2 janvier 2006
Fête de la Fondation de l’Institut
Cher Frère,
Le temps des fêtes de Noël et
du Nouvel An touche à sa fin. Nous avons célébré
les fêtes de Saint Étienne, des Saints-Innocents
et de Saint Jean l’Évangéliste ; aujourd’hui
nous marquons le 189e anniversaire de la fondation de notre
Institut par Marcellin, et la fête de l’Épiphanie
approche. Chacune de ces commémorations annuelles nous
rappelle que nous sommes à la croisée de l’ancienne
et de la nouvelle année. Celle qui vient de s’écouler
occupera sa place dans l’histoire alors que la nouvelle
prend vie. Quelle espérance ce nouveau commencement
apporte à chacun de nous chaque année !
Je t’écris aujourd’hui
pour t’annoncer un nouveau commencement, mais cette
fois pour notre Institut. J’écris aussi pour
lancer une invitation à plusieurs parmi vous. Veuille
lire cette lettre attentivement en gardant à l’esprit
cette question : Est-ce que le Seigneur te demande d’accepter
l’invitation contenue dans ces pages, une invitation
à donner ton nom pour notre nouveau programme de mission
ad gentes ?
Durant la récente Conférence
générale, Luis Sobrado et moi avons présenté
les grandes lignes de ce projet. Plus précisément,
nous avons donné à ceux présents un aperçu
général d’une nouvelle initiative pour
la mission ad gentes ainsi que des détails quant à
son origine, sa structure et son calendrier. Des discussions
ultérieures durant la Conférence ont fait surgir
plusieurs suggestions utiles pour raffiner et améliorer
la proposition. Plusieurs frères nous ont assurés
de leur solide appui pour ce que nous avions à l’esprit.
Pendant les semaines qui ont suivi notre
présentation, des exposés sur cette proposition
ont été publiés dans Dernières
Nouvelles et Bulletin, ainsi que dans la page web de l’Institut
à www.champagnat.org. Malheureusement, le manque d’espace
et la nature de ces médias n’ont permis qu’une
description sommaire des grandes idées du projet. C’est
pourquoi j’écris aujourd’hui à chaque
membre de l’Institut pour donner des détails
sur ce projet et pour te demander de considérer sérieusement
et dans la prière la possibilité d’y participer.
Premièrement, les membres de la 7e
Conférence générale ont été
mis au courant de plusieurs initiatives en vue de bâtir
l’avenir de la vie et de la mission maristes dans le
monde. Par exemple, on a exposé des plans détaillés
pour rénover et mieux équiper l’Hermitage
en France pour en faire un centre mondial de spiritualité
mariste, de patrimoine et de mission. On a aussi discuté
de plans préliminaires pour assurer un suivi à
la récente année mariste des vocations et de
plans pour une conférence internationale sur la mission
mariste en 2007 ; on a de même lancé un appel
aux provinces et districts qui ne se sont pas encore restructurés
à le faire.
Deuxièmement, le projet de mission
ad gentes que nous présentons prolonge les actions
prises dans l’Institut autrefois. Nous n’avons
qu’à consulter nos Constitutions et Statuts pour
comprendre l’origine de cette toute dernière
proposition. L’article 90 nous rappelle que : «
Comme l’Église notre Institut est missionnaire,
et nous devons avoir une âme missionnaire, à
l’exemple du Père Champagnat qui affirmait, ‘Tous
les diocèses du monde entrent dans nos vues.’
»
Notre Institut est missionnaire par nature.
Rappelez-vous que Marcellin lui-même désirait
servir en Océanie et que seulement l’obéissance
aux instructions du Père Colin et sa pauvre santé
l’ont contraint à demeurer en France plutôt
que de partir pour le Pacifique. Depuis le temps du Fondateur
jusqu’à nos jours, la pratique d’envoyer
des frères dans les missions s’est perpétuée
dans l’Institut.
Puis, en 1903, environ 900 de nos frères
ont quitté la France à cause des nouvelles lois
de sécularisation. Ils sont partis avec courage, foi
et audace car ils avaient bien peu d’autres choses pour
les aider à se préparer aux défis qui
les attendaient. L’audace de ces hommes, durant une
période de crise qui réclamait l’innovation,
permet à notre Institut aujourd’hui de revendiquer
une présence évangélisatrice dans 76
pays.
Enfin, durant de nombreuses années,
l’Administration générale a pris l’initiative
de promouvoir les missions à l’étranger.
Considérez nos maisons internationales de formation
de Saint-François-Xavier et de Bairo qui pendant des
années ont été responsables de la préparation
des frères pour la mission ad gentes.
De surcroît, depuis plus de 20 ans,
les frères qui désirent se porter volontaires
pour les missions de l’Administration générale
ont été invités à informer le
Supérieur général de leur disponibilité.
