En réfléchissant sur l'ouvre et la personnalité de
Marcellin Champagnat, face à d'autres fondateurs de congrégations
religieuses enseignantes, une question se pose : comment
se fait-il qu'il ait si bien réussi son entreprise ? Cette
question n'a rien d'original et peut-être a-t-elle agité
votre esprit ne serait-ce qu'à la vue de notre situation
présente qui donne tellement l'impression d'un essoufflement
de l'élan primitif. En tout cas, déjà vers le milieu du
siècle dernier des Pères Maristes se sont interrogés sur
le même sujet.
1 - LE PROBLEME
1.1 - COMMENT IL SE POSE :
Le Père Maîtrepierre, un des premiers Pères Maristes
qui a fait des recherches sur les origines de la Société
de Marie, disait : " Le Père Champagnat avait en effet
tout ce qu'il fallait humainement pour empêcher la réussite
de son entreprise. "1 De même le Père Terraillon
qui avait bien connu M. Champagnat pour l'avoir secondé
pendant 14 mois à l'Hermitage, d'août 1825 à la Toussaint
1826, a fait la réflexion suivante : " Le Père Champagnat
réunit des Frères pour les former et il ignorait ce qu'il
leur enseignait. Il leur apprenait à lire et il ne savait
pas lire, à écrire et il ne savait pas observer les règles
de la grammaire en écrivant. "2
C'est bien la réputation qu'avait M. Champagnat parmi
le clergé de son entourage. Le curé de Marlhes, M. Allirot,
disait un jour à Frère Louis : " Votre supérieur est un
homme sans expérience, sans capacités, sans intelligence.
"3
On ne lui a d'ailleurs pas caché ce que l'on pensait
de lui. Le Père Mayet, autre Père Mariste du début, rapporte
que quelqu'un aurait dit au Père Champagnat : " Comment
voulez-vous qu'on approuve vos Frères ? Vous êtes leur
maître, par conséquent censé plus instruit qu'eux et vos
lettres ne sont pas françaises. "4
On sait, en effet, que durant son âge scolaire il
n'a pas fréquenté l'école par aversion du maître, et ne
s'est mis aux études qu'à l'âge de 15 ans, quand il avait
décidé de se faire prêtre. Lui-même avoue dans une lettre
au Roi, Louis-Philippe, n'être parvenu " à savoir lire
et écrire qu'avec des peines infinies, faute d'instituteurs
capables ".
Et c'est lui, justement qui se met en tête de fonder
une congrégation d'instituteurs.
L'étonnant, c'est qu'il a réussi, même au-delà de
ce qu'on pouvait attendre, au-delà de ce que lui-même
attendait de son entreprise. " Un prompt succès, en peu
d'années, a justifié mes conjectures et dépassé mes espérances
"5, écrit-il dans la même lettre. La réussite
est d'autant plus remarquable que d'autres prêtres, à
la même époque, ont essayé semblable entreprise et n'ont
pas pu la mener loin, bien que sur le plan de la culture
intellectuelle ils aient été mieux nantis. Je pense à
M. Douillet de La Côte-Saint-André, à M. Rouchon, curé
de Valbenoite, à M. Mazelier à Saint-Paul-Trois-Châteaux.
M. Querbes, lui-même, à Vourles n'a pas connu le rapide
accroissement dont Notre-Dame de l'Hermitage a bénéficié.
1.2 LES DONNEES DU PROBLEME AU NIVEAU DES
PERSONNES :
D'autre part, si pour ce qui regarde l'instrument,
c'est-à-dire sa propre personne, les chances de réussite
étaient bien minces, elles n'étaient pas plus épaisses
du côté du matériau disponible, à savoir les jeunes gens
qui lui sont arrivés. Les premiers qui sont venus, tant
à Lavalla d'abord qu'à Notre-Dame de l'Hermitage ensuite,
il saute aux yeux qu'ils ne possédaient pas, sauf l'une
ou l'autre exception, le bagage intellectuel qui les désignait
d'emblée pour une carrière enseignante. Le premier, Jean-Marie
Granjon, disait lui-même à M. Champagnat, dès le premier
contact, qu'il ne savait pas lire. Le 4ème Frère, Antoine
Couturier, nous est présenté comme " un jeune homme bon
et pieux, mais sans aucune instruction ".6
Frère Jean-Baptiste, le biographe de M. Champagnat, fait
remarquer par manière d'excuse que " les jeunes gens qui
étaient alors (en 1826) dans la maison, venaient des montagnes
et, pour la plupart, sans savoir ni lire ni écrire "7
Le registre des entrées, commencé en 1822, corrobore cette
opinion en notant presque sous chaque nom : " ne sachant
ni lire, ni écrire ", ou " sachant un peu lire et écrire
".
Ce sont ces gens-là que le Fondateur, après une formation
souvent de moins d'une année, pendant laquelle d'ailleurs
ils passaient de longues heures à des travaux manuels,
envoyait faire l'école dans les villages des environs.
