Qualité essentielle d'une
bonne discipline
…le but que l'on se propose en disciplinant les
enfants n'est pas de les faire trembler ni de les soumettre
par la force, mais de gagner leur cœur, de les former
à vertu et de les porter à remplir leurs
devoirs par amour. Pour cela, la Discipline doit être
paternelle; si elle n'est pas telle, elle n'élève
pas l'enfant, et, au lieu de le rendre meilleur, elle
le rend pire; si elle n'est pas telle, elle est avilissante
pour ceux qui la subissent, et plus avilissante encore
pour ceux qui la font subir…
Sans Religion, au contraire, la Discipline n'est qu'une
police toute matérielle…
L'amour n'est pas moins nécessaire que la Religion,
et un Maître qui ne sait pas aimer les enfants,
n'est pas propre à les élever. L'éducation
est surtout l'œuvre du cœur; le cœur dur,
le mauvais cœur ne comprend rien à ce ministère
tout de charité, de douceur et de dévouement.
Pour élever l'enfant, pour remplacer auprès
de lui son père et sa mère, il faut partager
leur tendresse. . . .
Un Maître qui aime, peut avertir et conseiller.
. . Un Maître qui aime, peut reprendre et punir.
. C'est au Maître qui aime qu'on peut appliquer
ces paroles de Saint Augustin: Aimez et faites ce que
vous voudrez; ce que fous ferez sera bien fait, ce que
vous direz sera bien accueilli, ce que vous désirez
sera accompli…
Mais l'amour qu'un Instituteur doit avoir pour ses enfants,
n'est pas cet amour faux qu'inspire une molle condescendance
pour les caprices et les défauts…
Un Maître doit témoigner son amour à
ses enfants.
Guide (1853), pp. 74-77
Devoirs des maîtres concernant les punitions
En ce qui concerne les punitions, un Maître a trois
devoirs à remplir : prévenir les fautes,
punir peu, se posséder en punissant.
Le premier devoir des Maîtres "touchant la
répression est de prévenir, par la vigilance
et par une conduite irréprochable, les infractions
et les manquements; car les enfants ne sont presque jamais
coupables qu'il n'y ait de la faute de ceux qui les conduisent."
Il faut de plus qu'une pénitence soit elle-même
juste, proportionnée à la faute, charitable
et prudente.
Guide, pp. 150-151
Moyens pour assurer la discipline
La surveillance elle-même qui prévient tant
les fautes ne les empêche pas toutes. Le maître
doit. donc savoir peser sur la volonté de l'enfant,
en se servant tour à tour ou simultanément
des divers moyens capables d'agir sur elle: appel à
la raison et à la conscience, louable émulation,
désir des louanges et des récompenses, crainte
des punitions, etc.
Guide, p. 135
Prévenir les fautes
Pour que les pénitences soient profitables, on
ne doit en user que rarement et avec une grande sagesse…
1. Le premier devoir des Maîtres touchant la répression
est donc de prévenir, par la vigilance et par une
conduite irréprochable, les infractions et les
manquements; car les enfants ne sont presque jamais coupables
qu'il n'y ait autant et souvent plus de la faute de ceux
qui les conduisent que de la leur. Les principaux moyens
que les Maîtres doivent employer pour prévenir
les fautes sont: . .
2. De se maintenir dans une grande égalité
d'âme, d'avoir toujours un extérieur grave
et prévenant tout à la fois. Ce qui gâte
tout dans une école, c'est un Maître changeant,
qui est tantôt dans la joie, tantôt dans la
tristesse, qui exige d'un moment à l'autre des
choses différentes ou néglige dans un temps
ce qu'il a voulu dans un autre; qui agit comme par ressort
ou par caprice, qui souffre tout aujourd'hui et qui demain
punit tout, ou qui passe tout aux uns et rien aux autres.
3. De ne jamais perdre de vue les enfants, de les tenir
toujours occupés, d'être exact à tout
faire à l'heure; car rien ne retient mieux les
enfants, ou ne les ramène plus vite et plus sûrement
au devoir, s'ils étaient tentés de s'en
écarter, que cette vigilance et cette ponctualité.
