il faut que les confrère du St. Rosaire soient tous uni d'esprit et de coeur, concourant tous à faire honorer leur mère commune (6).
Le Rosaire se divise en trois parties pour honorer J.C. en trois états:

son enfance, sa mort et sa gloire. Chaque partie contient cinq mystères:
la première contient les mystères joyeux qui sont: premièrement l'annonciation de la Ste. Vierge; 2° la visitation; 3° la naissance de J.C.; 4° la présentation au temple; 5° la joie que la Sainte Vierge ressentit après l' avoir trouvé dans le temple.
La seconde partie du Rosaire comprend les mystères douloureux qui sont les souffrances et l'âme de sa sainte Mère percée par un glaive de douleur. Ces mystères sont: premièrement l'agonie de J.C. dans le jardin des olives; 2° sa flagellation; 3° son couronnement d'épines; 4° le portem(ent) de croix; 5° son crucifiment.
La 3e partie rappelle les mystères glorieux: 1° la resurection de J :C.;
2° son acension; 3° la descente du Saint Esprit sur les apôtres; 4° l'assomption de la Ste. Vierge; 5° son couronnement dans le cieI.
Pour bien réciter le St. Rosaire, il faut méditer à chaque dizaine un de ces mystères, car c'est en (la) récitation de la Salutation angélique, de l'Oraison dominicale et dans la méditation des mystéres dont nous avons parlé que consiste toute la dévotion du St. Rosaire.

Je me réserve à vous expliquer en quoi consiste cette méditation dimanche prochain.

Voyons maintenant qui sont ceux qui suivent l' esprit de cette dévotion.

Vous tous qui m'écoutez répondez-moi? Suffit-il pour suivre l'esprit de la dévotion au St. Rosaire, de réciter toutes les semaines le St. Rosaire, d'assister à tous les exercices de cette confrérie? Suffit-il de se confesser et communier tous les premiers dimanches des mois toutes les fêtes principales de Notre-Seigneur et de son auguste Mère, d'élever vos coeurs souvent pendant la journée et pendant la nuit, pour offrir à Dieu les prières et les bonnes oeuvres que font à toute heure un grand nombre de cette confrérie répendue dans tout l'univer. Tout cela suffit-il, répondez, confrères? qu'en pensez-vous? Je lis votre pensée sur vos fronts; la voici: si cela ne suffit, nous ne sommes pas de cette confrérie. Si c'est là votre pensée, c'est la mienne aussi (7), car, bien que cela ne suffise pas, combien y eut il parmi vous qui fassent ce que je vient de dire? Combien d'entre vous qui, loin de réciter le rosaire toutes les semaines, loin de fréquenter les sacremens les premier dimanches, ne les fréquentent peut-être pas même tous les quatre mois, que dis-je tous les quatre mois, peut-être pas même tous les ans.

C'est à vous misérables hypocrites, que j'adresse la parole, vous (8), dis-je, qu'on vous si empressés de courir prendre vos cierges, de les alumer, vous êtes à ce point d'aveuglement que de croire que vous êtes de la confrérie, parce que vous avez un cierge alumé entre les mains, tandis qu'une flamme impure brule dans vos coeurs. Croyez-vous honnorer (9) la raine des cieux que d'accompagner le très St. Sacrement avec un coeur allant toujours au gré des passions et accablé de remorts? Croyez-vous, encore une fois, qu'il suffise de jouer ainsi le personnage d'hypocrite? Mais quoi, y avez-vous jamais bien pensé que Notre Seigneur est présent dans le très St. Sacrement de l'autel? Si vous croyez qu'il y est, pourquoi y venez-vous l'insulter? Peut être avez vous l'audace de dire que vous ne l'insultez. Quoi! n'insulte-t-on pas quelqu'un, quand d'un côte on lui dit qu'on veut l'aimer, lui obéir, lui plaire, tandis qu'à tous momens, dans toutes les occasions qui se présentent on lui dit par ses actions qu'on ne veut ni l'aimer, ni lui plaire, ni lui obéir? Qui sont donc, mes frères, ceux qui suivent l'esprit de la dévotion du St. Rosaire?

Qui sont-ils, mes frères, les voici! Ecoutez-le et profitez-en. Ce sont ceux qui faisant tout ce que nous venons de dire, imitent, de plus les vertus de Marie.

Qui sont ceux qui imitent les vertus de Marie? Est-ce vous, filles sans pudeur et sans modestie qui fréquentez les assemblées prophanes? est-ce vous qui venez dans ce st. lieu avec une effronterie qu'on lirois sur votre visage, vous, dis-je, qui à chaque instant tournez la tête pour voir qui entre et qui sort? Est-ce vous, encore une fois, qui vous parez plus tôt pour être vues que pour paroître selon votre rend (10). Est-ce ainsi qu'on imite la modestie de Marie?

Voit-on dans votre extérieur comme dans celui de Marie, cette vertu que la Ste. Vierge avoit si à coeur, c'est à dire la vertu d'humilité?

N' êtes vous pas, au contraire orgueilleuse, pensant sans cesse comment vous ferez pour paroitre plus bien habillée que celle-ci. lndescence, imodestie, tout cela est comptez pour rien; pourvu que vous vous contentiez, voilà tout ce que vous désirez. Est-ce ainsi qu'on honnore Marie? Est-ce ainsi qu'on plait à Dieu?

 
Notes

1. Formule très fréquente, en des termes plus o moins semblables, dans les sermons de ce temps.
2. Notre-Dame de Lorette
3. Gn 3,15.
4. Mt. 26, 39; 42; 44.
5. Mt. 15, 21-28.
6. Une idée nouvelle qu'il ne fait qu'évoquer sans la développer.
7. Ce n'est pas qu'il pense que cela suffise en effet, il veut dire simplement qu'il est convaincu que c'est la pensée de beaucoup de membres de Ia confrérie.
8. Mot incertain, difficile à lire dans le texte.
9. Lire: croyez-vous que c'est honorer...
10. Lire: rang.

 
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