M. Courveille qui s'est occupé durant plus d'une année
de la formation de ces jeunes pour aider M. Champagnat,
lui reprochait " de recevoir trop facilement toutes sortes
de sujets dont la plupart se retiraient après avoir fait
de grandes dépenses à la maison, de ne pas assez former
les Frères à la piété et aux vertus de leur état, de les
occuper trop aux travaux manuels et de négliger leur instruction,
enfin d'être trop bon et trop indulgent et, par là même,
de laisser faiblir la discipline et la régularité. "8
Bien que certains de ces reproches soient injustifiés,
il n'en reste pas moins que ceux qui touchent la formation
de futurs enseignants dénoncent une réalité que l'on cherchera
positivement à corriger, d'abord en engageant un maître
d'école expérimenté dans l'enseignement, puis par des
cours pendant les vacances.
Néanmoins, malgré cette faiblesse intellectuelle,
il faut tout de même convenir que dès le début les Frères
ont connu le succès. Frère Jean-Baptiste, après avoir
rapporté comment M. Champagnat formait les Frères pour
la catéchèse, conclut : " En peu de temps il eut plusieurs
Frères qui furent de bons catéchistes et qui réussirent
dans ce ministère au-delà de ses espérances. "9.
Le même auteur constate au sujet de Frère Jean-Marie qu'au
bout d'une année " comme il était passablement formé et
qu'il avait un grand zèle et un grand dévouement ", il
était capable de remplacer l'instituteur qu'on avait engagé
pour tenir l'école de Lavalla tout en formant les Frères
à l'enseignement, si bien que la bonne tenue de l'école
et l'instruction des enfants n'eurent pas à souffrir de
ce changement. De même à l'école de Marlhes, " A leur
arrivée les Frères avaient trouvé les enfants dans une
profonde ignorance et une année s'était à peine écoulée
que la plupart de ces enfants savaient lire, écrire et
calculer, et, ce qui est bien plus précieux, savaient
par cour les quatre parties du catéchisme. "10
De plus, les enfants de cette école étaient si bien élevés
qu'ils ont impressionné le maire de Saint-Sauveur, M.
Colomb de Gaste qui demanda d'avoir de ces maîtres pour
son école communale.
2 - LA SOLUTION
Il y a donc lieu de se demander par quel prodige
l'humble vicaire de Lavalla sut former en si peu de temps
des jeunes gens de la campagne, intellectuellement à peine
dégrossis pour en faire des maîtres d'école qui " se distinguèrent
tous par leur zèle pour l'instruction chrétienne des enfants
et par un talent particulier pour les former à la vertu
? "11 C'est à cette question que je vais à
présent m'efforcer de répondre.
2.1 - EDUQUER PLUS QU'INSTRUIRE
Il faut tout d'abord considérer que M. Champagnat
n'a jamais prétendu former des professeurs savants. Ce
qu'il voulait, ce sont des éducateurs. D'après son biographe,
il s'est exprimé très clairement sur ce point. " S'il
ne s'agissait, disait-il, que d'enseigner les sciences
humaines aux enfants, les Frères ne seraient pas nécessaires,
car les maîtres d'école suffiraient à cette tâche. Si
nous ne prétendions que donner l'instruction religieuse,
nous nous contenterions d'être de simples catéchistes,
de réunir une heure chaque jour les enfants et de leur
faire répéter les vérités chrétiennes. Mais notre but
est de faire mieux : nous voulons élever les enfants,
c'est-à-dire les instruire de leurs devoirs, leur apprendre
à les pratiquer, leur donner l'esprit, les sentiments
du christianisme, les habitudes religieuses, les vertus
du chrétien et du bon citoyen. Pour cela il faut que nous
soyons instituteurs, que nous vivions au milieu des enfants
et qu'ils soient longtemps avec nous. "12
Bien sûr cela suppose tout de même de commencer par
apprendre la lecture et l'écriture, ainsi que les éléments
de la science, et pour former de bons citoyens, de savoir
se tenir en société. Mais ces bases doivent permettre
de construire l'édifice, non pas le remplacer, car elles
ne sont que les moyens. Le but est d'assurer son salut,
ce qui demande, il est vrai d'avoir certaines convictions
et certaines habitudes de vie qui supposent une culture
qui ne s'acquiert et ne se soutient que par l'enseignement.
Cet enseignement, M. Champagnat n'a pas manqué de le transmettre
à ses disciples, mais non pas par de savants exposés théoriques,
mais par la pratique et l'exemple, en vivant avec eux.
Dire que l'exemple était un point fort de la méthode éducative
de M. Champagnat, n'a certainement rien d'exagéré. Les
témoignages que nous possédons des premiers Frères le
soulignent avec admiration. Commande ou propose-t-il quelque
chose, il est au premier rang des exécutants. La communauté
des Frères n'a pas deux années d'existence qu'il quitte
les commodités du presbytère pour aller les rejoindre
dans leur dénuement. S'agit-il d'améliorer, d'agrandir,
voire de construire leur habitation de leurs propres mains
par manque de ressources, il est à la tête des ouvriers.