Une liste a été dressée et c’est
surtout en période troublée que l’on a
fait appel à eux, comme ce fut le cas après
le génocide rwandais en 1994.
Plus récemment, nous trouvons dans
le document Choisissons la vie du 20e Chapitre général
la suggestion suivante : le temps est venu d’écrire
un nouveau chapitre de notre histoire missionnaire. Nous croyons
que le projet proposé répond à ce défi
et aide à bâtir l’avenir de la vie et de
la mission maristes à l’aube de ce nouveau siècle.
Notre Institut a donc une longue histoire
de mission ad gentes. Tu peux cependant t’interroger
encore sur l’origine de la récente proposition
et comment elle s’accorde avec les appels de l’Église
d’aujourd’hui, aux signes des temps, aux directives
de nos Constitutions et Statuts et aux derniers Chapitres
généraux ? Plus important encore, quel sera
son impact sur les provinces et les districts dont les nouveaux
missionnaires proviendront ? Combien de personnes cherchons-nous
? Combien de temps faudra-t-il pour les identifier et les
préparer ? Je tenterai ici de répondre brièvement
à ces questions et à d’autres.
L’origine du projet
Au cœur de ce projet de la mission
ad gentes nous trouvons un rêve : celui d’envoyer
au cours des prochaines quatre années 150 ou davantage
de frères dans de nouveaux champs d’apostolat
en Asie, et aussi un petit nombre dans les provinces restructurées
qui ne sont pas parvenues à un niveau satisfaisant
de vitalité et de viabilité pour assurer leur
avenir.
Cette proposition est aussi en harmonie
avec les appels actuels de l’Église et les signes
des temps. Par exemple, le regretté Pape Jean-Paul
II, dans son document Vita Consecrata, après le Synode,
s’est dit optimiste quant à la vie religieuse
et à son avenir. Il nous a lancé ce défi
: « Vous n'avez pas seulement à vous rappeler
et à raconter une histoire glorieuse, mais vous avez
à construire une grande histoire ! Regardez vers l'avenir…
» (n° 110) C’est ce que nous faisons en entreprenant
cette nouvelle initiative.
Confusion au sujet de la mission
Durant les années après Vatican
II, beaucoup de confusion est apparue quant à la nature
de ce qu’on avait appelé jusqu’alors le
travail missionnaire. Avant le Concile, un modèle d’Église
militante et triomphante dominait. En tant que catholiques,
on nous enseignait qu’il n’y avait pas de salut
hors de l’Église ; le travail du missionnaire
était clair : évangéliser et convertir.
Vatican II a considéré de
manière plus généreuse les croyants des
autres religions. L’Église, qui est maintenant
décrite comme le Peuple de Dieu, va plus loin qu’une
approche de « hors de l’Église, point de
salut. » Cette nouvelle compréhension de la nature
de l’Église a soulevé des questions quant
au but de la mission, et cela parmi les missionnaires eux-mêmes.
La crise, toutefois, n’était
pas que théologique. La décolonisation et la
promotion de nouveaux états en pays de mission ont
causé un moratoire sur la mission. Toutefois, en 1981,
durant une réunion du SEDOS , un changement de direction
s’est effectué. Au lieu de mettre en question
le but de la mission, on a relevé le défi de
considérer la manière dont la mission devrait
se vivre dans l’Église contemporaine et le monde.
Malheureusement, cette nouvelle direction
n’a pas réussi à dissiper la confusion.
Le fait que Jean-Paul II ait senti le besoin d’écrire
l’encyclique Redemptoris Missio dix ans après
cette prise de position du SEDOS suggère que l’inquiétude
vis-à-vis de la mission persistait sous la surface
des discussions.
La lettre du Pape, la première encyclique
sur la mission depuis la fin de Vatican II, est une présentation
éloquente des fondations théologiques de ce
sujet ainsi qu’un appel à renouveler la ferveur
missionnaire dans l’Église. Jean-Paul II explore
les horizons de la mission aujourd’hui et parle des
moyens pour s’en approcher. L’encyclique qui se
termine par une réflexion sur la spiritualité
missionnaire emprunte un ton d’urgence pour que l’Église
recentre ses efforts dans ce dessein. Ce texte révèle
les inquiétudes du Pape : la motivation missionnaire
fléchit et l’activité missionnaire diminue.
Cela a certainement été vrai
dans notre Institut durant les années qui ont suivi
le Concile. Le tableau ci-dessous, par exemple, démontre
que bien que le nombre de frères officiellement nommés
dans les missions d’outremer ait augmenté au
cours des 15 dernières années, leur âge
moyen a aussi augmenté régulièrement
pour atteindre 12 ans de plus au cours des dernières
années.
Nombre de frères assignés aux
missions à l’étranger (1989-2004) : |