"Pour bien élever les enfants,
il faut les aimer et les aimer tous également.
Or, aimer les enfants, c'est se dévouer tout entier
à leur instruction, et prendre tous les moyens
qu'un zèle industrieux est capable de suggérer
pour les former à la vertu et à la piété.
Vie, XXIII, p. 550
Education et amour des enfants
Pour réussir dans le noble ministère d'instituteur,
il faut estimer cet emploi, il faut aimer les enfants.
Il faut mettre toute la puissance de son être, tout
son esprit, tout son coeur, toute son activité,
sa vie entière dans l'accomplissement de son devoir.
Il ne faut pas se partager, c'est-à-dire, s'affaiblir
et se diviser soi-même. Toutes les affections, toutes
les sollicitudes de l'Instituteur doivent être pour
ses élèves. S'il accomplit sa mission comme
on fait un métier, ou à la façon
d'un mercenaire; s'il n'aime pas ses fonctions, ses élèves
; s'il ne se donne pas tout entier à leur éducation,
il ne fait rien de bon.
L'éducation n'est ni la discipline ni l'enseignement
; elle ne se fait pas par des cours de civilité
ni même de religion ; mais par les rapports journaliers,
continuels des élèves avec leurs maîtres,
par les avis personnels, les observations de détails,
les encouragements, les reproches, les leçons de
tous genres auxquelles donnent lieu ces rapports non interrompus.
Mais pour cultiver ainsi ces jeunes âmes, une
à une, avec l'assiduité que réclament
leurs besoins et leur faiblesse, il faut aimer les enfants.
Quand on les aime, on fait plus pour eux, on fait mieux,
avec moins de peine et plus de succès. Pourquoi
cela?
Parce que les paroles et les actions inspirées
par une affection véritable portent avec elles
une vertu spéciale, pénétrante, irrésistible.
Un maître qui aime, peut avertir et conseiller ;
l'amour qui respire dans ses paroles leur donne plus de
grâce et de force ; on reçoit ses avis comme
des témoignages d'amitié, et on les suit
avec docilité. Un maître qui aime, peut reprendre
et punir, car, dans ses sévérités,
il n'y a ni prévention ni rigueur ; aussi l'élève
est plus fâché d'avoir contristé son
maître dont il se sait aimé, que du châtiment.
qu'il s'est attiré.
Aimez donc vos enfants ; combattez sans relâche
l'indifférence, la lassitude, les dégoûts
que leurs fautes excitent si aisément. Sans fermer
les yeux sur leurs défauts puisque vous devez les
corriger, ni sur leurs fautes puisque souvent vous devez
les punir, pensez aussi à tout ce que vos enfants
ont de qualités aimables et dignes de votre intérêt
; voyez l'innocence qui brille sur leur visage et leur
front serein, la naïveté de leurs aveux, la
sincérité de leur repentir, bien qu'il soit
peu durable, la franchise de leurs résolutions,
quoique sitôt violées, la générosité
de leurs efforts, quoique rarement soutenus. Sachez-leur
gré du bien même imparfait qu'ils accomplissent
et, de tout le mal qu'ils ne commettent pas.
Enfin, et quoi qu'ils fassent, continuez à les
aimer tant qu'ils sont avec vous; puisque c'est le seul
moyen de travailler avec fruit à leur réforme.
Aimez-les tous également. Point de proscrits et
point de favoris ou plutôt, que tous puissent se
croire favoris. et privilégiés en recevant
des témoignages individuels de votre affection.
Qui vous a confié ces enfants? Dieu et leurs
familles.
Or, Dieu est tout amour pour les hommes, et quiconque
gouverne en son nom doit imiter sa providence et partager
son amour. Les pères et les mères vous ont
confié ces enfants, mais ignorez-vous que le coeur
d'un père, d'une mère est un foyer inépuisable
d'amour ? Au nom de Dieu et des familles, aimez donc ces
enfants, et alors seulement vous serez dignes et capables
de les élever.
ALSI, pp. 431-433