Evidemment pour pouvoir le faire, pour être capable
de donner partout l'exemple et disposer la troupe à le
suivre, il lui fallait des qualités personnelles qui ne
sont généralement pas également partagées. Par conséquent
la solution du problème réside principalement dans la
personnalité de M. Champagnat, dans sa solidité peut-on
dire, dans son " heureux caractère " dont parle Frère
Jean-Baptiste, dans le don de soi pour les autres et finalement
son amour de Dieu. Ces quatre aspects méritent d'être
mis en lumière à l'aide des données que nous fournit l'histoire
de sa vie.
2.2 - LA SOLIDITE DE SA PERSONNALITE
Le mot " solidité " tel qu'il faut l'entendre ici,
désigne à la fois son jugement sûr et son courage d'entreprendre
sans hésitation ni crainte. Il fait partie de ces personnalités
fortes auprès desquelles on se sent en sécurité, dont
on ne craint pas d'emboîter le pas, le voyant cheminer
sur une terre ferme dans une direction sans ombres ni
détours. Il ne tarde pas d'en donner des preuves en montrant
qu'il n'a pas peur de prendre des décisions qu'il a le
courage ensuite d'exécuter sans hésitation. Tout jeune
encore il jugea son maître d'école, peu respectueux de
la personne de l'élève, incapable de bien éduquer selon
sa manière de concevoir cette tâche et par conséquent
décide péremptoirement de ne plus fréquenter son école.
Au juste à quel niveau s'est-il arrêté ? jusqu'où la famille
et sa curiosité personnelle ont-elles remédié par la suite
au manque de connaissances élémentaires, sa biographie
ne le dit pas. Toujours est-il que son père, non dépourvu
de culture et jadis commerçant de tissus, renseigna sans
doute ses fils sur une foule de choses, notamment sur
le moyen de faire fructifier l'argent par l'élevage d'animaux
domestiques et du coup Marcellin qui ne recule devant
rien, s'est lancé dans un petit commerce de moutons. Mais
quand il comprit que Dieu voulait qu'il soit prêtre, il
décida de suivre cet appel au prix de son entreprise et
s'y prépara sans délai, malgré les obstacles qu'on lui
fit entrevoir. Et quand l'occasion s'est présentée, par
le projet de fondation de la Société de Marie, d'y joindre
la branche de Frères catéchistes, il emporta l'accord
de ses compagnons décontenancés, puis sans tarder, dès
que la possibilité se présenta, son assurance et son courage
le lancèrent dans l'aventure qu'il poursuivit contre vents
et marées, par delà les heures sombres où tout semblait
s'acharner contre lui. Quand son ouvre est mise en péril
et les Frères dans l'inquiétude pour leur avenir, il les
réconforte et leur dit de ne rien craindre, qu'il partage
toutes leurs infortunes et jusqu'au dernier morceau de
pain13. La même assurance lui fait affronter
les menaces suscitées par la révolution de 1830 : " Ne
vous épouvantez pas, nous avons Marie pour défense " écrit-il
à Frère Antoine14. Bref, sa ténacité le fait
triompher de tant de faits de cette nature, au moyen de
son savoir-faire et de sa confiance en la Providence..
Celui concernant le changement de la manière d'épeler
les consonnes et l'adoption des bas de drap, met de plus
en évidence son sens pédagogique. Contre le gré des Frères,
le Fondateur leur impose sa méthode qu'il juge plus efficace
et la leur fait accepter par une certaine mise en scène
où se révèle sa méthode de convaincre au moyen d'une application
concrète.15 On ne trouve pourtant pas chez
lui ce qu'on peut qualifier de théorie de l'éducation,
mais des principes pratiques, inspirés par le bon sens,
des vues sur les situations présentes qui dénotent un
jugement perspicace et sûr. Il possède en effet la sûreté
d'appréciation qui lui fait entrevoir assez rapidement
la solution juste au problème du moment qu'il met ensuite
en pratique sans délai.
M. Champagnat quitta le séminaire avec trois certitudes
: la jeunesse est négligée quant à l'éducation chrétienne
; seuls des religieux éducateurs peuvent efficacement
porter remède à cette carence ; or il est chargé par ses
compagnons de susciter de tels instituteurs. " Et dès
le premier jour qu'il fut à Lavalla, nous dit Frère Jean-Baptiste,
il s'occupa de l'institution des Frères. "16
Admettons avec le Père Bourdin17 que l'expression
" premier jour " n'est pas à prendre à la lettre, mais
dans un sens plus large, pouvant s'étendre sur plusieurs
jours. M. Champagnat vient à Lavalla le 15 août ; le 6
octobre il rencontre Jean-Marie Granjon ; le 28 octobre
il administre le jeune Montagne ; puis il retourne auprès
de Granjon pour l'engager à devenir le premier membre
de la congrégation. Début novembre il invite Jean-Baptiste
Audras à faire de même. Dès lors il s'agit de leur fournir
une maison, de l'acheter, de la meubler du strict nécessaire
et quelque six semaines plus tard il peut les installer
dans cette demeure. Pendant ce temps ses compagnons de
séminaire qui se sont promis de fonder la Société de Marie
n'ont pas fini de réfléchir sur leur projet dans l'attente
d'un événement favorable pour sa réalisation concrète.