4. De leur donner des avis à propos, de les instruire
avec bonté de leurs devoirs, de les reprendre avec
douceur et fermeté, de ne jamais pousser à
bout un enfant que l'on voit de mauvaise humeur ou prêt
à s'emporter, et de ne pas mettre ensemble certains
enfants qui ne pourraient s'empêcher de badiner.
Guide (1853), pp. 55-56
Punir le moins possible
Il y a aussi un grand nombre de fautes qu'il faut pardonner.
. .
Il ne faut jamais attaquer toute la classe en général,
lorsqu'il est arrivé quelque faut même grave.
Ce qu'il y a à faire dans ces circonstances, c'est
de tâcher (sic) de découvrir les auteurs
du désordre et de les punir comme ils le méritent.
S'il n'est pas possible de les connaître avec certitude,
il faut dissimuler. Les enfants sont des enfants, il y
a des jours où l'on ne saurait deviner ce qui les
rend plus légers et plus inappliqués. Ce
qu'il y a de mieux dans ces moments, ce n'est pas de les
pousser à bout, on ne ferait que les aigrir et
les irriter; mais de prendre patience et de les occuper
à quelque chose de sérieux. En se conduisant
ainsi, on ne compromet jamais son autorité, on
ne donne de pénitence qu'avec réserve, qu'avec
équité, et les enfants restent persuadés
qu'on ne les punit que par devoir, et parce qu'on les
aime.
Guide (1853), pp. 56-57
Se maîtriser en punissant
Dans les réprimandes et les punitions, un Frère
doit toujours posséder son âme en paix, réprimer
ses mouvements et tâcher d'être assez maître
de lui-même pour ne laisser paraître aucune
passion, aucune marque d'humeur. Punir un enfant dans
un mouvement de colère, ce n'est plus correction,
c'est vengeance. Les châtiments que l'on impose
avec calme et discrétion, sont mieux reçus
et produisent plus de fruit. Il faut même éviter
de punir un écolier, lorsqu'on éprouve en
soi quelque agitation. Si on le fait les enfants s'aperçoivent
que l'agit par humeur et non par raison ni par amitié,
et dès lors le Maître perd son autorité
sans ressource. Un Frère ne doit pas craindre de
dire à un enfant: "Je ne vous punis point
aujourd'hui, ou dans ce moment, parce que je suis fâché
contre vous."
Guide (1853), pp. 60-61
Des conditions que doit avoir une pénitence
Il ne donnera jamais de pénitence ridicule ou qui
puisse troubler l'ordre de la classe… Toute pénitence
pour être véritablement utile aux enfants
doit avoir les conditions suivantes:
Elle doit être juste, proportionnée aux fautes,
modérée, paisible, honnête, volontaire,
respectueuse, silencieuse.
Guide (1853), pp. 62-63
La punition corporelle
Est-ce à coups de férule, disait-il, qu'on
élève les enfants et qu'on leur inspire
l'amour de la vertu? Non: c'est la raison, c'est la religion
qui portent la conviction dans l'esprit, qui tournent
le cœur au bien, et non les châtiments. Il
est étrange que l'on se serve, pour élever
les enfants, d'un moyen dont on ne voudrait pas user à
l'égard même des animaux.
De pareils moyens d'éducation outragent la dignité
de l'homme, dégradent l'enfant, font mépriser
et détester celui qui les emploie, mettent le désordre
dans l'école, détruisent les sentiments
d'amour, d'estime, de confiance et rendent inutiles tous
les soins donnés à l'enfant.
Vie, XXII, p. 541
De l'expulsion
Comme l'expulsion est le dernier et le plus terrible des
châtiments, on ne doit en venir à cette extrémité,
toujours fâcheuse, que lorsqu'on a épuisé
tous les autres moyens. Il faut, pour une mesure aussi
grave, prendre du temps pour examiner si les raisons que
l'on a de renvoyer sont assez fortes…
Guide (1853), p. 72