Les choses étaient là, quand un événement,
ménagé sans doute par la Providence, vint
fixer les incertitudes de M. Champagnat, et le déterminer
à s'occuper sans délai de l'Institution
des Frères. Un jour, il fut appelé pour
aller confesser dans un hameau un enfant malade, et selon
son habitude, il y alla tout de suite pour confesser l'enfant,
il l'interrogea pour s'assurer s'il connaissait les dispositions
nécessaires pour recevoir les sacrements; il ne
fut pas peu surpris de voir qu'il ignorait les principaux
mystères et qu'il ne savait pas même s'il
y avait un Dieu. Affligé de voir un enfant de dix-sept
ans dans une si grande ignorance, de le voir mourir en
cet état, il s'assied à côté
de lui pour lui apprendre les principaux mystères
et les vérités essentielles du salut. Il
passa deux heures pour l'instruire ou pour le confesser
et ce ne fut qu'avec de grandes difficultés qu'il
lui apprit les choses les plus indispensables: car l'enfant
était si mal qu'il comprenait à peine ce
qu'il lui disait. Après l'avoir confessé
et lui avoir fait produire plusieurs fois les actes d'amour
de Dieu et de contrition pour le disposer à la
mort, il le quitta pour aller voir un autre malade qui
se trouvait dans la maison voisine. En sortant, il s'informa
de l'état de l'enfant: "Il est mort un instant
après que vous l'avez quitté, lui répondent
ses parents tout en pleurs. Alors un sentiment de joie,
pour s'être trouvé là si à
propos, se confond dans son âme avec un sentiment
de frayeur… Il s'en retourne tout pénétré
de ces sentiments, et en se disant souvent à lui-même:
"Combien d'autres enfants sont tous les jours dans
la même position et courent les mêmes périls,
parce qu'ils n'ont personne pour les instruire des vérités
de la foi! " Et alors la pensée de fonder
une Société de Frères, destinés
à prévenir de si grands malheurs, en donnant
aux enfants l'instruction chrétienne, le poursuit
avec tant de force, qu'il va trouver Jean-Marie Granjon,
et lui communique tous ses projets.
Vie, VI, pp.61-62