M. Champagnat, jugeant sa partie plus urgente, provoque
l'occasion, car il est d'un tempérament pour qui l'exécution
d'une décision prise ne peut être différée. D'ailleurs,
en l'occurrence, il aurait d'autant moins d'excuses qu'il
se sent en possession du moyen : son tempérament de rassembleur
d'hommes.
2.3 - UN " HEUREUX CARACTERE "
Frère Jean-Baptiste esquisse son portrait moral par
ces quelques mots : " Sous des formes un peu dures et
un extérieur qui avait quelque chose de sévère, il cachait
le plus heureux caractère. Il avait l'esprit droit, le
jugement sûr et profond, le cour bon et sensible, les
sentiments nobles et élevés. Son caractère était gai,
ouvert, franc, ferme, courageux, ardent, constant et toujours
uniforme ". Et quelques lignes plus loin le même auteur
précise : " C'est à son caractère gai, ouvert, facile,
prévenant et conciliant que le Père Champagnat doit une
grande partie de ses succès dans le saint ministère et
dans la fondation de son Institut. Ses manières simples
et affables, sa franchise et l'air de bonté qui étaient
répandus sur sa figure, lui gagnaient les cours."18
La répétition des épithètes : gai, ouvert, peuvent d'autant
moins échapper qu'on les retrouve dès le chapitre 4 de
la première partie parlant de : " Son caractère gai, franc,
ouvert, son air simple, modeste, riant, bon et noble tout
à la fois. "19 Joints à la noblesse, au sérieux
du comportement, ces traits dénotent une personnalité
qui s'impose assez vite à ceux qui l'approchent. Si la
réserve tenait à distance au premier abord, elle cédait
bientôt la préséance à l'affection respectueuse de plus
en plus profonde. Au petit séminaire, timide les premiers
jours et gêné par son allure campagnarde, il fera bientôt
partie de la " bande joyeuse " dont, comme on l'imagine
aisément, vu sa tendance à se produire, il n'était probablement
pas le dernier. Ses résolutions de retraite, marquant
une reprise sérieuse, en laissent manifestement des traces.
En 1812, il s'impose de " fuir les mauvaises compagnies
" et demande au Seigneur de lui donner la vertu d'humilité
que d'après le contexte, il semble plutôt comprendre comme
un certain effacement devant les camarades. En effet,
les années suivantes, outre l'orgueil, c'est sa tendance
à trop parler qu'il vise à juguler. " Je ne parlerai pas
. sans nécessité ; je tâcherai pendant mes récréations
de moins me répandre en paroles . ; de combattre la médisance.
; de ne pas parler à mon avantage.. ; d'être plus recueilli
et moins dissipé. "20 Si l'écriture lui paraissait
pénible, comme en témoigne le nombre restreint de ses
lettres et de ses écrits, par contre il devait se sentir
à l'aise dans la parole moins exigeante pour la correction
du langage.
Cette facilité de parole ne pouvait cependant que
renforcer l'influence qu'il exerçait sur ceux qui le fréquentaient.
Les rapports des Frères laissent entrevoir qu'elle était
grande. " Il était ferme, oui, certes, confie l'un d'eux,
Frère François, nous eussions tous tremblé au seul son
de sa voix, sous un seul de ses regards,. mais il était
surtout bon, il était compatissant, il était père. Un
mot, le même mot plusieurs fois répété, mais dit par lui,
il descendait jusqu'au fond du cour. "21 Il
n'est que de se rappeler l'épisode de l'élection par laquelle
M. Courveille pensait pouvoir prendre la place de supérieur
en supplantant M. Champagnat. Par deux tours de scrutin,
malgré l'intervention sans ambiguïté de ce dernier, celui-ci
" avait encore obtenu à peu près toutes les voix. "22
Non moins significative est la réaction des Frères lorsqu'après
sa maladie de 1826, il apparaît dans la salle de communauté.
" C'est notre bon Père " s'écrient-ils, bravant le sérieux
de la coulpe qui se faisait alors et M. Courveille qui
la présidait23. Faut-il encore rappeler cet
autre fait qui se situe durant la dernière maladie de
M. Champagnat, montrant la profonde affection qu'il a
su gagner de la part de ses Frères. " On s'ingéniait pour
trouver quelques moyens de le soulager et de lui faire
plaisir. Les Frères et les novices évitaient avec un soin
extrême de faire le moindre bruit autour de sa chambre
et bien qu'on eût tapissé les corridors et les passages,
ils quittaient tous leurs souliers quand ils arrivaient
près de là. M. Bélier, missionnaire de Valence qui se
trouvait à cette époque à l'Hermitage, était émerveillé
de tant d'attention, de tant de soins et de tant d'attachement.
"24
La vénération dont le Fondateur fut l'objet de la
part des Frères montre pertinemment combien la formation
qu'il leur donnait les imprégnait. Répliquant au curé
de Marlhes, Frère Louis défend la réputation de son supérieur
en affirmant : " Tout le monde le regarde comme un homme
sage et savant, et nous, les Frères, nous le regardons
comme un saint ."25 Cet éloge, M. Champagnat
ne l'avait certainement pas usurpé, lui qui s'est donné
sans réserve et sans ménagement de sa propre personne.
2.4 - UN ALTRUISME JUSQU'A L'OUBLI DE SOI
L'ardeur au travail, le courage d'entreprendre, l'habileté
manuelle, bref tout son avoir et son être, M. Champagnat
l'a mis au service de son ouvre au détriment de ce qu'il
pouvait légitimement retenir pour lui-même. " S'appliquer
à l'étude, instruire et former ses Frères, faire sa correspondance,
suivre toutes les parties de l'administration de son Institut,
visiter les écoles, élaborer, étudier, méditer les règles
qu'il voulait donner à sa communauté, rendre raison à
toutes sortes de personnes qui avaient des affaires à
traiter avec lui, voir les Frères et les postulants en
particulier pour leurs besoins et leur conduite personnelle,
telles étaient les occupations qui remplissaient sa journée,
ou plutôt qui ont rempli toute sa vie, épuisé ses forces,
usé sa forte constitution et qui l'ont conduit au tombeau
avant le temps. "26 Tel un chef d'entreprise,
il se devait sans doute d'avoir l'oil à tout pour le bon
fonctionnement de l'ensemble, mais aussi parce qu'il était
ennemi des demi-mesures, incapable de prendre des loisirs
quand une affaire était à régler, moins encore de ne rien
faire, enfin parce qu'il avait la conviction que Dieu
le lui demandait. Ne disait-il pas un jour : " J'aurais
bien pu être tranquille dans une petite paroisse, au lieu
d'être continuellement accablé par le gouvernement de
la Société, mais la gloire de Dieu et le salut des âmes
demandent de moi ce travail. J'aurais de même, moi, pu
rester dans ma famille, en travaillant au lieu de tant
de peines, de sollicitudes et de voyages qu'occasionnent
le gouvernement et la direction des Frères, mais Dieu
le veut ainsi et je suis content. "27
Son contentement venait, dit-il, de son accomplissement
de la volonté de Dieu, mais plus directement du fait de
répondre de la sorte à l'affection pour ses semblables
et les enfants tout particulièrement, à l'affection pour
ses Frères si généreux à correspondre à leur appel du
Seigneur pour le service d'autrui. L'amour authentique
qu'il portait à ses Frères était fort, à l'instar de son
tempérament, sans mièvrerie, ni pure sentimentalité. Les
55 lettres aux Frères et les 15 circulaires qui nous ont
été conservées disent ou du moins laissent transparaître
son affection sans distinction de personnes, bien qu'il
eût, selon le témoignage de Frère Laurent " beaucoup à
souffrir de tant de différents caractères et de certains
esprits bizarres qui étaient très difficiles à conduire.
"28 On note pourtant dans ces lettres qu'à
l'adresse directe au correspondant le verbe " aimer "
n'est jamais employé, mais remplacé par les substantifs
: " affection ", " attachement ", tandis que pour un tiers
l'amour est explicité. Par exemple, la finale de la lettre
à Frère Théodoret s'énonce ainsi : " A Dieu, mon cher
ami, ne doutez pas de mon attachement pour vous. Mes amitiés
au bon Frère directeur que j'aime aussi. "29
Frère Dominique qui par sa continuelle insatisfaction
devait donner sur les nerfs, reçoit ce mot bref et tendre,
mais chargé de sous-entendu : " Vous m'aimez, je puis
vous assurer que vous êtes bien payé de retour. "30
Non moins parlant pour les Frères était certainement
le fait que le Fondateur était le plus souvent possible
avec eux. La première communauté n'avait pas vécu deux
années seule qu'il vînt partager sa demeure. " Il aimait
ses Frères comme ses enfants et son cour de père lui disait
qu'il devait être au milieu d'eux, vivre avec eux, comme
eux, partager leur indigence,. se soumettre comme eux
à toutes les exigences de la vie religieuse. "31
Pour mesurer toute la valeur de ce geste, il n'est que
de considérer la grandeur de la dignité du prêtre que
le séminaire de Saint-Sulpice inculquait à ses élèves.
D'après Jean Eudes, " le moindre prêtre est supérieur
à Louis XIV ", il est " le coadjuteur du Père céleste
dans sa génération du Fils ".32 On ne s'étonnera
donc pas que les ecclésiastiques ayant trouvé M. Champagnat
sur l'échafaudage, la truelle à la main, se soient indignés.
La nécessité, sans doute, selon sa manière de voir, pour
être avec les pauvres, mais surtout la satisfaction d'être
avec ses Frères, ne lui paraissaient pas moins reproduire
l'image du Christ choisissant les conditions humaines
les plus humbles. La seule concession qu'il faisait à
son rang sacerdotal était de manger seul à une table,
à part, au réfectoire des Frères, mais ne se séparait
pas d'eux pendant les récréations, se mêlant même à leurs
jeux, les amusant parfois par des réparties pleines d'humour.
Une telle conduite ne pouvait manquer de lui gagner les
Frères et lui permettre d'avoir une action prégnante sur
eux.
Qu'une vie tellement donnée demande un effort sur
soi de maîtrise et même de sacrifice est évident. M. Champagnat
trouvait néanmoins dans son caractère altruiste un tremplin
qui le projetait dans cette direction. Car ce n'était
pas seulement ses Frères auxquels il se sentait lié qu'il
entourait de son affection, les enfants quels qu'ils fussent
et particulièrement les plus démunis trouvaient une large
place dans son cour. La phrase : " Je ne puis voir un
enfant sans éprouver l'envie de lui faire le catéchisme,
sans désirer de lui faire connaître combien Jésus-Christ
l'a aimé. "33 est devenue célèbre. Aussi, quand
il rencontrait, errant dans les rues, des enfants qu'il
soupçonnait sans éducation chrétienne, se disait-il en
lui-même : " Pauvres enfants, que je vous porte compassion
! "34 Ces paroles ne restaient pas chez lui
lettre morte, il les traduisait en actes en accueillant
à l'Hermitage, outre des vieillards sans assistance, des
enfants plus ou moins abandonnés comme pensionnaires,
selon le témoignage de son " Livre des comptes ".
Cette attitude, il tenait à ce que les Frères la
manifestent à leur tour à l'égard des enfants dont l'éducation
chrétienne leur était confiée. Car, pour lui, la vocation
du Frère n'est pas un métier, mais un ministère qui requiert
d'une façon particulière l'amour des enfants. " Pour bien
élever les enfants, ne cesse de dire M. Champagnat, il
faut les aimer et les aimer tous également. "35
Les Frères n'avaient, certes, pas de peine à le comprendre
et à le mettre en pratique. Il leur suffisait de copier
l'exemple qu'il leur donnait par sa manière d'agir journalière
au milieu d'eux. Son but était de leur communiquer l'ardeur
apostolique dont il était pénétré. " Faire connaître et
aimer Jésus-Christ, voilà la fin de votre vocation et
le but de l'Institut. " Dès lors on peut comprendre pourquoi
certains Frères n'ont bénéficié que de quelques mois,
voire quelques jours de séjour au noviciat de l'Hermitage,
tandis que d'autres y restaient plus d'une année. C'est
qu'il n'existait pas un programme qu'il fallait assimiler,
mais il était indispensable de faire preuve d'un zèle
suffisant pour l'apostolat, d'une ardeur intérieure assez
grande pour enflammer les jeunes.
2.5 - UN AMOUR DE DIEU DE PLUS EN PLUS INTENSE
En effet, selon la pensée de M. Champagnat qui transparaît
dans toute sa manière d'être, la condition nécessaire
et suffisante pour réussir dans l'éducation chrétienne
des enfants n'est pas de posséder une grande science,
mais d'avoir un ardent amour de Dieu. " Pour bien élever
les enfants, disait le Père Champagnat, il faut aimer
ardemment Jésus-Christ. "36
Rien de plus évident que l'amour pour le prochain,
surtout le plus démuni, ne puisse se soutenir s'il n'est
pas animé par un authentique amour de Dieu qui, chez M.
Champagnat constituait le moteur de toute son activité,
partant l'ultime secret de sa réussite. Il n'est que de
consulter les témoignages donnés par les Frères qui l'ont
connu, par exemple sur sa confiance en la Providence dans
les moments difficiles, sur ses attitudes en célébrant
l'eucharistie, pour se convaincre de son intimité de plus
en plus étroite avec Dieu. La fin de sa vie le trouve,
à n'en pas douter, sur le seuil de la mystique.
Il est non moins vraisemblable qu'à partir du milieu
de sa carrière, vers 1834, au sortir des grandes difficultés,
la conviction s'était faite en lui d'avoir été choisi
par Dieu pour être son instrument dans la fondation de
l'Institut. Que ce soit par l'intermédiaire de Jésus ou
de Marie, selon ses dires, n'importe nullement. Quand
une troupe de 8 postulants se présente après qu'il eut
fait d'instantes prières à Marie pour que son oeuvre ne
s'épuise pas " comme une lampe qui n'a plus d'huile ",
ces sujets lui " paraissent visiblement amenés par la
Providence ".37 Quand un soir de février 1822,
sur le point de périr avec son compagnon, Frère Stanislas,
sur le flanc d'une montagne, la nuit, dans une tempête
de neige, une lueur inespérée les sauve après une prière
fervente à Marie, c'est Elle encore, d'après l'aveu du
Père " qui les avait arrachés à une mort certaine "38
qui aurait été fatale pour l'avenir de l'ouvre. Quand,
lors de la construction de la maison de l'Hermitage, les
ouvriers furent préservés de plusieurs accidents mortels,
il ne doutait pas que la " Bonne Mère " veillait. Dans
d'autres cas du même genre qui mirent en péril la survie
de la congrégation, M. Champagnat voyait l'intervention
du ciel, comme il le fit observer au Frère qui lui disait
son regret de le perdre : " N'est-ce pas la divine Providence
qui a tout fait chez nous ? qui nous a tous réunis, qui
nous a fait triompher de tous les obstacles ? "39
Il ne pouvait laisser entendre plus clairement qu'il se
considérait seulement comme l'instrument dont Dieu s'est
servi pour réaliser les desseins de sa divine volonté.
Cette assurance, loin de refroidir son ardeur, le
stimulait au contraire à s'y consacrer plus complètement,
jusqu'à l'oblation totale de sa vie, puisque Dieu lui
faisait l'honneur de le choisir et de lui témoigner tant
d'amour en le prenant à son service.
Au contact d'une telle personnalité, rayonnante aux
yeux des Frères de prestige et de vertu, qui savait captiver
ses disciples, leur transmettre par sa parole et, d'une
manière plus convaincante encore par l'exemple irrécusable
de sa vie, le feu dont il était embrasé, comment pouvaient-ils
ne pas se sentir attirés dans son sillage ? D'autant plus
qu'ils y trouvaient la réponse à leur grande préoccupation
de faire leur salut. Les biographies de quelques-uns des
premiers Frères montrent en effet très explicitement que
tel était le principal motif de leur engagement dans l'Institut.
D'autre part, fils de familles paysannes et nombreuses
pour la plupart, ils découvraient dans la fonction d'éducateurs
une issue valorisante de leur modeste condition. Sans
donc briller par le savoir, ce qui demande de longs efforts
et des dons que certains ne possédaient pas, ils ont pu
se faire apprécier comme semeurs d'une graine prometteuse
d'avenir tant religieux que social.
Il est incontestable que l'impulsion transmise par
M. Champagnat, par toute sa vie, l'esprit qu'il leur a
communiqué s'est répercuté dans l'action de ses disciples
et les a marqués de son empreinte, caractéristiques auxquelles
la congrégation doit sa réussite et dont elle garde encore
la trace.
CONCLUSION
Pour se convaincre de ce succès rien n'est plus éloquent
que les statistiques. Dans les " Annales de l'Institut
"40, Frère Avit en donne un aperçu sans pouvoir
cependant préciser les chiffres. " Le registre des vêtures,
dit-il, constate que depuis le 2 janvier 1817, le vénéré
Fondateur avait donné l'habit religieux à 401 novices.
Mais,.ce registre ne fut établi qu'en 1829 et le nom de
ceux qui étaient déjà sortis n'y figure pas. Nous pouvons,
sans sortir du vrai, élever à 421 le nombre des novices
reçus à la vêture par le bon Père. Le registre mortuaire
atteste que depuis le même jour, 49 Frères ou novices
étaient entrés dans leur éternité. " Mais, quant à préciser
finalement combien de Frères l'Institut comptait le jour
de la mort du Fondateur, l'annaliste avoue ne pas être
en mesure de le faire. Cependant, d'après les renseignements
qu'il possède, il estime ce nombre aux environs de 280,
ce qui laisse supposer que 91 Frères ont quitté l'Institut
du vivant du Fondateur.
Par ailleurs des listes nominatives conservées dans
les archives donnent des chiffres assez précis. De 2 lors
de la fondation, le nombre des Frères n'est encore que
de 8 début mars 1822, mais il est de 40 en 1825 et passe,
en 1837, à 162. Donc à partir de l'arrivée des 8 postulants,
en mars 1822, la congrégation s'accroît progressivement
jusqu'en 186041. Sans aligner les statistiques
de chaque année, celles de 1880, peuvent servir d'exemple.
Uniquement dans l'ensemble des deux Provinces de l'Hermitage
et de Saint-Genis, 72 jeunes ont pris l'habit, 40 novices
ont prononcé des voux temporaires et 23 Frères se sont
engagés par des voux perpétuels. Enfin, le plus grand
nombre de Frères vivants dans l'Institut n'atteint pas
10.000 en 1968-69.
Le nombre des écoles tenues par les Frères témoigne
autant de la réussite de l'ouvre de M. Champagnat, du
fait que les Frères n'y soient envoyés que sur la demande
des paroisses ou des communes. Or ces demandes ont toujours
été plus nombreuses que les réponses positives qu'on a
pu leur faire. Il n'est que de lire les lettres de M.
Champagnat pour se rendre compte de ses regrets de ne
pouvoir répondre à l'appel des enfants dont l'éducation
restait en souffrance, et des peines pour se défendre
des sollicitations trop nombreuses et des plus pressantes
parfois. Le 4 décembre 1838, il écrit à M. Faure, curé
de Villeurbanne : " Il nous est bien pénible de nous trouver
actuellement dans l'impossibilité de seconder votre zèle
; "42 De même à M. Limpot, curé de Cosne-sur-l'oil,
le 17 février 1839 : " C'est avec beaucoup de douleur
que nous nous voyons obligés d'ajourner les demandes trop
nombreuses des pasteurs zélés qui nous honorent de leur
confiance. "43 Le 8 avril 1839, il confie au
jeune Frère Marie-Laurent qui se trouve à Saint-Pol-sur-Ternoise
: " Nous avons fait deux établissements depuis celui de
Saint-Pol, je devrais plutôt dire qu'on nous a arraché
des Frères pour deux communes. "44
Au total il avait fourni des Frères pour 53 écoles,
mais il a dû les retirer de 5 d'entre elles, de sorte
qu'il en restait 48 au moment de sa mort. Inutile de dire
que ce chiffre n'est allé qu'en augmentant le long des
années.
Parler de réussite à propos de l'ouvre de M. Champagnat
n'est donc, à la vue de ces données, nullement déplacé.
Certes, il ne convient pas de faire des comparaisons désobligeantes
avec d'autres fondateurs. Ce que l'on peut dire, c'est
que si M. Champagnat, bien moins armé, mais peut-être
plus chanceux que certains d'entre eux, les devance en
fait de réussite dans une entreprise qui d'emblée paraissait
le dépasser. Sans doute faut-il l'attribuer d'abord à
sa personnalité douée, d'une part, d'habileté dans bien
des domaines, et d'autre part, à l'usage qu'il en a fait
jusqu'à l'épuisement pour le service exclusif de Dieu,
fruit de son amour pour Lui.
En retour on ne peut pas négliger l'intervention
de la grâce de Dieu. L'aveu que M. Champagnat lui-même
fait n'est sûrement pas à prendre à la légère. "N'est-ce
pas la divine Providence qui a tout fait chez nous ? qui
nous a tous réunis, qui nous a fait triompher de tous
les obstacles ?"45. Ce qui lui revient
dans tout ceci, c'est qu'il a su s'effacer pour laisser
toute la place à l'action divine. Il n'est donc pas nécessaire,
pour faire l'ouvre divine, d'avoir en mains tous les moyens
humains, les compétences intellectuelles, les ressources
financières, il suffit de s'abandonner dans un don total
de soi-même à l'Etre dont l'amour infini de sa créature
est à la mesure de sa puissance créatrice.
Notes
1 OME. doc. 157 (537), p. 363.
2 Id. doc. 162 (707), p. 396.
3 F. Jean-Baptiste, Vie de M.J.B. Champagnat, éd. 1989, p. 91.(sera
désigné dorénavant par le seul mot : Vie)
4 OME. doc. 157 (537), p. 367.
5 Lettre au Roi, du 28 janvier 1834, LMC, vol. 1, doc.34, p.100.
6 Vie, p.66.
7 id. p.150.
8 id. p.142.
9 id. p. 81.
10 id. p. 88.
11 id. p. 554.
12 id. p. 547.
13 cf. Lettres de M. Champagnat, vol. doc.30, p.84.
14 id. doc. 16, p. 57.
15 Voir Vie, 1ère partie, chap. 16.
16 Vie, 1ère partie, p. 43.
17 Origines Maristes Extraits, doc. 166 (754), et note 4, pp. 437-438.
18 Vie, 2ème partie, pp. 273-274.
19 Ibid. 1ère partie, p. 41
20 cf. Résolutions, dans " Cahiers Maristes ", N° 1.
21 F. François, Carnet 13, p.917.
22 Vie, p. 140.
23 id. p. 146.
24 id. p. 245
25 id. p. 91.
26 id. pp. 426-427.
27 Fr. François, Carnet, Notes 1, p. 77. - AFM 5101.310, p. 27.
28 Témoignage de Frère Laurent, OME. doc.167 (756), p. 456.
29 LMC. Vol.1, doc. 205, p. 411.
30 id. doc. 36, p.107.
31 Vie, p. 78.
32 Y. Krumenacker, L'Ecole française de spiritualité, Paris 1998,
p. 457.
33 Vie, p. 504.
34 ibid.
35 id. p. 550.
36 id. p. 556.
37 id. p. 101.
38 id. p. 354.
39 id. p. 233.
40 Fr. Avit, Annales de l'Institut, vol.1, La rude montée, p. 299
ss.